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Burundi : Faut-il croire aux élections sans observateurs internationaux?


Général Evariste Ndayishimiye, candidat du CNDD-FDD aux présidentielles de mai 2020

Alors que le pays n'est pas encore sorti d'une crise dans laquelle il se trouve depuis 2010 et qui s'est aggravée en 2015, que les médias sont confrontés à des pressions et à des restrictions et l'opposition se trouvant dans l'impossibilité de mener des activités politiques librement, la campagne électorale, "entièrement financée par les fonds du peuple burundais" selon les dires des autorités burundaises, a été lancée ce lundi dans un climat de méfiance et de peur. Une méfiance et une peur qui sont justifiées car, au Burundi, depuis son independance, il est rare qu’un processus électoral se déroule ou se conclut sans violence ou contestation.


Cela pourrait être l’épilogue d’un processus électoral mené à pleine vitesse par un régime resté sourd aux clameurs d’un peuple mobilisé depuis mai 2015, mais qui face à une violence meurtrière infligée par le régime contre toute voix discordante a fini par se soumettre à la dictature de Pierre Nkurunziza. Les élections présidentielles, législatives et municipales prévues pour le 20 mai auront lieu, pour la deuxième fois sans observateurs étrangers. Aucun organisme étranger ou institution internationale n’a envoyé d’observateurs pour ces élections.


Les dernières élections de 2015 ont été organisées sans observateurs étrangers et sur fond de contestation du 3ème mandat consécutif du président Pierre Nkurunziza.

La dernière participation des observateurs étrangers aux élections générales remonte à 2010.


Dans des pays comme le Burundi, sous le joug d'une dictature déguisée en démocratie et qui dépend des élections pour maintenir une image de démocratie, la participation des observateurs indépendants garantit la crédibilité du scrutin.


En visite au Burundi vers la fin de l'année passée, l’envoyé spécial des Etats-Unis dans la région des Grands lacs, J. Peter Pham avait déclaré que les prochaines élections burundaises de 2020 ne seront «transparentes»que s’il y a présence d'observateurs indépendants. «Les élections de 2020 seront plus transparentes et crédibles, s’il y a des observateurs burundais, de l’Afrique de l’est et internationaux», avait t-il déclaré.


Le Burundi a plongé dans une grave crise, émaillée de violences, depuis le dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza en avril 2015 pour un troisième mandat qu’il a obtenu par forcing en juillet de la même année, en violation de la constitution et de l’accord d’Arusha qui avait mis fin à la guerre civile de 1993-2004.


Depuis, une nouvelle constitution a été promulguée et le président Pierre Nkurunziza semble avoir finalement cédé aux pressions internationales et accepté de quitter le pouvoir, bien que la constitution qu'il avait fait adoptée par référendum semble avoir été taillée sur mesure pour lui permettre de rester au pouvoir jusqu'en 2034.


Sous la pression d'une opposition renaissante d'un vieux politique, Agathon Rwasa, qui semble avoir mis en place une opération et campagne politiques capable de défier le CNDD-FDD au pouvoir depuis déjà 15 ans; le risque de fraude électorale est aussi grande qu'elle l'a jamais été, et la nécessité d'observateurs indépendants est devenue plus importante que jamais.