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Coronavirus Covid-19 : l'Afrique aux aguets

Relativement peu touchée par le coronavirus, l'Afrique n'en subit pas moins les signes de l'expansion de l'épidémie. À l'heure où le Covid-19 met l'Italie sous cloche, l'Afrique, elle, continue le lent décompte des cas avérés sur son territoire. Le dernier en date détecté à Kinshasa sur un Congolais vivant en France porte à 111 le nombre de malades du coronavirus sur le continent d'après un bilan de l'AFP. Ce sont, en grande majorité, des cas dits « d'importation », de personnes ayant voyagé entre l'Afrique et des zones contaminées. C'est la situation du Maroc où deux nouveaux cas – en l'occurrence la femme et la fille d'un touriste français déjà hospitalisé à Marrakech– ont été confirmés ce 11 mars par les autorités. Au Burkina Faso aussi, la ministre de la Santé Claudine Lougué a confirmé, lundi 9 mars, deux premiers cas, sur un couple rentré fin février de France.

La riposte s'organise

Le Burkina Faso s'est d'ailleurs doté d'un plan de riposte à l'épidémie estimé à plus de 9 milliards de francs CFA, soit 13 millions d'euros, selon le ministère de la Santé. Des efforts importants, en réponse aux inquiétudes exprimées dès le début de l'épidémie par l'Organisation mondiale de la santé quant à l'Afrique. « La plupart des pays ont des systèmes de santé plus faibles » qu'ailleurs dans le monde, avait déclaré le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il avait tout de même salué « l'amélioration significative des capacités de diagnostic » sur le continent et précisé que, désormais, « plus de 40 pays étaient en capacité de tester le virus ».

Outre les mesures sanitaires, les gouvernements africains ont également décidé l'annulation de nombreux événements, toujours dans le but de prévenir la propagation du Covid-19. Le CEO Forum d'Abidjan, grand rendez-vous d'investisseurs, mais aussi le Marathon des sables, au Maroc, en ont, entre autres manifestations, fait les frais. Ce mardi 10 mars, le gouvernement tanzanien a annoncé l'annulation d'une réunion du Conseil des ministres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Prévus les 16 et 17 mars, les rencontres et entretiens se dérouleront en vidéoconférences.

Un impact négatif fort sur le transport…

Avec la menace d'une contamination à grande échelle, quelques pays africains commencent peu à peu à couper leurs liaisons avec les zones contaminées. Le secteur des transports est donc, logiquement, fortement impacté. « À l'heure actuelle, toutes les compagnies aériennes africaines, sauf une, Ethiopian Airlines, ont suspendu leurs vols vers la Chine, et cela a affecté négativement leur chiffre d'affaires », a déclaré Abderahmane Berthe, secrétaire général de l'Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) lors d'un point de presse mardi à Nairobi. Ce haut responsable a également indiqué que la demande de voyages internationaux avait baissé à cause des restrictions opérées par de nombreux pays dans le monde.

Royal Air Maroc a, par exemple, suspendu ses vols vers l'Italie jusqu'à nouvel ordre. La compagnie Air Algérie, elle, a supprimé toutes ses liaisons à destination de Milan. La Tunisie, pour sa part, a annoncé mardi la fermeture des ports tunisiens aux navires provenant de l'Italie, et ce jusqu'au 4 avril 2020. Selon l'Office de la marine marchande et des ports (OMMP), « cette mesure vise à protéger les voyageurs et éviter la propagation du coronavirus, très contagieux » sur le sol tunisien, qui compte six cas. Le pays a aussi restreint les traversées à destination de la France à une seule traversée hebdomadaire entre le port de la Goulette et celui de Marseille. Celles des navires de transport des marchandises sont en revanche maintenues.

… et le tourisme

Les restrictions liées aux transports pourraient bien, aussi, impacter un autre secteur qui leur est très dépendant : celui du tourisme. Car pas de liaisons aériennes, pas de touristes, pourtant de plus en plus nombreux sur le continent. En Afrique du Sud, les conséquences se font déjà ressentir. La ministre sud-africaine du Tourisme, Mmamoloko Kubayi-Ngubane, l'a confirmé. « Notre industrie traverse une crise grave », a-t-elle dit. « L'épidémie a déjà affecté très négativement le tourisme », a-t-elle indiqué lundi lors d'une réunion avec des représentants du secteur. Des annulations de voyages de la part de la Chine et de nombreux pays européens ont été observées ces dernières semaines, a fait savoir Tshifhiwa Tshivhengwa, directeur général du Conseil sud-africain des affaires touristiques, cité par l'agence de presse chinoise Xinhua. Selon lui, les annulations vont en s'aggravant et atteignent aujourd'hui entre 30 % et 50 %.

En Égypte aussi, le Covid-19 menace le tourisme qui, depuis 2017, a repris des couleurs après plusieurs années disette. Beaucoup de vols acheminant des touristes dans le pays ont été annulés pour tenter d'endiguer la propagation du virus qui, pour l'instant, a fait un mort sur le territoire égyptien. La contamination de 45 croisiéristes d'un bateau à Louxor risque de refroidir les aspirants à un voyage au pays des pharaons. Le gouvernement, en réponse, se veut rassurant. Il communique abondamment sur la situation, qu'il estime sous contrôle. La preuve, pour le ministre égyptien du Tourisme et des antiquités Khaled al-Anany, aucun site archéologique n'a; pour l'instant; été fermé.

Preuve que cette attitude porte des résultats : au moins 210 000 touristes ont visité l'Égypte pendant la première semaine de mars 2020, ce qui correspond à « une affluence normale », a assuré le ministre. Pour Adela Ragab, ancienne vice-ministre du Tourisme, les mesures de protection mises en place par certains pays auront pourtant des répercussions « certaines » sur le secteur, mais « il est délicat de faire des pronostics à l'heure qu'il est », a-t-elle affirmé à l'AFP. « Nous pourrons juger de la situation si l'on constate un impact sur les réservations des vacances de Pâques ».