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Lettre de Museveni à Nkurunziza: Vers la fin de la rectitude politique ?


Sur le plan linguistique, la rectitude politique évite d'utiliser certains termes ou terminologies, estimant que cela peut créer des divisions ou les aggraver. Ceci est basé sur l'hypothèse de Sapir-Whorf qui suggère que «la réalité est déterminée par nos processus de pensée, qui sont influencés par le langage que nous utilisons».

De cette manière, le langage façonne notre réalité et il nous dit non seulement comment nous pensons, mais aussi comment nous y répondons. Par exemple, si vous continuez à utiliser le mot génocide, vous pouvez inciter les gens à y croire et les amener à commettre un génocide, ou en en étant victime ou, si vous utilisez un langage sexiste ou un langage racial, vous pouvez promouvoir le sexisme ou le racisme.

La rectitude politique est l’une des handicaps des politiciens burundais qui préfèrent éviter certains termes afin de maintenir des relations superficielles avec leurs pairs ou tout simplement pour se protéger des crimes qu’ils ont commis dans le passé.

Cet article analyse la lettre du Président Museveni à Nkurunziza et expose en quoi la rectitude politique influe sur la politique Burundaise, et montre comment Museveni en évitant l’usage de la rectitude politique dans sa lettre soumet les responsables politiques burundais à la vérité et leur demande à discuter de la cause réelle de leur conflit.

La rectitude politique et les politiciens burundais

Les Burundais sont, par nature, des gens réservés et ils ne disent pas publiquement ce qu'ils pensent de leur fond du cœur. Ils ont même des proverbes pour soutenir leur caractère «Ijambo rigukunze riguma munda», ce qui signifie qu’un mot retenu est meilleur qu’un mot prononcé! Si le conflit ethnique au Burundi dure depuis si longtemps, c'est en partie à cause du caractère décrit ci-haut.

Depuis 1961, après l’assassinat du prince Louis Rwagasore, chef charismatique et héros de l’indépendance du Burundi, le pays a sombré dans des violences basées sur de divisions interethniques que tout homme politique a vu, mais qu’aucun n’a admis publiquement la cause. En conséquence, des centaines de milliers de Burundais, tant hutus que tutsis, ont perdu leurs vies.

En 1965, les Hutus ont exterminé les Tutsis lors des massacres de Busangana dans la région centrale du Burundi. En 1972, des Hutus ont massacré des milliers de Tutsis dans le sud du Burundi, en particulier dans les provinces de Bururi, Makamba et Rumonge, dans le sud du pays, ce que certains écrivains ont qualifié pour la première fois de génocide des Tutsis. La même année, l'armée dirigée par le président Micombero a réprimé le massacre de Tutsis tuant des milliers de Hutus, la plupart d'entre eux tués simplement parce qu'ils étaient hutus bien que la version officielle affirmait que les personnes tuées étaient derrière le massacre des Tutsis.

En 1988, les Hutus ont tué les Tutsis dans les provinces de Ngozi et Kirundo, dans le nord du pays, en particulier dans les communes de Ntega et de Marangara, puis l'armée a riposté en tuant des Hutus.

Mais 1993 a été le point culminant de ce conflit ethnique où, après l’assassinat de Ndadaye, premier président démocratiquement élu et certains de ses proches, notamment des ministres. Cet assassinat du président et de certains de ses proches ont été suivis par des massacres généralisés de Tutsis dans tout le pays par les Hutus.

Pour la première fois dans l’histoire de violences interethniques au Burundi, une enquête indépendante de l'ONU a conclu que le massacre généralisé des membres de la minorité tutsie après le coup d'État militaire de 1993 constituait un génocide contre les Tutsis.

Malgré cette conclusion d'un panel de l'ONU, aucun tribunal n'a été mis en place pour traduire les auteurs en justice. Une guerre civile a suivi à partir de 1994 et de nombreux groupes armés hutus ont combattu contre une armée dominée par les Tutsis.

De nombreux innocents des deux côtés du conflit ont perdu leurs vies. Ceux dont la mémoire collective se rappelle sont les meurtres de Hutus à Kamenge en 1995, les meurtres d'étudiants hutus à l'université du Burundi (Campus Mutanga), les massacres des Tutsis à Bugendana et à Teza, ainsi que les meurtres d’étudiants hutus et tutsis au séminaire de Buta.

Depuis l'indépendance, il n'y a pas un seul Burundais qui ait vécu sans peur ni guerre pendant dix ans.

