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Élections au Burundi: quels enjeux et à quoi s'attendre?


Nelson Mandela entouré par (à sa droite) Domitien Ndayizeye, Pierre Nkurunziza (alors leader d'un groupe rebel), (à sa gauche), Dr Jean Minani et Jacob Zuma

Le 20 mai 2020, les Burundais se rendent aux urnes pour élire un nouveau président. Le titulaire Pierre Nkurunziza a promis de se retirer après 15 ans de mandat. Le parti au pouvoir a choisi un général de l'armée, Evariste Ndayishimiye, comme candidat. Cela fait 15 ans que le Burundi est sorti d’une guerre civile de 12 ans entre les groupes ethniques hutu et tutsi. Initialement, l'accord de paix conclu entre les deux groupes a été salué comme un succès. Mais dans les années qui ont suivi, le pays a connu une détérioration des droits de l'homme et la situation économique s'est vite dégradée. Après avoir confirmé qu'il ne se représentera pas pour un autre mandat, la plupart des observateurs s'attendent à ce que Pierre Nkurunziza quitte ses fonctions pacifiquement après le scrutin de 2020. Mais il est peu probable que son départ annonce la fin de l'instabilité sociale, politique et économique dans ce petit pays d'Afrique de l'Est. Le parti au pouvoir a verrouillé le champ politique en sa faveur et garde un contrôle ferme de toutes les institutions et en tant que tel, il est attendu qu'il reste au pouvoir. Sauf surprises inattendues, il est attendu qu'il y ait un nouveau durcissement du régime autoritaire et une détérioration des conditions de vie. Le parti au pouvoir est déterminé à préserver son emprise sur le pouvoir, même au prix d'un effondrement de l'ordre social. L'héritage de Nkurunziza

Nkurunziza, un ancien chef rebelle hutu, a été élu président par le Parlement à la fin de la guerre civile au Burundi de 1993-2005 entre les forces hutu et tutsi. Il a servi un deuxième mandat en 2010 après sa réélection au suffrage universel. L’indice de la démocratie au Burundi montre que Nkurunziza et le parti au pouvoir (le Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces pour la défense de la démocratie) sont devenus progressivement plus autoritaires au fil du temps, de plus en plus impliqués dans l’intimidation des opposants politiques, la fraude électorale et les violations des droits de l’homme.


Index de démocratie pour le Burundi. Source: Economic Intelligence Unit

La constitution du Burundi a initialement fixé une limite présidentielle de deux mandats. Mais en avril 2015, Nkurunziza a annoncé qu'il demanderait un troisième mandat. Il a basé cela sur une interprétation contestée de la constitution. La haute cour du pays a finalement soutenu sa décision. Le Burundi a été plongé dans une crise politique et économique. Cela s'est accompagné d'une montée de l'autoritarisme a partir de 2015. Le coup d'État avorté et les manifestations anti-Nkurunziza qui ont suivi ont provoqué de violents affrontements avec le gouvernement. Les médias indépendants ont été fermés, détruits et de nombreux opposants politiques se sont joints à un exode de plus de 450 000 Burundais vers les pays voisins. Avec l'une des faibles participations électorale dans l'histoire du pays, Nkurunziza a remporté un troisième mandat de cinq ans avec environ 70% des voix.


La fin d'une ère

Le troisième mandat de Nkurunziza a été marqué par un renforcement de l'autoritarisme et de la répression, comme en témoigne la baisse de l'indice de la démocratie depuis 2015. En 2019, une commission des Nations Unies a accusé le gouvernement d'orchestrer des violations généralisées des droits de l'homme, y compris le recrutement forcé dans le parti au pouvoir, l'extorsion de biens et fonds, exécutions, arrestations arbitraires, torture et violences sexuelles. Beaucoup d’atrocités ont été commises par l’aile de la jeunesse du parti au pouvoir, les Imbonerakure, considérée comme une milice par lONU. Le gouvernement a muselé la presse et d'autres critiques, interdisant notoirement la BBC pour avoir documenté ces atrocités. Le Burundi est également devenu le premier pays au monde à quitter la Cour pénale internationale. En mai 2018, des amendements constitutionnels permettant à Nkurunziza d'occuper ses fonctions jusqu'en 2034 ont été adoptés lors d'un référendum entaché d'intimidation et de fraude. Il a également concentré le pouvoir à la présidence. Malgré cela, Nkurunziza est fortement incité à se retirer. Il recevra notamment une série d'avantages. Le Parlement burundais a adopté une loi prévoyant un régime de retraite présidentielle qui verra Nkurunziza recevoir un montant forfaitaire de 530 000 dollars, une villa de luxe, un salaire pour le reste de sa vie et le titre de "chef suprême". Nkurunziza laisse derrière lui un pays isolé et au bord d'un précipice. Il a aliéné l'Union Africaine et les Nations Unies en rejetant leurs envoyés spéciaux et en interdisant aux enquêteurs des droits de l'homme de travailler librement dans le pays. Et ensuite?

