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Coronavirus: Les succès de Singapour et de Hong Kong doit faire de leçon pour le Burundi

Par Dr Niyonkuru


Dans la lutte contre la pandémie de coronavirus, une stratégie adoptée par le Singapour et le Hong Kong s'avère critique pour réduire la transmission du COVID-19: Empêcher à tout prix que le coronavirus n'infecte les travailleurs de la santé. Une leçon donc que le Burundi ne peut en aucun cas ignorer du fait, d'une part de sa faible densité de médecins et infirmiers.


L'astuce pour vaincre le coronavirus qui émane des observations des pratiques adoptées au Singapour et Hong Kong est simple: Rester à la maison (#RestezaLaMaison).


Les médecins sont plus exposés et peuvent devenir des principaux vecteurs de transmission


Premièrement, un médecin malade ou un(e) infirmier(e) malade est un professionnel de moins pour la lutte contre ce fléau. Deuxièmement, un professionnel de la santé infecté par le coronavirus devient un super vecteur de transmission du virus. Lors de la première phase de l'épidémie à Wuhan, 1300 agents de santé ont été infectés; leur probabilité d'infection était plus de trois fois supérieure à celle de la population générale. Quand ils rentraient chez eux dans leurs familles, ils devenaient des principaux vecteurs de transmission du coronavirus.

Comme de plus en plus d'agents de santé ont commencé à être infectés et à tomber malades, la ville a commencé à manquer de médecins et d'infirmières. Quarante-deux mille autres ont dû être amenés d'ailleurs pour soigner les malades. Heureusement, des méthodes ont été trouvées pour protéger tous les nouveaux agents de santé: aucun - zéro - des quarante-deux mille professionnels de la santé n'a été infecté après l'implémentation des méthodes strictes de protection de professionnels de la santé et les travailleurs des hôpitaux.


Rester à la maison est une bonne stratégie mais on ne peut pas complètement garder toute une ville encore moins une nation en confinement à domicile, car, il y a beaucoup de gens dont le pays ou la ville a besoin pour continuer à travailler - des caissiers dans les magasins, des premiers pompiers et ambulanciers, des ouvriers d'usine pour des entreprises critiques, et bien évidemment les professionnels de la santé.


De toute évidence, face à une épidémie comme le coronavirus, nous avons besoin de travailleurs de la santé pour soigner les malades, même si leur travail comporte le plus grand risque d'exposition. Comment pouvons-nous les faire soigner des patients plutôt que de les faire devenir des patients?


Pour que Wuhan devienne un succès après une première phase dévastatrice, les médecins ont été logés dans des hôtels pour les séparer et protéger leurs familles. Ils portaient un équipement de protection complet, y compris des lunettes de protection, des masques de filtrage des particules (N95) et des combinaisons de style hazmat. Il est évident qu'aujourd'hui aucun pays ne peut se payer ce luxe de kit complet de protection individuelle pour le personnel soignant; d'une part parce qu'il y a une pénurie de ce type d'équipement dans le monde et d'autre part que les quantités requises sont énormes.


Hong Kong et Singapour: une leçon pour les pays pauvres


Pourtant, il y a des leçons à tirer de deux endroits qui ont vu le nouveau coronavirus avant le Burundi et qui ont réussi à contrôler sa propagation. Hong Kong et Singapour. Tous ces deux pays ont détecté leurs premiers cas fin janvier et le nombre de cas a rapidement augmenté. Les autorités ont interdit les grands rassemblements de gens, ordonné aux gens de travailler à domicile et encouragé la distanciation sociale.


Les tests ont été accélérés le plus rapidement possible. Mais même ces mesures ne suffiront jamais si le virus continue de se propager parmi les agents de santé et les établissements de santé. Les cliniques et les hôpitaux de soins primaires des deux pays n'avaient pas assez de kits de protection personnelle et de masques N95, et, au début, les tests n'étaient pas largement disponibles.


Après six semaines, cependant, ils ont maîtrisé l'épidémie


Voici leurs principales tactiques, tirées des documents officiels et des discussions qui émanent des chefs de service de la santé dans ces pays.


  • Faute des masque N95, tous les travailleurs de la santé ont été conseillés porter des masques chirurgicaux réguliers pour toutes les interactions avec les patients, utiliser des gants et une bonne hygiène des mains et désinfecter toutes les surfaces entre les consultations des patients.


  • Les patients présentant des symptômes suspects (une fièvre de faible intensité associée à une toux, des troubles respiratoires, de la fatigue ou des douleurs musculaires) ou des expositions (des gens qui s'étaient rendus dans des endroits à propagation virale ou en contact avec une personne testée positive) devaient être séparés du reste de la population de patients et traités - dans la mesure du possible - dans des services et des cliniques respiratoires distincts, dans des endroits différents, avec des équipes distinctes.


