• Dr Charles Kiiza

Le retrait de Nkurunziza des prochaines élections ne garantit pas la stabilité au Burundi


Les hommes qui sont a la tête des trois pôles de pouvoir au sein du parti présidentiel

Bien que Nkurunziza soit largement considéré comme la pierre d'achoppement des efforts visant à résoudre la crise politique au Burundi, selon des sources crédibles au Burundi, les vrais responsables de l'impasse et du chaos au pays sont les trois centres de pouvoir au sein du parti CNDD-FDD. L'un est dirigé par le président Nkurunziza, un autre par le chef des forces armées, le géneral Prime Niyongabo et l'autre par Alain-Guillaume Bunyoni, le ministre de la Sécurité, également chargé de la police nationale

Le Burundi a sombré dans une crise politique en 2015 après que le président Pierre Nkurunziza eut demandé un troisième mandat, ce que ses opposants ont déclaré inconstitutionnel. Bien que, selon des sources, Nkurunziza ait préconisé l’organisation d’un référendum pour modifier la constitution burundaise afin de lui permettre de se présenter aux élections présidentielles de 2020, il a déclaré depuis et à plusieurs reprises qu’il ne se présenterait pas aux élections présidentielles.

Le parlement vient de voter une loi qui lui accorde d'avantages faramineux à sa retraite. Désormais toutes preuves disponibles montrent qu'il partira comme il l'a promis. 

En un sens, cela réduit les «tensions politiques» et cette annonce a pour effet de renforcer la confiance dans le retour de la stabilité à la fois chez les personnes de l’intérieur et ceux de l’extérieur du pays. Cependant, la question pertinente est de savoir si l’absence de Nkurunziza au scrutin présidentiel de 2020 garantit la paix et la stabilité au Burundi.

Bien que Nkurunziza soit largement considéré comme la pierre d'achoppement des efforts visant à résoudre la crise politique au Burundi, selon des sources crédibles au Burundi, les vrais responsables de l'impasse et du chaos au pays sont les trois centres de pouvoir au sein du parti CNDD-FDD.

L'un est dirigé par le président Nkurunziza, un autre par le chef des forces armées, le général Prime Niyongabo et l'autre par Alain-Guillaume Bunyoni, le ministre de la Sécurité, également chargé de la police nationale. 

Des sources affirment que les trois centres de pouvoir ne sont pas responsables les uns des autres; chaque groupe fait ce qui lui convient, et ce chaos créé par cette rivalité conduit aux atrocités contre les citoyens burundais qui sont commises en toute impunité.

Tant que cette dynamique de pouvoir au sein du parti au pouvoir ne sera pas résolue, il est difficile, voire impossible, de trouver la bonne volonté nécessaire pour nouer un dialogue constructif avec l’opposition tant de l'interieur que de l'exterieur.

Cela explique en grande partie pourquoi les efforts déployés par la CAE sous la présidence de l'ancien président Benjamin Mkapa pour amener le gouvernement du Burundi à dialoguer avec l'opposition ont échoué.

En outre, que Nkurunziza se présente ou non aux élections de 2020, aussi longtemps que le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, conservera le pouvoir, le statu quo prévaudra ou la situation risque même de s'aggraver. 

Cet argument repose en partie sur le fait que la constitution controversée de 2018 était l'aboutissement d'un référendum controversé et impopulaire organisé dans des conditions non démocratiques.

Alors que l'Accord de paix d'Arusha pour le Burundi avait protégé le Burundi contre de violents conflits ethniques, notamment entre Hutus et Tutsis en prévoyant un partage du pouvoir proportionnel, la nouvelle constitution controversée du Burundi prévoit un réexamen de cette garantie dans cinq ans. 

Cela pose un grand danger pour une société dont les sensibilités politiques sont encore fraîches et dont les références démocratiques sont encore minimales et embryonnaires. 

Par conséquent, à moins qu'un nouveau gouvernement ne soit formé et ne renverse l’ordre constitutionnel du Burundi établi par le référendum de 2018, la stabilité du pays est loin d’être garantie tant que le statu quo sera maintenu après les élections de 2020.

Les enquêteurs de l'ONU ont prévenu que les crimes contre l'humanité et autres violations graves des droits se poursuivaient sans relâche au Burundi.

Le départ de Nkurunziza ne va pas arrêter ces atrocités. La situation peut même s'aggraver car son départ risque de changer les dynamiques déjà entre les centres de pouvoir et d'influence au sein du systeme CNDD-FDD.

Avec de telles graines de violence semées chez les Burundais et dans le cas où la garantie de la stabilité ethnique entre les Hutus et les Tutsis évoquée ci-dessus sembe avoir été rayée de la Constitution du Burundi de 2018, le pays retournerait très probablement à une guerre civile totale.

Que devrait alors faire la communauté internationale face à de tels défis? 

Les médiateurs du conflit politique burundais ne doivent pas se lasser de chercher une solution viable pour faire face à la crise politique burundaise.

Des efforts significatifs doivent être déployés pour amener les partis politiques du Burundi à une table de négociation; mais avant tout, il faut réconcilier les factions au sein du parti au pouvoir. 

C’est après cette étape que les principaux acteurs de l’éventail politique burundais adopteront une position unifiée, ce qui est nécessaire pour jeter les bases de négociations fructueuses avec l’opposition.

Cependant, avec le départ de Nkurunziza, les tensions internes au CNDD-FDD risquent de déborder et causer de nouvelles tensions et confrontations dans le pays. 

#CNDDFDD