• FULVIO BELTRAMI- Journaliste indépendant et

Le régime de Nkurunziza se prépare t-il à l'offensive ou prépare t-il une "bonne" defe


Après les attaques armées de Cibitoke, les forces loyalistes du régime préparent une offensive pour pousser les rébellions qui sévissent sur sa frontière avec le Rwanda et la RDC, selon nos sources.

Les armes lourdes acquises de la Russie et de France ont été rassemblées et acheminées vers Bujumbura, la capitale économique du pays. Parmi ces armes, des blindés BTR-80, BRDM-2, BTR-40 (de fabrication russe) Panhard AML-90, Panhard AML-60, Panhard M3 (fabrication française), des batteries de canons et d'obusiers à longue portée D-30 de 122 mm et des lance-roquettes multiples BM-21 Grad montés sur des camions.

Defensive ou offensive?

Au début, cette concentration de moyens militaires sur la frontière avec le Rwanda et la RDC faisait penser à une défense de Bujumbura contre l'offensive rebelle. Au contraire, il s'est avéré que la destination finale de ces armes lourdes serait Cibitoke, à la frontière avec le Rwanda. Selon des sources au Burundi, le régime prépare une offensive majeure contre RED Tabara et les autres rebelles qui contrôlent la forêt de Kibira et les districts de Bubanza et Nyanza. L'objectif serait de frapper les forces rebelles et de les repousser au-delà de la frontière rwandaise.

L'offensive devrait débuter prochainement, même si l'effet de surprise a disparu. Malgré les précautions prises par l'armée burundaise, il y a eu des fuites qui mettent en évidence de graves problèmes particulièrement au sein de cette meme armee, et en général au sein du parti au pouvoir, le CNDD-FDD (Conseil national pour la Défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie).

À l'offensive, une coalition des loyalistes de l'armée, des mercenaires rwandais FDRL, des miliciens Imbonerakure et les réservistes FDD (Forces de défense de la démocratie) s'y prepare. En raison de la nature de l'offensive militaire conçue, il existe de forts risques d'incidents frontaliers avec le Rwanda, qui pourraient déclencher une guerre entre les deux pays jumeaux.

Les relations entre Kigali et Gitega sont au bord d'un conflit ouvert

Lundi 2 décembre, le ministre burundais des Affaires étrangères, Ezéchiel Nibigira (ancien chef de la milice Imbonerakure) a transmis au secrétaire de la Communauté de l'Afrique de l'Est l'accusation officielle (document N ° 204.01 / 1279 / MAE / 2019) qui accuse le Rwanda d'avoir tenté d'envahir le Burundi à la suite des événements de guerre de Bubanza et Mabayi, déclarant que l'agression rwandaise constituait une grave menace pour la paix et la sécurité, non seulement pour le Burundi mais pour l'ensemble de la région des Grands Lacs.

Le dictateur Pierre Nkurunziza a également accusé le Rwanda d'actions militaires hostiles, vendredi dernier, lors de la cérémonie d'ouverture de la dixième Assemblée du Forum parlementaire des pays membres de CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs), tenue à Bujumbura.

Le gouvernement de Kigali n'a pas réagi aux accusations portées, préférant les ignorer. Le CIRGL a décidé d'ouvrir une enquête sur les combats dans la commune de Mabayi, afin de vérifier la validité des accusations du regime de Gitega.

Gitega veut faire croire au monde que l'armée rwandaise soutient les rebelles burundais, peut-être même que des éléments de RDF (armee rwandaise) auraient pénétré sur le sol burundais pour mener les attaques sur la position de Marura, mais aucune preuve n'a été présentée à l'époque pour soutenir les accusations.

Depuis leur arrivée sur le territoire burundais de la RDC, les forces de RED Tabara et FOREBU sont proches de la frontière rwandaise. Une éventuelle offensive du régime pourrait conduire à une confrontation avec le Rwanda, si les combats pénétraient en territoire rwandais.