Sept candidats se sont inscrits aux élections présidentielles. Mais Evariste Ndayishimiye, qui se fait élire sous la bannière du parti au pouvoir, est le vainqueur presque certain du fait des années de répression et d’intimidation de l’opposition politique par le parti et un jeu électoral truqué d'avance en faveur du parti présidentiel. Ndayishimiye est déjà un politicien influent. Il est le secrétaire général du parti au pouvoir, auparavant ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, et a agi en tant que signataire clé du règlement de paix d'Arusha qui a mis fin à la guerre civile. Mais Ndayishimiye est peu susceptible d'ouvrir un espace pour l'opposition politique, la société civile et les médias. Au lieu de cela, le parti au pouvoir devrait faire pression pour des réformes qui consolideront une transition progressive de facto vers un système à parti unique. Agathon Rwasa, candidat au Conseil national de la liberté, est le principal challenger. Ancien chef du groupe rebelle hutu des Forces nationales de libération, Rwasa est mieux connu de l'électorat que Ndayishimiye, ayant servi de figure pérenne aux élections précédentes, et pour avoir été le chef de l'une des plus anciennes rébellions hutues. La question ethnique

On craint que les prochaines élections ne ravivent les anciennes tensions hutu-tutsi. Mais par rapport au tableau plus large de la transition du Burundi de la guerre civile, la probabilité de violences ethniques à grande échelle est faible. La guerre civile au Burundi a pris fin en 2004 grâce à un règlement négocié qui avait remodelé les institutions publiques sur une base de partage ethnique du pouvoir entre les positions politiques et militaires. Des partis politiques se sont formés qui n'étaient pas divisés selon des critères ethniques. En effet, les principaux adversaires à l'heure actuelle sont les groupes politiques dominés par les Hutus.


Le système de partage du pouvoir a été extrêmement résistant. Par exemple, l’opposition politique au troisième mandat de Nkurunziza a transcendé les frontières ethniques. Partout, les militaires ne se sont pas divisés selon des critères ethniques. Même les comploteurs du coup d'État comprenaient des membres hutus et tutsis. Les Imbonerakure et les modifications constitutionnelles représentent un risque pour ce système. Pour le moment il n'est pas encore clair dans quelle mesure. Les Imbonerakure sont exclusivement une milice recrute principalement des Hutus. Pourtant, tant les Hutus que les Tutsis souffrent de leur violence. Des changements constitutionnels ont neutralisé la vice-présidence, généralement détenue par un Tutsi. Cependant, les quotas ethniques indiquant au gouvernement et le parlement doivent être constitués de 60% de Hutu et de 40% de Tutsi. Ces quotas ont également été étendus au pouvoir judiciaire. Politique contradictoire et pouvoir hégémonique

La violence fondée sur la partisanerie politique devrait se poursuivre. Le parti au pouvoir resserrera encore plus l'espace politique pour tenter de pérenniser son emprise sur le pouvoir. Des élections de façade seront organisées, truquées pour que le parti au pouvoir gagne. Et l'opposition politique sera confrontée à la menace ou à l'actualité de la violence. Le parti au pouvoir peut ainsi conserver le pouvoir pendant plusieurs années. Mais pour garder un pouvoir légitime à long terme, il devra mettre en place des stratégies pour consolider son pouvoir s'il veut éviter des cycles persistants de troubles sociaux déstabilisateurs.