Les leaders régionaux interviennent

En 1996, les dirigeants de la sous-région ont décidé d'aider les Burundais à régler leur conflit. Mandaté par l’Organisation de l’Unité Africaine, Un homme d'État fort et respecté, Mwalimu Julius Nyerere, ancien président de la République-Unie de Tanzanie, qui connaissait bien la nature du conflit interethnique au Burundi, a initié un processus de négociation entre les factions belliqueuses.

Réagissant au coup d'Etat militaire qui a ramené le président Buyoya au pouvoir, Nyerere a déclaré que "le Burundi risquait de devenir un autre Rwanda, où plus d'un million de personnes ont été massacrées lors d'un génocide de 1994". « Le seul chemin vers la paix durable au Burundi, c’est le franc- parle, le dialogue » déclara ce héros d’indépendance en Afrique.

Usant de son influence, il parvient à convaincre Buyoya, peu disposé au dialogue, qu'il n'avait d'autre choix que de négocier avec des groupes rebelles Hutus qui se battaient contre l'armée. Il lui fut clairement expliqué que le recours à la force pour le chasser du pouvoir devait suivre s'il refusait de dialoguer avec ses opposants.

Les négociations ont eu lieu d'abord à Mwanza, puis à Arusha sous la facilitation du Mwalimu Nyerere, et plus tard sous la facilitation de Nelson Mandela. Les politiciens burundais ont eu la possibilité de résoudre franchement leur problème. Comme dans toute autre résolution de problème, ils ont commencé par identifier et évaluer le problème.

Un mauvais diagnostic et mauvaise définition du problème

Bien que tous les experts, observateurs et chercheurs impliqués dans ce processus aient clairement indiqué que le conflit était ethnique, les politiciens burundais ont surpris tous les participants au dialogue en suggérant que le conflit était politique. Un professeur de sciences politiques d’une université tanzanienne surpris par ce le diagnostic s’étonnait en disant que: «politique…, c’est général… tout est politique… s’agit-il d’une politique fondée sur l’ethnisme?»

Mais les politiciens burundais, au lieu d’affronter leur passé avec franchise, préférèrent plutôt la rectitude politique, malgré qu’ils savaient tous que le problème était fondé sur un conflit ethnique. Ils savaient tous que des génocides et d'autres massacres avaient été commis au Burundi, soit au nom de la protection ethnique (par les Tutsis) ou soit en forme de nettoyage ethnique (par les Hutus).

La preuve est que les négociateurs étaient divisés en groupes ethniques. Il y avait une partie tutsie regroupée dans ce qui était connu sous le nom de G10 et une partie hutue regroupée dans ce qui était connu sous le nom de G7.

Ils savaient que la facilitation consistait à éviter un autre Rwanda, ce qui signifiait essentiellement éviter un autre génocide! Mais au nom de la rectitude politique, les politiciens burundais ont évité d'admettre que le conflit était ethnique.

Ce diagnostic erroné du problème réel a abouti à un résultat plutôt surprenant. Bien qu'ils aient décidé que le problème n'était pas ethnique, la solution proposée était ethnique. À la fin des discussions, ils se sont convenus sur une solution : un partage du pouvoir basé sur des quotas ethniques.

Un journal tanzanien a écrit à ce propos: «Vous ne pouvez pas trouver une bonne solution au mauvais problème, ces Burundais vont retourner ici à Arusha, dans dix ans pour une autre série de négociations!»

L’auteur de l’article de ce journal tanzanien s’est peut-être trompé sur les dates mais ses prédictions étaient correctes. Après 15 ans, les Burundais sont de retour à Arusha. Étonnamment, ce n'est pas une génération différente qui renégocie les erreurs du passé, mais les mêmes personnes qui avaient signé l’accord en 2000 sont de retour à Arusha!

Il est aujourd’hui évident que les politiciens burundais ont eu tort d’être politiquement corrects, le reste du monde a eu raison d’appeler le diable par son vrai nom. Le Burundi est jusqu'à présent une société bipolaire. Les Burundais ont été touchés par le passé tragique et par les atrocités cycliques.

Les accords d'Arusha étaient un contrat social. Les Hutu et les Tutsi avaient accepté de vivre en paix et de partager le pouvoir. Toute violation de ce contrat est tenue de diviser la société burundaise en fonction de critères ethniques.

Lorsqu'un président hutu décide qui devrait être son vice-président et le nomme sans le consensus des principaux acteurs politiques tutsis, que les postes clés réservés aux Tutsis dans l'armée, la police et le gouvernement soient attribués aux Hutus, personne, pas même du côté des opposants ne lève le petit doigt pour signaler le danger à cause de la rectitude politique!

