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Anxiété à la fin du règne de Nkurunziza


Nkurunziza Pierre avec son héritier Evariste Ndayishimiye

Un nuage d’anxiété plane sur le Burundi alors que la commission électorale s'apprête à annoncer les résultats des élections du 20 mai 2020 qui devraient mettre fin au règne de 15 ans du président Pierre Nkurunziza.


Le principal parti d'opposition, le Congrès national pour la liberté (CNL), a déclaré dans un tweet qu'il y a eu trucage des votes sur toute l'étendue du pays. Alors que les résultats vont être présentés officiellement aujourd'hui par la commission électorale nationale, le télédiffuseur de l'Etat a déjà révélé les résultats des votes dans toutes les communes du pays. Et comme on pouvait s'y attendre, le candidat du parti au pouvoir a été annoncé vainqueur.


«Au bureau de vote de Gisuru dans la province de Ruyigi, le nombre d'électeurs qui se sont inscrits pour voter était de 350, le taux de participation était de 314, mais les résultats de la CENI ont indiqué que 354 ont voté pour le CNDD-FDD et 41 ont voté pour la CNL, ce qui porte le nombre total à 395. affirme le parti CNL en guise d'exemple de tricheries opérées par le parti au pouvoir.


Il y a cinq ans, le Burundi est tombé dans une violence meurtrière après que le président Nkurunziza, arrivé au pouvoir en 2005, a annoncé qu'il se présenterait pour un troisième mandat.


Il a décidé de mettre fin à son règne lors des élections de cette année et a mis son poids derrière un allié, Evariste Ndayishimiye, qui est un ancien ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique et un ancien chef du cabinet militaire à la présidence de Pierre Nkurunziza.


Il y a eu une amplification forte de tensions et rumeurs ont dans les rues de Bujumbura, la plus grande ville du pays au lendemain des élections. La sécurité a été renforcée partout dans la ville, en particulier dans les quartiers où la contestation contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza était la plus forte.


Peu importe qui finit par remporter ces élections, une chose qui fait toute la différence est le départ de Pierre Nkurunziza, qui est personnellement blâmé pour la crise déchaînée sur son peuple en 2015 quand il a décidé de défier la constitution et les accords d'Arusha pour briguer un troisième mandat.


La Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur les crimes commis au Burundi et Pierre Nkurunziza y a répondu en retirant son pays du Statut de Rome qui établit la Cour pénale internationale.


Si son sort dans le pays est très connu, le sort de Pierre Nkurunziza sur la scène internationale n'est toujours pas clair. Il a été élevé au titre de "Guide Suprême" et devrait jouer un rôle important dans l'avenir et gestion de son pays. Sur le plan international, Pierre Nkurunziza est devenu un paria. Il n'a pas quitté son pays une seule fois depuis 2015. Il a largement refusé de rencontrer des dignitaires étrangers, préférant rester dans ses résidences de campagne à l'abri des regards indiscrets.


Celui qui remportera les élections aura le cauchemar diplomatique et juridique de faire face à l'extradition potentielle de personnes accusées de crimes contre l'humanité commis sous le règne de Pierre Nkurunziza (certains avocats soupçonnent sous sa direction). En effet, pour se protéger, le président sortant s'est assuré de promulguer une nouvelle constitution qui interdit toute extradition d'un citoyen burundais. Celui qui remportera les élections devra donc faire face à cette embuscade juridique laissée par Pierre Nkurunziza.


L'économie du Burundi a été complètement décimée par le manque d'aide étrangère qui servait de soutien budgétaire pour le pays. Il est peu probable que les donneurs d'aide soient prêts à soutenir financièrement un État qui protège des criminels accusés de violations graves des droits de l'homme et de crimes contre l'humanité.


L'anxiété et l'incertitude continueront donc pendant un certain temps même si le vainqueur se trouve être, comme prévu, Evariste Ndayishimiye, considéré comme l'héritier de Pierre Nkurunziza