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Fissuré et désarticulé, que défend encore le CNARED ?


Membres du directoire du CNARED dont Bernard Busokoza, Jean Minani et Anicet Niyonkuru

Fissuré et désarticulé, le Conseil National pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit (CNARED), qui se voulait jusque récemment comme principale plateforme de l’opposition burundaise en exil, n’est qu’une «coquille vide».

Alors qu’elle prétendait défendre les accords d’Arusha et prônait le retour à la légalité du pouvoir de Gitega, cette plateforme se vide de ses membres à vue d’œil. Cet exode de membres est peut-être le résultat de manque de vision et d’un opportunisme nu de l’équipe qui dirige cette plateforme.

Auparavant, le CNARED était vu comme un défenseur des accords d’Arusha, d’un ordre légal et de la continuité d’une démocratie consociative ; et par conséquent incarnait une source d’espoir pour la minorité tutsi, qui à tort ou à raison voit les accords d'Arusha comme une garantie de survie politique et social.

Aujourd’hui, la seule connexion (politiquement conséquente et publiquement évidente) qui reste entre le CNARED et la minorité tutsie semble être Bernard Busokoza, l’ancien Premier Vice-Président du Burundi qui semble avoir décidé d’y déposer définitivement ses valises.

Il est l’un des rares tutsi à y croire encore et semble avoir décidé d'y ériger sa demeure politique à côté de Monsieur Anicet Niyonkuru et du Docteur Jean Minani, qui sont visiblement des inamovibles dans cette plateforme.

Certains observateurs pensent que la présence de cet ancien homme fort de l’armée et du parti UPRONA semble être le seul facteur qui donne encore un brin de crédibilité à un CNARED, dont certains détracteurs/déserteurs considèrent déjà comme une «coquille vide». Ici aussi, l’option de Bernard Busokoza qui garde le CNARED comme son unique point d’ancrage politique tiendrait, peut-être, sur au moins trois leviers selon les supputations de certains observateurs.

D’abord, Bernard Busokoza ne lâche pas sa carte de visite estampillée CNARED par ce qu’il n’a plus d’autre affiliation politique qui vaille. Il fut, certes, de l’UPRONA (difficile d’en préciser l’aile pour l’instant), mais l’UPRONA ou ce qui commence à en rester manque de cohérence et, du coup, ne lui irait plus. Par cette perte de famille qui lui convient, le CNARED bénéficie d’une présence d’un membre influent de la minorité Tutsie et sans doute s’y appuie pour projeter une aura de rassembleur qui ne lui va plus.

Ensuite, et c’est ici un autre pari risqué, Bernard Busokoza estimerait encore que cette plateforme reste, malgré tout, la seule formation qui peut défendre ses intérêts personnels face à un régime CNDD-FDD qui veut et vient de s’en accaparer. Pour être juste envers lui, il serait absurde de prétendre qu'il l'unique burundais qui mettrait ses intérêts personnels au premier plan de sa lutte politique.

Déjà, le régime CNDD-FDD a coulé Africell, une florissante société de téléphonie mobile appartenant à cet ancien officier de l’armée burundaise.

Le récent coup de filet général sur ses biens n’est qu’un coup de grâce. Dans tous les cas, tout semble indiquer que sa présence en cette plateforme, qui serait déjà en train de négocier un retour au bercail avec précondition que le régime de Gitega restitue tous les biens saisis des opposants en exil est semble t-il la seule raison qui retient Bernard Busokoza au CNARED.

Enfin, dans un tel contexte de prédation orchestrée à dessein par le régime, qui parait-il aurait pensé à cette saisie systématique des biens des opposants pour créer une certaine pression pour forcer ces derniers à faire valise et rentrer au pays pour participer aux élections e 2020, il y a lieu de se demander si Bernard Busokoza finira par tourner casaque et changer d’adresse si le régime de Bujumbura n’accepte pas de resituer les biens saisis.

Les prochains jours devaient nous permettre d’y voir un peu plus clair.