Au nom de la rectitude politique, les Tutsis sont tués parce qu'ils sont tutsis et les politiciens tutsis se taisent! La rectitude politique a rendu les défenseurs des droits de l'homme et les politiciens burundais aveuglément attachés à la neutralité plutôt qu'à la réalité. Le mot génocide est délibérément évité par ceux qui étaient censés l'utiliser dès le début, et tout cela a au nom de la rectitude politique.

En 1996, c'est Nyerere qui a contraint les Burundais à faire face à leur réalité! Museveni sera-t-il un autre Nyerere pour le Burundi? Compte tenu de sa récente lettre à Nkurunziza, il est évident que, contrairement aux hommes politiques burundais, le président Museveni vit dans le monde réel et que la rectitude politique n’a pas de place chez lui. Il l'a prouvé une fois de plus dans sa lettre à Nkurunziza. Comment cette lettre de 5 pages peut-elle affecter le spectre politique burundais?

Lettre de Museveni et la politique Burundaise

Lorsque Nyerere confrontait Buyoya à Mwanza pour lui montrer que ses choix étaient limités et que les négociations étaient sa seule issue pacifique, le président Museveni était à côté de lui. Ce dernier a également fait comprendre à Buyoya qu'il avait fait un mauvais choix de reprendre le pouvoir par un coup d’état et que lui (Museveni) et ses collègues n'allaient pas lui permettre d’y rester.

Museveni a continué à être le facilitateur officiel du conflit burundais, même après la mort de Nyerere et pendant la facilitation de Mandela. En tant que tel, il est probablement le seul facilitateur du conflit burundais à avoir suivi tout le processus. À un certain moment, Buyoya s'est senti tellement infantilisé quand on lui a dit qu'il devrait accepter d’intégrer les rebelles l'armée.

Sur ce, Buyoya, a déclaré qu '«en tant qu'officier de l'armée régulière, je peux vous dire que ce que vous me demandez n'est pas possible pour le moment», ce à quoi Museveni a répondu: «en tant qu'ancien rebelle, je sais que cela peut se faire car je l'ai fait moi même! »N’eut était Museveni, Buyoya aurait facilement ignoré les négociations comme Nkurunziza le fait aujourd’hui.

Mais Museveni est une personne réaliste. Lorsque le Burundi est devenu l'un des premiers pays africains à adopter le système multipartite, Museveni a déclaré que l’Etat Burundais était trop jeune pour être une démocratie multipartite, ajoutant qu'ils (les Burundais) "le regretteraient".

Donc, pour lui, voir un homme qui prétendait être la personne la plus démocratique de cette époque revenir au pouvoir par un coup d'État militaire était une aberration. Museveni n’allait pas se cacher derrière la rectitude politique ou la diplomatie pour convaincre Buyoya que le dialogue était la seule voie.

Cependant, comme Nyerere, Museveni est un homme qui est perçu de différentes manières par les Burundais. Les extrémistes hutus l'appellent un Hima qui soutient les Tutsis. Les leaders de l’opposition (Hutus et Tutsis), le voient comme un partisan de Nkurunziza, du simple fait qu’ils sont tous deux restés au pouvoir plus longtemps que prévu. Le gouvernement le voit comme pro-opposition.

Mais Museveni n'est ni pro hutus ni pro tutsi. Il n’a pas soutenu Buyoya alors qu’il savait bien qu’il était tutsi. Il n’a pas soutenu l’opposition même s’il les avait accueillis dans son pays quand ils avaient fui Nkurunziza et son régime. Il ne soutient pas le gouvernement même s'il l'a aidé à accéder au pouvoir. Museveni est une personne réaliste. Et comme beaucoup de gens réalistes, il est mal incompris par bon nombre de gens.

Dans le monde postmoderne, nous préférons les gens qui s’identifient avec une certaine opinion. Museveni n'est pas comme ça. Il change d'avis chaque fois qu'il le juge nécessaire et réaliste. Dans le jargon du leadership, il est un leader situationnel!

Dans le cas du Burundi, il savait bien que le conflit était ethnique bien que les politiciens aient choisi d'être politiquement correct en préférant une origine politique au conflit Burundais. Il savait que la plupart des rebelles hutus et des actuels maîtres politiques du parti FDD-CNDD étaient des orphelins de 1972 et il souhaitait qu’ils accèdent au pouvoir tout en espérant qu’ils comprenaient à quel point il est pitoyable d’être orphelin et espèrent qu’ils éviteront d’en faire d’autres.

