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A t-il déjà perdu le pouvoir?: Pierre Nkurunziza fait une nomination qui peine à se faire accepter



Élie Ntihagowumwe, ancien directeur général de la BBS


Alors qu'il est en mission de travail en Afrique du Sud, il apprend son licenciement de la direction générale de cette entreprise très stratégique dans la communication du pays. Le même jour de son limogeage, il est nommé au poste de conseiller au bureau d'études stratégiques et de développement". Ce bureau est rattaché au cabinet civil du président de la république.


A la grande surprise du nouveau conseiller et ancien directeur général, l'accès au bureau de BBS lui est refusé. Elie Ntihagowumwe écrit alors une lettre de démission qui trahit un système qui patauge dans un chaos généré par un pouvoir qui s'exerce en plusieurs pôles.


Il écrit: "...une campagne d'humiliation a été lancé [e] à tel point qu'à mon retour [d'Afrique du Sud] le 16/11/2019 des policiers ont été déployé [s] dans mon bureau à BBS m'empêchant d'y accéder et même de procéder à une remise. Malgré que je me suis présenté au poste que vous m'avais [avez] nommé, j'ai été traité comme un criminel, emprisonné et torturé. Aujourd'hui, ma sécurité est menacée et je me sens humilié dans ma vie à tel point que je ne me sens pas apte à bien servir au poste que vous m'avez confié."


Cette lettre, d'un conseiller en détresse, nommé par un camp du CNDD-FDD et malmené et humilié par un autre traduit un malaise au sein du système CNDD-FDD et surtout une sorte de perte de force dans l'entourage de Pierre Nkurunziza.


Élie Ntihagowumwe n'est pas n'importe qui dans le système DD, c'est un protégé du Général Étienne Ntakarutimana, ancien patron des services de renseignement. Le général protecteur est démis en novembre 2019. Simple coïncidence ou pas, quelques jours après, son protegé, Élie Ntihagowumwe, est à son tour limogé de la direction générale de la BBS. Une autre coïncidence peut-être, les deux sont nommés au cabinet de Nkurunziza.


Général Etienne Ntakarutimana, ancien patron des services de renseignement burundais

Pour quelles raisons et qui peut se permettre de "torturer" et "menacer de mort" un conseiller du président? Pour les observateurs qui suivent de près la dynamique ausein de la petite élite dirigeante et les intrigues du palais de Nkurunziza, cette humiliation et torture trahissent une sorte de perte de vitesse dans le camp de Nkurunziza et la volonté manifeste de son entourage à pousser fort contre quiconque ils considèrent comme étant un membre du nouveau cercle au pouvoir (le cercle des généraux qui ont soutenu et forcé la candidature Evariste Ndayishimiye).


Cette lettre de démission est peut-être le premier signe d'un système qui peine s'accommoder au changement de boss et dont le centre de gravité n'est plus stable.