• Paula Donovan - Co-directeur de AIDS-Free World et

Le financement répréhensible du chef de l'ONU pour la violence au Burundi


La semaine dernière, le Washington Post a publié une critique cinglante du directeur exécutif de Human Rights Watch intitulée "Pourquoi le silence du chef des Nations Unies sur les droits de l'homme est-il profondément troublant". Kenneth Roth a déclaré que le secrétaire général António Guterres "est en train de se définir par son silence sur les droits de l'homme, même lorsque de graves violations des droits de l'homme prolifèrent ».

Ces mots de Kenneth Roth ont surement dû rendre les choses difficiles pour les porte-parole de l'ONU qui forment un bouclier humain autour d'António Guterres. Il est impossible d’expliquer la litanie d’atrocités récentes - de la part de l’Arabie saoudite, de la Russie, de la Chine, de la Syrie, du Congo, du Myanmar et de Trump - qui n’a suscité ni commentaire ni condamnation de la part du Secrétaire général.

M. Roth, qui en sait long sur le pouvoir des mots, a tout à fait raison. Le silence peut être stratégique, mais parfois, il est juste sans fin. Ou pire: parfois le silence signifie le consentement. Prenons le cas du Burundi.

On craint que le fait que M. Guterres ne dit rien sur le Burundi puisse signifier l’appui au Président Pierre Nkurunziza et des crimes horribles qu’il est soupçonné d’avoir orchestré contre ses opposants politiques.

Mais si le Secrétaire général n’a aucune raison d’expliquer pourquoi il entretient des relations commerciales avec un régime autocratique alors que la Cour pénale internationale (CPI) enquête sur des crimes contre l’humanité, nous ne pouvons que nous appuyer sur des faits documentés. Ils parlent pour eux-mêmes.

L'ONU paie le Burundi pour l'utilisation de ses soldats en tant que soldats de la paix de l'ONU - environ 13 millions de dollars par an, soit près du quart du budget total de la défense d'un pays frappé par la pauvreté - et déploie actuellement 740 d'entre eux dans le cadre de sa mission appelée "MINUSCA" pour "protéger" la République centrafricaine en guerre (RCA).

Le Conseil de sécurité a autorisé le Secrétaire général à renvoyer des soldats de la paix chez eux «lorsqu'il existe des preuves crédibles d’exploitation et d’abus sexuels généralisés ou systémiques». Il appartient au Secrétaire général de décider ce qui constitue et se definit comme excès de violence.

Les Burundais représentent un cinquième de tous les soldats des forces de maintien de la paix des Nations Unies depuis 2015 qui ont été officiellement accusés de viol et d'autres «fautes sexuelles» par des femmes et des enfants centrafricains, bien que le Burundi fournisse moins de sept pour cent des 11 158 soldats de maintien de la paix de la MINUSCA. .

Le comportement des militaires Burundais en RCA ne devrait surprendre personne. Chez eux au Burundi, la chaîne de commandement de l’armée burundaise ressemble à ceci: le président Nkurunziza est sous les ordres divins – que lui seul entend - de gouverner à vie, et son armée est chargée d’éliminer les citoyens burundais qui osent contester cet ordre.

Militaires burundais en mission de maintien de la paix

Lorsque le président a annoncé, il y a quatre ans, qu'il briguerait un troisième mandat, des électeurs ont manifesté dans les rues et les massacres ont commencé. Depuis 2016, des rapports officiels effrayants émanant d'enquêteurs et de commissaires indépendants de l'ONU ont décrit le viol, la torture sexuelle, le démembrement et les meurtres de masse perpétrés par des soldats, des policiers et des milices du gouvernement.

Les experts estiment que cette campagne horrible de répression sanglante est toujours en cours. Garder une armée suffisamment fidèle pour maintenir des niveaux brutaux de viols et de meurtres contre son propre peuple, année après année, est coûteux. Sur qui Nkurunziza peut-il compter pour un revenu stable? La réponse: secrétaire général Guterres.

Même comparé aux campagnes de terreur d’État et de chaos les plus notoires au monde, le Burundi se démarque. Les enquêtes de la Cour pénale internationale sont rares, mais les attaques présumées et en cours du gouvernement Nkurunziza contre ses propres citoyens ont été suffisamment grotesques pour justifier une enquete de cette cour internationale, sur la base de preuves crédibles du pire de tous les crimes: les crimes contre l'humanité.

S'il existe une explication raisonnable permettant au Burundi de maintenir ses effectifs de maintien de la paix, les victimes de Nkurunziza méritent de l'entendre de la part du Secrétaire général de l'ONU.

Pourquoi finance-t-il leur oppresseur? Et les femmes et les enfants de la RCA méritent de savoir pourquoi, lorsque leur gouvernement a demandé à la communauté internationale des soldats de la paix, M. Guterres leur a envoyé une armée réputée pour avoir violé et assassiné à la place.

Nkurunziza n'a aucun problème à faire entendre son point de vue. Avec une colère exceptionnelle Il a retiré son pays de la Cour pénale internationale lorsqu'elle a annoncé l'ouverture d'une enquête sur de prétendus crimes contre l'humanité (bien que, selon le droit international, ce retrait ne soit pas suffisant pour arrêter l'enquête de la CPI.)

Il avait déjà forcé l'ONU à retirer ses enquêteurs et ses commissaires. Et plus récemment, il a expulsé le bureau des droits de l'homme de l'ONU du pays.

Les retraits, expulsions et dénonciations vont dans une seule direction. António Guterres a maintenu son silence, ponctué uniquement par le son d'un stylo griffé sur un chéquier: Payez à l'ordre de Pierre Nkurunziza, 13 millions USD. Le monde doit une explication.