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COVID-19 coïncide avec des tendances dangereuses dans la démocratie burundaise

Mis à jour : mai 8

Par Michelle Gavin



Michelle D. Gavin est chargée de recherche en études africaines au Council on Foreign Relations

Malgré la pandémie de COVID-19, le Burundi est en plein essor en ce qui concerne les élections présidentielles et législatives prévues pour le 20 mai. Alors que les dernières semaines ont fait objet des premiers cas enregistrés de coronavirus au Burundi, on a aussi vu des campagnes politiques avec des rassemblements publics massifs.


La réticence du régime burundais à imposer des politiques visant à empêcher la propagation du virus converge avec son enthousiasme pour l'autoritarisme, mettant non seulement le Burundi, mais les voisins du Burundi en danger sanitaire grave.


Il n'y a aucun suspense autour des prochains scrutins. Après que la candidature de Nkurunziza pour un troisième mandat en 2015 a été entachée de graves violences, l'État a systématiquement et brutalement éliminé tous les défis potentiels à son autorité. Les groupes de la société civile qui n'ont pas été purement et simplement interdits ont été victimes d'intimidation et il ne reste pratiquement plus de médias indépendants dans le pays.



La milice du parti au pouvoir, les Imbonerakure, intimide et harcèle les Burundais en toute impunité, les condamnant à une contribution financière forcée au coût du prochain exercice électoral. Le régime de Gitega a choisi l'appauvrissement et l'isolement dans le cadre de sa campagne pour un contrôle total. Grâce à ce contrôle total sur toutes les institutions, il est clair qu'Evariste Ndayishimiye, le successeur trié pour remplacer Pierre Nkurunziza, sortira vainqueur plus tard ce mois-ci dans un climat qui n'est ni libre ou équitable. La trajectoire du Burundi est apparente depuis un certain temps. Mais la pandémie soulève maintenant des enjeux pour les États voisins dont les tentatives de contrôle du virus sont menacées par l’insistance du Burundi à aller de l’avant avec le théâtre électoral, quels que soient les risques pour la santé publique.


Les organisations régionales sont censées être le lieu par lequel les voisins peuvent coordonner et déconflire leurs agendas, mais le Burundi continue d'exposer la faiblesse de la Communauté d'Afrique de l'Est. Tout comme les tentatives de la CAE pour faire avancer le dialogue au Burundi n’ont rien fait pour empêcher la fermeture de l’espace politique, l’organisation semble au mieux impuissante face au Burundi et la Tanzanie voisine qui refusent de prendre COVID-19 au sérieux.


Dans une région aussi volatile que les Grands Lacs, il n'est pas trop alarmiste de craindre que l'incapacité des institutions régionales à gérer les menaces puisse inciter certains acteurs à prendre les choses en main, alimentant des cycles persistants d'instabilité.