  • La distanciation sociale devait être pratiquée dans les cliniques et les hôpitaux: les chaises de salle d'attente devraient être placées à 2 mètres l'une de l'autre;


  • Les interactions directes entre les membres du personnel devaient être menées à distance; les médecins et les patients restaient à deux mètres l'un de l'autre sauf pendant les examens.


Ce qui est tout aussi intéressant, c'est ce qu'ils n'ont pas fait. L'utilisation de masques N95, de visieres faciaux, de lunettes et de kit complet de protection personnelle est seulement restée une exigence pour les procédures où les sécrétions respiratoires peuvent être aérosolisées (par exemple, l'intubation d'un patient pour une anesthésie) et aux cas connus ou suspectés de covid-19.


Leurs politiques de quarantaine ont été également plus nuancées. Que se passe-t-il lorsqu'une personne se montre inopinément positive - par exemple, un collègue de l'hôpital ou un patient dans un cabinet de soins primaires ou une salle d'urgence? À Hong Kong et à Singapour, ils ne fermaient pas l’endroit ni ne mettaient tout le monde en quarantaine à domicile. Ils faisaient de leur mieux pour retracer chaque contact, puis ne mettaient en quarantaine que ceux qui avaient été en contact étroit avec la personne infectée.


À Hong Kong, «contact étroit» signifie quinze minutes à une distance de moins de 2 mètres pieds et sans l'utilisation d'un masque chirurgical; à Singapour, trente minutes d'exposition à une personne affectée et à moins de 2 mètres. Si l'exposition est plus courte que la limite prescrite, mais à moins de six pieds pendant plus de deux minutes, les travailleurs peuvent rester au travail s'ils portent un masque chirurgical et se font prendre une thermométrie deux fois par jour. Les personnes qui ont eu un bref contact fortuit sont simplement invitées à se surveiller pour détecter les symptômes.


Le fait que ces mesures aient réussi à aplatir la courbe de la COVID-19 comporte des implications encourageantes pour des pays pauvres comme le Burundi. La première est que ce coronavirus, même s'il semble être plus contagieux que la grippe, peut toujours être géré par le manuel de santé publique standard: distanciation sociale, hygiène et nettoyage des mains, isolement et mise en quarantaine ciblés des malades et des -exposition aux risques, augmentation des capacités de soins de santé (fournitures, tests, personnel, services) et communications publiques unifiées et coordonnées avec des directives et des données claires, transparentes et à jour.


La lenteur de décisions au Burundi


Les autorités burundaises semblent impardonnablement lents à mettre en place des mesures qui semblent avoir aidé les deux pays cités ci-haut. Le pays semble jouer au rattrapage. Après de mesures initiales robustes de confinement des personnes en provenance des pays et zones affectées, le pays semble désormais sombrer dans le déni et dans un chaos qui naît du manque d'une équipe dédiée à la lutte contre le coronavirus.


L'expérience de ces deux pays asiatiques suggère que des précautions extraordinaires ne semblent pas nécessaires pour arrêter la propagation du virus. Les données émanant de ces deux pays montrent que la transmission semble se produire principalement par une exposition prolongée en l'absence de protection de base ou par le manque d'hygiène des mains après un contact avec des sécrétions. En plus, les gens n'ont pas à paniquer s'ils découvrent que quelqu'un avec le coronavirus est dans la même pièce ou se tient plus près d'eux.


Le pays comme les autres pays pauvres doivent prendre ces leçons du Singapour et Hong Kong qui ne semblent exiger de moyens financiers faramineux pour lutter contre le COVID-19. A l'heure actuelle, il n'est pas évident que le Burundi dispose des moyens techniques suffisant pour faire un dépistage rapide à grande échelle. Il est donc judicieux de concentrer les moyens là où ils feront plus d'impact;


  • Tester tout personnel de la santé qui devient symptomatique ou qui vient en contact avec un patient affecté par le virus.

  • Fournir un kit de protection simple a tout personnel de la santé qui doit traiter un patient suspecté porteur du virus.

  • Limiter dans la mesure du possible les mouvement des habitants des grandes villes vers l'intérieur du pays et vice versa. Pour garder le fin fond du pays (qui n'est pas exposé aux visiteurs étrangers susceptibles d'être de vecteurs de propagation du coronavirus) isolé des grandes villes qui sont les premiers points de contact du pays avec le monde extérieur.

  • Ouvrir un centre de traitement et prise en charge des patients souffrant de la COVID-19 dans un seul centre de soins médicaux pour garder les autres structures de soins de santé en confinement de fait.

  • Garder les médecins traitant des cas de COVID-19 dans des chambres d'hôtels pour protéger leurs familles et éviter qu'ils soient des vecteurs de propagation de la maladie.

La lutte contre cette maladie demande une flexibilité et un esprit curieux prêt à explorer le flux de données qui continuent d'être publiées par les pays qui sont affectés par le coronavirus et prendre des mesures adaptées aux conditions et moyens du pays.