Offensive d'une importance vitale pour le régime mais une main de poker très risquée

L'offensive des forces de Nkurunziza est d'une importance vitale pour le régime. S'il parvient de trouver du succès militaire sur le terrain, Nkurunziza pourrait se renforcer au sein de son parti, démontrant qu'il est le seul maître capable de vaincre l'opposition armée. Cela ouvrirait la porte au quatrième mandat présidentiel.

Cependant, cet ancien seigneur de guerre des rébellions des années 1990s joue une main de poker très risquée. En cas de défaite militaire, il n'aurait pas assez de force pour arrêter l'offensive rebelle sur Bujumbura et Gitega.

Les chances d'échec de l'offensive du régime sont inhérentes à la confusion et aux divisions enregistrées au sein des forces armées burundaises. Plusieurs hauts gradés de la FDN (armee burundaise) sont opposés à cette aventure militaire, et des factions adverses se créent pour et contre le plan de guerre de Nkurunziza.

Malgré les difficultés évidentes du régime et la manœuvre de tenailles orchestrée par l'Angola, la RDC, le Rwanda avec le soutien de l'Union européenne, de la Grande-Bretagne et des États-Unis, l'ancien seigneur de guerre Pierre Nkurunziza bénéficie toujours d'un soutien international, même à l'intérieur des pays membres de la Communauté de l'Afrique de l'Est: principalement la Tanzanie et l'Ouganda.

Un conflit et un cadeau de l'EAC profiteront à Nkurunziza

La guerre de succession au sein du CNDD-FDD est devenu un vrai casse-tête qui risque de paralyser tout le régime. Ce conflit armé entre le régime et ses opposants ainsi que le conflit avec Kigali savamment le orchestré par le régime de Nkurunziza, combinées à la décision de la cour de l'EAC de ne pas se prononcer sur la validité du 3eme mandat du combattant de Mwumba vont sans doute donné une "seconde vie" à un régime qui était au bout du souffle.

La décision de la cour de l'EAC est une victoire diplomatique importante pour le régime. Bien que cette décision ne dit rien sur la validité du 3eme mandat de Nkurunziza, elle ouvre une petite porte à la légalité de la candidature de Nkurunziza aux élections présidentielles de 2020 et au quatrième mandat présidentiel, conformément à la révision de la Constitution qui supprime la limite des mandats. Révision mise en œuvre lors du faux référendum de février 2018.

La décision de la CAE renforce également la conviction de Nkurunziza qu'il n'a rien fait de mal. Il renforce également tout son entourage de profiteurs et d'opportunistes, y compris le fervent défenseur et communicant du régime, l'ambassadeur et conseiller présidentiel Willy Nyamitwe en charge de la propagande du régime.

Tombé en disgrâce avec Nkurunziza et ayant échappé par miracle à une attaque en 2016, Willy Nyamitwe est maintenant entrain de revenir en vogue comblant le vide laissé par l'agence de presse chinoise qui traitait de la propagande du régime.

Des informations confirmées indiquent que Pékin a rappelé ses experts en information politique qui assistaient le régime de Nkurunziza, forçant l'agence de communication à rompre le contrat avec le CNDD-FDD. D'aucuns voient en cette décision de Pekin une précaution et certainement une reconnaissance qu'il y a un courant de changement au sommet du régime?

Contrairement à la Russie, la Chine n'a pas particulièrement fait de compromis avec le régime de CNDD-FDD. Ayant prêté de sommes importantes sommes d'argent au régime en faillite, et bien que ces prêts soient très contraignants, la Chine s'est bien positionnée pour être la première puissance mondiale à bénéficier de la résolution de la crise burundaise.

L'Union européenne et les États-Unis se retrouveront très probablement dans une position secondaire car seule la Chine est disposée à débloquer des fonds nécessaires pour soutenir la reconstruction économique immédiate du Burundi post-Nkurunziza.

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