Lors de son premier mandat au pouvoir, il était l'un des fervants alliés du CNDD-FDD. Il leur a fourni du matériel scolaire afin que le Burundi puisse se permettre de bénéficier d'une éducation primaire gratuite. Au début des négociations, Museveni fut accueilli au Burundi comme un roi. Peu de gens au sein du CNDD-FDD savaient que Museveni n’hésiterait pas de dénoncer qui que ce soit s'il le jugeait vraiment nécessaire.

Que ce soit le gouvernement américain qui le défie sur des questions d'orientation sexuelle ou le gouvernement britannique qui conteste la liberté de manifestation en Ouganda, il répond toujours de manière non diplomatique afin que non seulement les politiciens puissent comprendre, mais aussi le monde entier.

C'est de la même façon qu’il a répondu à Nkurunziza. Sa lettre était si simple et si ouverte que même un enfant du primaire pouvait la comprendre. En fait, c'était si simple et direct que dans les médias sociaux et les intellectuels burundais des deux côtés du conflit ne savaient pas vraiment si c'était du réel ou faux.

Cette lettre, qui comportait dix paragraphes et était rédigée sur cinq pages, commençait un accusé de réception de la lettre de Nkurunziza et reconnaissant qu’il y réponde en sa capacite personnelle et que la réponse officielle sera issue du prochain sommet de la CAE sur le Burundi. Dans ce paragraphe, il rappelle à Nkurunziza qu'il est président du dialogue inter-burundais depuis 1998.

En d'autres termes, il dit: vous, Burundais, vous êtes en conflit depuis 60 ans et j'essaie de vous aider en tant que président du dialogue visant à résoudre votre conflit depuis 20 ans. Qui sait mieux que moi?!

Dans le deuxième paragraphe, il démontre sa connaissance du conflit burundais en commençant par son point de départ. Il rappelle à Nkurunziza qu'il a oublié de mentionner que le conflit avait débuté au début des années 60 et qu'il était censé s'achever en 2000 avec l'accord d'Arusha après 40 ans.

Il lui rappelle ensuite que n’eut était l’effort de la CAE, cet accord, voie par laquelle Nkurunziza est arrivé au pouvoir n’aurait pas été conclu. Il aborde la construction sociale du conflit : le désir des Hutus d'imiter le Rwanda de Kayibanda pour massacrer les Tutsis dans le but de monopoliser le contrôle du pouvoir; et le désir des Tutsis de monopoliser le pouvoir au Burundi pour des raisons d’autoprotection a mené le pays au chaos.

Il rappelle à son collègue comment Nyerere et la CAE ont rejeté une telle construction pour proposer un modèle (formule selon Museveni) qui fonctionnerait pour le Burundi. Il a rappelé à Nkurunziza qu'il n'était pas parvenu à saisir aucun territoire du Burundi malgré 10 ans de combats.

Museveni a déclaré que c'était le modèle de résolution de conflit proposé par la CAE qui avait ouvert la voie à l’arrivé au pouvoir du CNDD-FDD, ajoutant que l'accord conclu à Arusha avait comme a permis le Burundi de jouir d’une courte période de paix jusqu'en 2015.

En d'autres termes, il taxait Nkurunziza d'ingrat. Qu’il devrait respecter et remercier les dirigeants de la CAE pour leur rôle dans la stabilisation du Burundi et la création d’une possibilité pour lui d’être président.

Le reste de la lettre aborde les points soulevés par Nkurunziza au sujet du conflit avec le Rwanda, et un autre plus odieux concernant les négociations avec les Interahamwe, auquel Museveni a répondu clairement et logiquement en rappelant à Nkurunziza qu’il n y a pas de place aux génocidaires, et encore moins dans les négociations.

Il convient que le Rwanda et le Burundi peuvent discuter d'autres problèmes, y compris la gestion des zones économiques sur lesquelles ils sont convenus en tant que membres de la CAE, mais insistant sur le fait que personne ne devrait négocier avec les auteurs du génocide. Museveni a rappelé à Nkurunziza que lui-même (Museveni) avait négocié avec ses adversaires à différentes occasions.

Mais vers sa conclusion, il ramena la question liée au conflit ethnique. Il a déclaré avoir «directement assisté» à la manière dont les Hutus avaient commis en 1972 des actes de génocide contre les Tutsis, au cours desquels des enfants et des femmes avaient été tués à coups de machettes au nom de la lutte pour la liberté. C'est là que Museveni prouve une fois de plus que pour lui, la rectitude politique n'a pas sa place.

Les politiciens burundais parlent volontiers ou non de 1972 comme un génocide contre les Hutus. Même certains politiciens autodidactes tutsis, craignant de ne pas offenser leurs partisans hutus, préfèrent être politiquement corrects et admettent que 1972 se réfère aux massacres de Hutus.

