Prestidigitation dans l’enrôlement qui fausse nécessairement le fichier électoral!

 

 

Au lendemain de l’opération d’enrôlement des électeurs pour le Référendum Constitutionnel et les élections générales prévues au Burundi en 2020, la CENI, une Commission Nationale Electorale dite « Indépendante » vient de rendre public le résultat de cette opération qui fait couler encre et salive ! Un total général provisoire évalué à 5.000.742 d’inscrits, selon le Communiqué de cette Institution.

Illustration photo, source @Iwacu

Pour essayer de comprendre la teneur de ce résultat, il est impératif et opportun à la fois de placer ce chiffre dans la configuration démographique dans un premier temps et ensuite mettre la loupe sur les projections de la CENI dans un second temps, de deux dernières élections générales organisées en 2015 et en 2010Illustration photo, source @Iwacu

L’exercice d’un vote démocratique ne répond toujours pas à une logique arithmétique, 1+1 n’est pas toujours égal à 2, donc la notion du vote populaire n’est pas une science exacte. Cet empirisme électoraliste est une évidence dans la deuxième démocratie du monde, les Etats-Unis, où la notion du vote populaire est relative par rapport au système de répartition des voix, le fameux « winner takes all » principe cumulé au poids démographique de chaque Etat pour former le système controversé des grands électeurs! C’est ainsi qu’un Président peut être élu contre son rival ayant récolté plus des voix en nombre; un système de vote qui a couté récemment en 2016 la Présidence à Hillary Clinton au bénéfice de l’actuel locataire de la Maison blanche, ou l’élection de Georges Bush Jr contre Al Gore en 2000, pour ne citer que les 2 cas.

A l’opposé de ce système particulier aux Etats-Unis et qui, par ailleurs, est particulièrement encadré par la Constitution américaine ; le processus du vote « démocratique » des pays caractérisés par des institutions à la solde des pouvoirs en place, est le plus souvent entaché par des irrégularités qui s’observent dès le processus d’enrôlement.

Ainsi, le Burundi, pays connu pour son régime autoritaire est toujours gangréné par les tensions politiques depuis les élections de 2015, vient d’entamer contre vents et marrées, la phase d’enrôlement des électeurs pour se prononcer dans les 3 prochains mois sur un référendum de tous les dangers, celui d’amender la Constitution actuelle, issue de l’Accord d’Arusha. Ce processus est sensé aboutir sur les élections générales de 2020.

Les conditions d’intimidation, menaces voilées et du forcing à travers lesquelles ce processus d’enrôlement s’est déroulé donnent le ton et annoncent la couleur de la configuration alarmiste de ce scrutin. Sinon comment expliquer le comportement de cette jeunesse du Parti au Pouvoir qui érige des barrières, exigeant la preuve d’enrôlement pour avoir accès aux sites de marchés, aux hôpitaux, transports en commun!…

….Et comme casus belli, les conditions anarchiques d’enrôlement favorables au pouvoir en place!

Comme le stipule l’art.15 de la loi nr 01/20 du 03 Juin 2014 portant révision de la loi nr 01/22 du 18 Septembre 2009 portant Code électoral, le document indispensable exigé pour s’enrôler c’est la Carte Nationale d’Identité (CNI). Inutile de rappeler les conditions par lesquelles cette CNI s’octroie au coin de la rue, parfois dans les permanences du Parti au pouvoir avant chaque période d’enrôlement!  Un aspect à vocation de fausser largement le fichier électoral… comme qui dirait que le proverbe Créole « une élection sans fraude, est un court-bouillon sans piment » trouverait un écho favorable en Kirundi.

La structure démographique trahit le chiffre d’enrôlement de la CENI

Le résultat d’enrôlement tel que présenté par la CENI revêt un caractère illégal (art.2 Code Electoral) d’un côté car réalisé dans les conditions d’enrôlement forcé, d’intimidation; et de l’autre côté, un caractère fantaisiste et fanfaron, car il ne tient pas compte de la réalité démographique du pays!

Les dernières estimations de la plateforme indexmundi donnent une indication sur la population burundaise et l’estime à 11 466 760 habitants fin 2017; à défaut d’un recensement actualisé car les derniers chiffres disponibles à l’ISTEEBU sont une projection pour 2016, avec un taux de croissance démographique de 2,4%.

L’estimation de 2017 de la pyramide des âges est libellée comme suit:

[0 -14 ans]: 45.57% (2 628 767 hommes / 2 596 719 femmes)
[15-24 ans]: 19.15% (1 095 213 hommes / 1 100 314 femmes)
[25-54 ans]: 28.74% (1 643 319 hommes / 1 651 679 femmes)
[55-64 ans]: 3.92% (212 074 hommes / 237 324 femmes)
[65 ans et plus]: 2.63% (129 482 hommes / 171 865 femmes)

Partant sur le principe que l’âge légal minimum pour être enrôlé est de 18ans révolu au moment du scrutin. L’analyse de cette pyramide des âges démontre que la classe d’âge [0-14 ans] à elle seule renferme un effectif de 5 225 486 burundais, ajoutée à la tranche d’âge [15-17ans] calculée au prorata de la classe [15-24ans] en tenant compte de l’écart-type de la classe [15-19ans] du tableau ci-dessous, donne un effectif total 6 241 224 individus. La différence entre cet effectif et l’ensemble de la population burundaise, nous donne en théorie un total de la population qui peut être enrôlée, soit un potentiel de 5 225 536 électeurs. Or le fichier de la CENI avec un effectif de 5 000 742 inscrits suppose que 95,6% du potentiel a été enrôlé, ce qui parait logiquement et logistiquement impossible à réaliser!

 

Quid des projections erronées…

L’analyse des projections des électeurs de la CENI lors des précédents scrutins apporte en effet, un début de réponse sur l’explosion exponentielle des derniers chiffres d’enrôlement. Ainsi, lors de la mobilisation pour les précédentes élections générales de 2015, la CENI aurait tablé sur une participation de 4,2 millions d’électeurs en basant ces chiffres sur le taux d’accroissement naturel de la population de 2,4%, arrondi à la hausse à 3% non sans humours, pour des « raisons logistiques » !

 

En se basant sur cette hypothèse de la CENI, une bonne projection de la population électrice en 2015 aurait donné une estimation d’à peine 4 millions d’électeurs

L’écart entre les 2 scrutins est de 1,5 million d’électeurs soit 30% de plus d’inscrits que la CENI explique par l’accroissement naturel de la population ! Une aberration car le taux naturel de croissance de la population est de loin inférieur à 3%… Ainsi la différence entre les 2 taux varie dans l’ordre de 1 à presque 10 fois !…

Annee Total Electeurs Inscrits Taux de variation
2010 3 558 736
2015 3 694 944 3,82%
2018 5 000 742 35,34%

 

La légèreté avec laquelle la CENI se rend coupable dans la préparation, la complaisance dans son travail interne, ses rapports qui manquent d’objectivité sont des preuves accablantes qui démontrent à suffisance que les dés sont pipés à l’avance et que le résultat du jeu « démocratique » ne pourrait qu’être biaisé…

 

Par Ndandende Pierre 

 

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