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Elections de mai 2020 mettront fin au pouvoir consociatif: Les tutsi seront sans représentation


Candidats aux élections présidentielles de mai 2020

Depuis 2005, la gestion du pouvoir a généralement été consociative par le biais d'un gouvernement de coalition introduit et mandaté par les accords d'Arusha (et, par conséquent, dans la Constitution de 2005) comme assurance de vie politique pour la minorité tutsi qui était alors concentrée au sein du parti UPRONA.


Il était prévu que tout parti ayant obtenu 5% des voix aux élections législatives avait droit à un nombre proportionnel de postes ministériels (article 129 de la constitution de 2005). Après les élections de 2015, cette disposition a permis à la coalition Abigenga Mizero y'Abarundi, dirigée par le deuxième vice-président de l'Assemblée nationale Agathon Rwasa, d'obtenir 5 (sur 20) postes ministériels. La Constitution de 2018 abandonne l'idée d'un gouvernement de coalition obligatoire, mettant fin au compromis de gouvernance consociative. Après les élections de 2020, le gouvernement sera dirigé par un Premier ministre (une nouveauté institutionnelle introduite par la constitution de 2018) et pourra être composé de ministres qui appartiennent tous au même parti politique, tant que les quotas ethniques (maximum 60% Hutu, maximum 40% Tutsi ) et les quotas par genre (minimum 30% de femmes) sont respectés (article 128). Quelles en sont les implications politiques? Plus particulièrement, ce changement constitutionnel est-il susceptible de constituer une rupture radicale avec la pratique politique qui avait jusqu'ici assuré un semblant de calme au pays?


La première observation à faire est que, dans l'Accord d'Arusha, l'idée de partis monoethniques ou (à l'exception du Sénat) de scrutins ethniquement séparés avait été rejetée, afin d'éviter l'ethnicisation de la politique. En d'autres termes, il n'y avait aucune exigence constitutionnelle voulant que les ministres tutsis soient nommés par l'UPRONA ou d'autres partis à prédominance tutsie.


Cependant, c'est - dans une certaine mesure - ce qui s'est passé après les premières élections post-conflit de 2005: cinq ministres tutsis sur neuf et le premier vice-président de la république appartenaient à un parti majoritairement tutsi (alors que quatre sur neuf étaient membres du CNDD - FDD). Après les élections de 2020, tous les ministres tutsis pourraient bien être membres d'un parti majoritairement hutu. La nouvelle constitution le permet.

Imperekeza: retour à la fin des années 80 et au début des années 1990

Bien que cela puisse être considéré comme un pas en avant en termes d'unité nationale et de cohabitation ethnique au sein des partis politiques - deux autres objectifs importants des Accords d'Arusha - cela peut renforcer la perception, de plus en plus tangible depuis les élections de 2010 et 2015, que les citoyens tutsis manquent de "véritables" tutsis pour les représenter et que les dignitaires tutsis nommés par un parti majoritairement hutu ne sont que des imperekeza (des figurants).


Adrien Sibomana et Pierre Buyoya en visite à la SOSUMO

Le même terme avait été utilisé pour désigner les membres hutus qui, à la fin des années 80 et au début des années 1990, ont été cooptés dans le parti unique UPRONA et le gouvernement de l'UPRONA à dominance tutsi. Cela fut le cas pour l'ancien premier ministre Adrien Sibomana qui dirigeait le gouvernement de Pierre Buyoya. Vue sous cet angle, la Constitution de 2018 permet un retour à cette époque (mais avec une constellation politique différente, ou le CNDD-FDD remplace l'UPRONA.