Museveni rappelle aux dirigeants du CNDD FDD, dont la plupart sont des orphelins de 1972, qu'ils ne sont pas les seuls orphelins de 1972. Que les Tutsis ont été les premières victimes et que, s'ils peuvent rester silencieux pour le moment, à moins que leurs auteurs soient traduits en justice, un jour ils vont parler aussi.

La plupart des Hutus honnêtes admettent que le génocide contre les Tutsis a eu lieu qu’en 1993. La plupart des Tutsis honnêtes admettent qu’il y a eu de massacres ciblés de Hutus en 1972. Ces Tutsis et Hutus qui ont l'audace de faire face à la réalité n'ont aucune place dans la politique burundaise aujourd'hui.

La lettre de Museveni à Nkurunziza est un message adressé à tous les Burundais. Il dit essentiellement que les Burundais devraient être prêts à affronter leur histoire, évitant la rectitude politique. Et il leur rappelle que l'accord d'Arusha ne peut être interprété qu'en termes de conflit ethnique.

En d'autres termes, pour que les Burundais aient la stabilité, ils doivent accepter de se respecter les uns les autres. Par les Accords d’Arusha, ils ont accepté de partager le pouvoir. Bien que la plupart des réserves concernant les documents de l'accord n'aient pas été traitées pour faire des accords d’Arusha un document complet, les accords d’Arusha restent le seul document approuvé par les Hutus et les Tutsis en ce qui concerne le partage du pouvoir. Il devrait être amélioré mais pas ignoré comme Nkurunziza semble le faire aujourd’hui.

Museveni envoie également un message aux chefs de groupes armés. Il leur rappelle que la discipline est la clé du succès. Mais plus important encore, il dit que tant que vous n’aurez pas une idéologie politique, vous risquez d’être taxés de groupes terroristes, car vous ne contrôlerez pas ce que vos milices feront sur terrain. Comme exemple, il a nommé les dirigeants des milices hutus en 1972 à qui il avait conseillé de ne pas "engager un effort sectaire", car cela serait dangereux pour les Burundais.

Museveni s'interroge aussi indirectement sur le silence des Tutsis. Il leur rappelle que même s'ils ont choisi d'être politiquement correcte et de ne pas revendiquer la partie du gâteau qui est à juste titre la leur, ils le paieront cher.

Au début des négociations récentes, Museveni s'est confié à l'un des diplomates: "Ces Burundais ne sont pas sérieux, aucun représentant de l’autre cote du conflit n’est officiellement présent ». (Il faisait référence aux Tutsis). «Le représentant du gouvernement est Hutu, le représentant de la société civile est Hutu, le représentant des groupes religieux et des religions est Hutu », puis il a demandé où se trouvaient les Tutsis.

Le style de Museveni est toujours brutal, mais dans la plupart des cas, il a raison. Les Tutsis ou qu’ils soient ne sont pas satisfaits de la place qui leur est réservée par le régime de Bujumbura, mais personne ne veut exprimer ce sentiment, même au sein des familles politiques auxquelles ils appartiennent. Par exemple, le CNARED, qui prétend défendre les accords d'Arusha, ne respecte pas son principe de partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis, car le pourcentage de Tutsis est inférieur à ce qu'ils représentent dans l'opposition.

Au Burundi, le régime appelle à leur extermination en utilisant la jeunesse du parti au pouvoir, les Imbonerakure. La communauté internationale, y compris les agences des Nations Unies, ont déjà prédit le risque de génocide et des experts internationaux ainsi que des universitaires travaillant sur le génocide ont déjà conclu que, si rien n'est fait, «le Burundi prépare un autre génocide».

Les Hutus et les Tutsis (ceux qui ont «les mains propres»), qui sont prêts à divorcer avec la rectitude politique comme le fait Museveni, devraient se lever et créer un mouvement politique qui cherche à rétablir la paix et la justice au Burundi. Avec autant de cœurs blessés des deux côtés du conflit, à moins que de véritables dirigeants ne se manifestent, des personnes aux capacités cognitives et intellectuelles élevées, capables d'apporter des solutions à différentes situations, le Burundi ne se remettra jamais de ce conflit cyclique.

La lettre de Museveni à Nkurunziza est un appel à mettre fin à la rectitude politique. C'est un appel aux politiciens burundais à affronter leur sombre histoire avec espoir. C’est un appel à éviter un autre génocide, mais plus important et urgent, il rappelle à Nkurunziza que s’il refuse de négocier, la région le forcera à le faire, comme ils l’ont fait avec Buyoya!

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