• Christopher Kayumba

Mkapa a sapé les pourparlers de paix au Burundi en affirmant la légitimité du gouvernement de Nkurun


Les pourparlers de paix qui devaient assurer le retour du Burundi a la normalité sont sur le lit de mort parce que ni l'opposition, ni le président Pierre Nkurunziza sont prêts à faire des concessions pour faire avancer le processus de dialogue.

L’impasse a entraîné le facilitateur du dialogue inter burundais, l'ancien président tanzanien, Benjamin Mkapa, récemment a appeler les dirigeants régionaux de se réunir à un sommet spécial et se mettre d'accord sur les moyens de forcer les parties belligérantes à la table de négociation.

L'appel du sommet a été motivé par le refus du gouvernement burundais de participer aux récentes négociations de Février à Arusha. Les hommes de Nkurunziza ont boycotté le dialogue pour protester contre l'invitation de certaines parties ou personnes qu'ils accusent de participer au coup d’état manqué de Mai 2015. Précédemment, certains membres de l'opposition avaient également appelé à la démission de Mkapa suite à son affirmation que le gouvernement de Nkurunziza était légitime.

Mkapa avait déclaré aux journalistes en Décembre 2016: « Je ne suis pas en mesure de déterminer la légitimité du gouvernement du Burundi. [Mais] Les élections ont eu lieu, les affaires judiciaires ont été soulevées ... Et ils ont tous dit cela est un processus légitime, qui visiblement a mené à une conclusion légitime ». Et il aurait ajouté: « Pourquoi devrions-nous gaspiller tant l'énergie en discutant d'un problème qui a été résolu? »

Cette affirmation avait agacé les adversaires de Nkurunziza qui se demandaient comment un facilitateur qui est supposé être neutre pouvait dire que le gouvernement du président Nkurunziza était légitime alors que le troisième mandat était inconstitutionnel.

Pour Mkapa, le principal défi à la paix est le manque de volonté des parties en conflit de s’engager à la paix et un dialogue franc. Cependant, analytiquement le plus grand défi est le manque de clarté sur la vraie nature du problème et le manque d'incitations pour les protagonistes à parler de paix.

La crise politique actuelle émane de la troisième candidature de Nkurunziza, qui a déclenché les protestations et la violence en Avril 2015.

Ainsi, alors que le gouvernement de Nkurunziza est légalement reconnu par les institutions internationales comme l'ONU comme Mkapa l’a bien dit, sur le plan politique, ce mandat est très contesté. Et puisque la légitimité ne réside pas seulement dans la loi ou la reconnaissance par des étrangers, mais aussi dans la perception des citoyens, il ne convenait pas que Mkapa ignore ce fait.

Même si nous devions ignorer la nature illégale du troisième mandat de Nkurunziza, une règle cardinale pour les médiateurs est de ne jamais prendre publiquement parti ou sembler soutenir les positions de l'une des parties au conflit.

En affirmant publiquement la légitimité du gouvernement de Nkurunziza, qui est au fait le point central des contestations de ses adversaires, non seulement Mkapa s’est exposé aux accusations de partialité, mais Mkapa a entravé ses efforts de trois façons.

Nkuruziza s’est senti renforcé

Tout d'abord, alors que ses déclarations ont bouleversé la confiance [au médiateur] de l'une des parties au conflit, elles ont renforcé la position de NKURUNZIZA qui n’a jamais voulu faire des concessions. Si la question de la légitimité de son gouvernement est résolu, pourquoi NKURUNZIZA devrait négocier avec qui que ce soit?

Mkapa a affaibli sa position

En second lieu, en enlevant la question de la légitimité de la table, Mkapa a affaibli sa main et sa capacité à attirer Nkurunziza à la table de négociation. La meilleure stratégie pour le médiateur aurait été de rester neutre quant à la question de légitimité du gouvernement de Nkurunziza, pour l'utiliser comme un levier de négociation pour convaincre Nkurunziza de faire des concessions et de maintenir également la confiance des opposants de Nkurunziza.

Pas de coordination entre Mkapa et les Présidents de la sous-région

Enfin, il semble y avoir peu de coordination entre les dirigeants régionaux et Mkapa. Il paraît qu'il a fait ses déclarations supportant les la légitimité de Nkurunziza sans consulter les dirigeants régionaux.

En écoutant les personnes impliquées dans le processus de paix, il est clair que Nkurunziza a été en mesure de convaincre l’équipe de la médiation que puisque le pouvoir reste entre les mains du CNDD-FDD, qui est dirigé par les Hutus qui partagent encore le pouvoir avec les Tutsis, la question de légitimité ne peut se poser.