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Burundi/COVID 19 : Sacrifier le peuple pour les élections



Ce Lundi 27 Avril 2020, la campagne pour les élections générales du 20 mai 2020 a été lancée dans un contexte d'une pandémie d'un nouveau coronavirus qui cause une maladie respiratoire grave connue sous le nom de COVID 19. Cette ouverte de la campagne qui va sans doute rassembler des centaines de milliers de burundais s'est faite sans qu'aucune protection spécifique n'ait été prévue pour ces rassemblements.


Sept candidats sont en course pour la présidentielle. Le parti au pouvoir sera représenté par son secrétaire général, le général Évariste Ndayishimiye. Et c'est en grande pompe que le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a lancé sa campagne à Bugendana, dans la province de Gitega pour élir l'« l'héritier » du président sortant Pierre Nkurunziza, qui, après avoir cédé à une pression internationale et une possibilité de révolte interne au sein de son parti, a finalement décidé de ne pas se représenter.


Alors que le parti au pouvoir ne semble pas inquiété par la possibilité de contaminations massives du coronavirus lors de ces rassemblements politiques, l'opposition y voit des dangers qu'elle dit avoir été forcée de prendre pour ne pas laisser le terrain libre au seul CNDD-FDD. En effet, pour l'opposition, il n'y a aucun doute que le régime de Pierre Nkurunziza minimise volontairement l'épidémie de COVID-19, pour éviter que la population ne s'interroge sur l'opportunité de maintenir les élections.


Aucun des hommes politiques qui font campagne n'a fait allusion à l'épidémie de coronavirus. Pierre Nkurunziza a préféré remercié Dieu pour la « joie » qui règne au Burundi, « alors que partout ailleurs dans le monde, c'est le confinement qui règne ».


Les autorités préfèrent invoquer la protection du pays par la « grâce divine », et ne semblent avoir prévu pratiquement aucune mesure de protection spécifique pour ces rassemblements politiques.


Jusqu'ici, le Burundi n'a recensé officiellement que 15 cas de nouveau coronavirus, dont un décès.


Alors que le coronavirus se transmet principalement par voix réspiratoire, les seuls kits de protection sur les lieux de rassemblements sont constitués de seaux d'eau et de savon pour permettre aux sympathisants qui vont prendre part aux meetings de se laver les mains.


Un haut cadre du CNDD-FDD a révelé à un journaliste de l'AFP, sous le couvert de l'anonymat que les autorités «se rendent compte que cela [lavage des mains] ne servira à rien ».


« Tout le monde aujourd'hui est préoccupé par l'enjeu électoral. [...] On va penser à la pandémie plus tard », a-t-il regretté.


L'opposition a fait le choix de jouer au jeu. La maladie n'a, en tout cas, pas dissuadé les sympatisants d'Agathon Rwasa, le principal adversaire d'Evariste Ndayishimiye. Son parti, CNL a rassemblé une foule impressionnante à Ngozi (Nord), fief du du président sortant Pierre Nkurunziza.


Le CNL a réussi à mobiliser une foule impressionante, malgré la répression et les intimidations dont il dit être l'objet. La police avait pourtant empêché çà et là plusieurs véhicules de partisans du CNL d'atteindre le lieu du meeting, selon des témoins et les médias locaux.


La campagne durera jusqu'au 17 mai, selon un décret présidentiel. Une période suffisamment longue pour tester la théorie d'une protection divine dont bénéficie le Burundi contre cette pandémie qui paralyse le monde.


Les praticiens de l'épidemiologie des maladies contagieuses garderont sans aucun doute un œil attentif sur l'évolution de la propagation de la COVID-19 dans le pays.


Les politiciens ailleurs dans la région seront également très attentifs à la situation finale pour en tirer des conclusions qui s'imposent.


En effet, en 2020, des élections sont prévues dans plus de 12 pays africains dont 6 en Afrique de l'Ouest, 2 dans la Corne d'Afrique (Éthiopie et en Somalie) et 2 dans la région des Grands Lacs (Burundi et Tanzanie). Dix des 12 élections sont prévues pour le second semestre de 2020.


En lançant sa période électorale en pleine période de pandémie et sans aucune mesure de protection ou prévention, le Burundi devient en quelque sorte un laboratoire pour les autres pays en matière de rassemblements de masses en pleine crise sanitaire mondiale qui a confiné le reste de la planète.