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L’économie burundaise anémiée par six épisodes de conflits.


Les différents conflits cycliques qui ont secoué le Burundi depuis son indépendance ont porté un lourd préjudice à son économie, selon une récente étude publiée par deux universitaires.

Intitulée « Economic Costs of Civil Conflits : The Case of Burundi », cette étude est l’œuvre de deux enseignants-chercheurs à la Faculté d’Economie de l’Université du Burundi à savoir Arcade Ndoricimpa et Michel-Armel Ndayikeza. Elle s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche collaboratif lancé par l’AERC (African Economic Research Consortium).

Ainsi, il s’avère que la crise de 1993, dont nul n’ignore les dimensions génocidaires avérées vis-à-vis des tutsis, a été la plus cruelle non seulement sur le plan humain mais aussi sur le volet économique.

«Alors que le Burundi a connu six épisodes de conflits civils depuis son indépendance, en 1965, 1972, 1988, 1991, 1993-2013 et 2015, celui de 1993-2003 a été le plus dévastateur pour l’économie », expliquent les deux enseignants-chercheurs.

D’après les estimations, ce dernier conflit a coûté au Burundi entre 8 et 10 milliards $, « ce qui représente autour de 1.500 $ par personne ou bien 5 années de revenus. Jusqu’à ce jour, le PIB par habitant du Burundi reste inférieur à ce qu’il était en 1992 », martèlent-ils.

Selon les projections de ces deux analystes, si le Burundi était resté pacifique sur la période 1993 – 2003, « le revenu moyen des Burundais aurait été le double de ce qu’il était en 2003, ce qui aurait assuré à la population une meilleure éducation, une meilleure santé, des logements améliorés, bref, des progrès dans plusieurs indicateurs de bien-être ».

D’une manière générale, la croissance économique en a donc sérieusement pâti tout au long de l’histoire récente du Burundi.

«Entre 1970 et 2015, les conflits civils inter-burundais ont réduit en moyenne la croissance annuelle du PIB de 4 points de pourcentage par rapport à ce qu’elle aurait été potentiellement».

L’actuelle crise née de l’entêtement du Président Pierre Nkurunziza à briguer un mandat illégal a donné le coup de grâce à l’économie burundaise.

Cette crise a en effet réduit la croissance du PIB « de 8,9 points de pourcentage cette année par rapport à son scénario contrefactuel ».

Au vu de tous ces résultats, les auteurs notent qu’« il est clair que le pays doit faire plus d’efforts pour renforcer la paix et revitaliser son économie grâce aux avantages d’une paix durable. ».

Ainsi interpellent-ils : « Comme il semble que le Burundi n’ait pas coupé les liens avec son histoire de conflits, nous espérons que cette étude attirera l’attention des décideurs sur l’importance de la consolidation de la paix ».

De quoi faire réfléchir les acteurs politiques à presque une année d’un nouveau processus électoral déjà controversé.