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Le torchon brûle entre le régime de Nkurunziza et l'Eglise catholique


Dimanche, le 22 septembre 2019, l'église catholique du Burundi a usé de son franc parler habituel pour lancer un message officiel qui dénonce la dérive de violence quelques mois avant les élections prévues pour mai 2020.

A travers leurs messages, les évêques catholiques ont exprimé leur "inquiétude et préoccupation" à huit mois des élections générales prévues en 2020. Ils ont pointé du doigt les violences politiques ainsi que les efforts de l'arsenal gouvernemental pour étouffer certains partis politiques, persécuter leurs membres sans oublier des actes de criminalité qui vont même jusqu'aux meurtres commis sur des mobiles politiques.

Pire encore selon l'Eglise, "les imbonerakure, jeunes affiliés au parti CNDD-FDD semblent se substituer aux services de sécurité".

Plusieurs officiels du régime burundais et du parti présidentiel n'ont pas tardé à réagir même avant que ce message ne soit lu publiquement par la conférence épiscopale du Burundi.

Ces autorités arrivent à accuser les évêques catholiques du Burundi de cracher leur "venin de haine".

"Certains évêques devraient être défroqués car c'est devenu une habitude: à la veille des élections, ils doivent cracher leur venin de haine à travers des messages incendiaires", a tweeté samedi Willy Nyamitwe, conseiller principal du président burundais.

Dans la même logique de la stratégie de communication adoptée par le régime pour contrer le message de l’église catholique, le secrétaire général du parti au pouvoir, Evariste Ndayishimiye (qui avait reçu une bénédiction apostolique de la part du Pape) , parle, lui, des "enseignements de division".

Bénédiction apostolique conférée au général Evariste Ndayishimiye par le Pape

"Ils sont en train d'enseigner la division, ils accusent les imbonerakure (jeunes du parti au pouvoir) d'être des tueurs, disent que les militants du CNDD-FDD sont des tueurs. C'est une honte d'enseigner la haine aux fidèles" a-t-il déclaré lors d'un meeting.

Et d'accuser ces évêques "de chercher à pousser les militants d'opposition à s'attaquer en premier aux opposants du parti CNDD-FDD".

En 2015, l'Eglise catholique avait pris position contre le troisième mandat du président actuel Pierre Nkurunziza. Depuis ce jour, les relations entre le régime Nkurunziza et l'église catholique vont de mal en pie.

Les violences et la répression qui ont accompagné la crise, qui était prévisible selon la déclaration des mêmes évêques catholiques en 2015, auraient fait au moins 1.200 morts et déplacé plus de 400.000 personnes entre avril 2015 et mai 2017, selon les estimations de la Cour pénale internationale, qui a d'ailleurs ouvert une enquête devant aboutir à l'émission des mandats d'arrêts internationaux contre les auteurs.

Ces imbonerakure que l'église catholique accuse de se substituer à l’autorité et de "faire la loi" au pays, sont qualifiés de milice par l'ONU et sont accusés d'être au cœur du système répressif burundais aux côtés de la police, du Service national de renseignement et rarement de l'armée.

Plusieurs analystes socio-politiques estiment que "les évêques catholiques ne font que parler à haute voie ce que les autres n'ont pas le courage de dénoncer et ils ne passent pas à coté de la vérité". Ils ajoutent que "si jamais il y avait la liberté d'expression au Burundi, ces catholiques n'allaient pas être les seuls à dire la vérité, car cette situation aurait été décrite par des syndicalistes, des médias, mouvements associatifs, des opposants et des militants de la société civile".

Et pour clore, ces analysent disent que "c'est normal que les bons bergers parlent au nom de leur brebis et tous les burundais qui sont malmenés".

Cet acharnement du pouvoir contre l'église catholique peut être "un signal fort dans une société affaiblie comme le Burundi" font-ils savoir avant d'ajouter que "ce signal peut sonner comme un dernier souffre d'un régime qui semble être a bout du souffle comme ce fut en 1986 sous le régime de Jean Baptiste Bagaza; qui s'est attaqué à ce mur ecclésiastique, jouant perdant en moins d'une année".

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