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Pierre Nkurunziza valorise Gitega pour chosifier les Tutsis.


Cela fait plusieurs mois que le président burundais Pierre Nkurunziza se méfie de Bujumbura, la capitale du Burundi pour s’incruster dans les villes secondaires du nord ou du centre-est.

Officiellement, son élan centrifuge est motivé par une préoccupation peu commune de se rapprocher du petit peuple ou du citoyen Lambda que ses successeurs tutsis avaient toujours toisé du haut de leurs quartiers huppés de Bujumbura, creuset de la quintessence nationale de l’intelligentsia et de la réussite socioéconomique. Mais il y a des faits qui sous-tendent cette méfiance. Au de-là de cette tardive empathie présidentielle, Pierre Nkurunziza est témoin oculaire d’une sévère vague de contestation dont Bujumbura a été le théâtre dès fin avril 2015 en guise de rejet énergique de son 3ème mandat.

Il s’agace aussi de «l’indomptabilité» d’une capitale qu’il trouve massivement squattée par des Tutsis et autres hutus insoumis. Enfin, Pierre Nkurunziza est sans doute profondément dessus par son score minable lors des scrutins pourtant truqués en sa faveur via une CENI qui lui est acquise.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, Pierre Nkurunziza a décidément jeté son dévolu ailleurs, au détriment de Bujumbura, naturellement trop au parfum de son bilan désastreux. Sauf qu’en cette occurrence, le coupable culpabilise. Les tutsis pour ne pas les nommer. Toutes ses décisions vont dans un seul et même sens : réifier ou chosifier les tutsis par qui tous les maux qui lui collent au dos sont venus.

Il vient d’ériger Gitega au statut de capitale politique du Burundi. Du coup, Bujumbura est déchu de ce statut. Les réunions du conseil des ministres s’y tiendront désormais. Les ministères sont sommés de déménager pour Gitega, la nouvelle capitale politique du Burundi.

Sur ordre de son président, Révérien Ndikuriyo, le Sénat a déjà donné le ton en pliant bagages. Mais son collègue de l’Assemblée Nationale semble encore avoir du mal à s’adapter au tango improvisé car il veut «donner du temps au temps ». « Moi je ne fais jamais les choses à la hâte, laissez-moi prendre mon temps avant de déménager», a-t-il récemment lancé à la presse locale qui le pressait de questions.

L’homme orchestre de cette danse saccadée reste donc Pierre Nkurunziza. En parallèle à cette saga de mesures, il veut dévaluer les terres de Bujumbura. Il a formellement interdit la mise en valeur d’autres parcelles en Mairie de Bujumbura. Sur son ordre, aucun autre quartier ne sera viabilisé à Bujumbura. Que les services d’urbanisme se le tiennent pour dit. Les propriétaires des parcelles dans les quartiers déjà viabilisés, en l’occurrence au sud de Bujumbura, n’ont donc plus droit aux autorisations de bâtir. Tout est gelé. Les parcelles perdent de leur valeur et les propriétaires broient du noir. En contrepartie, Pierre Nkurunziza lance un mégaprojet de constructions de maisons haut standing à Zege en province de Gitega.

Disloquées par ces déménagements impromptus dans un contexte de pauvreté extrême, des familles entières dont les membres doivent suivre le mouvement des employeurs sont dans la désolation. Via les médias locaux, leurs cris de détresse sont trop sonores. Mais fidèle à son objectif, Nkurunziza n’en a cure.