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Evariste Ndayishimiye: un futur Président « moins mauvais » que ses pairs mais faible


Evariste Ndayishimiye, candidat du CNDD-FDD aux présidentielles de mai 2020

Peu de temps après son arrivée au pouvoir en 2005, le CNDD-FDD s'est progressivement métamorphosé en une dictature brutale qui s'appuie sur un petit cercle de généraux issus de son ancienne rébellion des FDD, pour imposer sa volonté à une nation de 12 millions d'habitants.


Des civils et des intellectuels influents ayant été expulsés du parti et dans la plupart des cas expulsés du pays, cette dictature a pris sa forme la plus pire à partir de 2015. A raison de cette évolution dictatoriale, plusieurs analystes et observateurs concordent sur le fait que le général Evariste Ndayishimiye, le candidat du parti présidentiel sortira vainqueur des élections présidentielles de mai 2020.


Bien que ce dernier n'était pas le choix préféré du président sortant, Pierre Nkurunziza pour sa succession, le "système" fera tout pour qu'il sorte vainqueur. Tous les moyens sont bons, disent ceux qui sont au courant des délibérations internes au CNDD-FDD, pour fabriquer un président issu du CNDD-FDD. Pour cela, une CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) qui est prête à jouer son rôle de "distributeur de votes" comme celle (la CENI) de 2015 l'a fait, a été mise en place. Selon Professeur Libérat Ntibashirakandi, "le candidat du CNDD-FDD battra tous les autres à plate couture, non parce qu’il incarne un parti très adulé par le peuple, mais parce qu’il a préalablement manipulé les chiffres et l’opinion nationale, en complicité avec la commission électorale nationale indépendante, CENI, et le Ministère de l’Intérieur et de la formation patriotique."

Des mains moins corrompues au sein du "système DD"

Après avoir échappé de justesse à l’assassinat alors qu'il est étudiant à l'université du Burundi, dans la faculté de droit, il rejoint la guérilla hutue . Il intègre d’abord le Palipehutu-FNL, puis les FDD, bras armé du mouvement politique CNDD (le FDD et CNDD fusionneront à la fin de la guerre pour devenir le parti CNDD-FDD aujourd’hui au pouvoir).

Ceux qui le connaissent décrivent un officier laborieux et plus discipliné que certains de ses compagnons de la rébellion. Il deviendra le chef de l’instance disciplinaire et sera choisi par la hiérarchie du mouvement rebel comme leur principal négociateur. Ce choix, disent encore ceux qui l'ont côtoyé pendant ces années de rébellion, est fait parce qu'il est considéré comme un bon "suiveur d'ordres". En effet, il est considéré par la direction de la rébellion comme un "poids léger" incapable de la pensée sophistiquée et créative attendue d'un officier supérieur. Par conséquent, il n'est pas toujours convié aux consultations et délibérations internes entre chefs de la rébellion.


Ce qui lui manque du côté intellectuel, est compensé par sa sociabilité et son caractère d'un blagueur laborieux. C’est précisément la raison pour laquelle toutes les factions des chefs de la rébellion l’ont choisi pour être leur principal négociateur dans les négociations de cessez le feu.

Dans le régime de Pierre Nkurunziza, il a successivement été ministre de l’Intérieur et de la sécurité publique de 2006 jusqu'en 2007, chef du cabinet militaire à la Présidence jusqu’en 2014, puis chef du cabinet civil et, depuis août 2016 il est secrétaire général du parti. Contrairement à tous les autres généraux (et quelques civils) qui ont occupé des postes importants, il reste le moins nanti des "grands du système". Il est à juste titre considéré comme le moins corrompu dans un système très corrompu.


Moins méchant que les autres mais peu de courage


Selon toujours ceux qui le connaissent pour l'avoir côtoyé pendant ces dernières 15 années, il est moins méchant que les autres "chefs". Cependant, il lui a toujours manqué le courage d'imposer son opposition à cette corruption qui est désormais devenue un mode de gouvernance et gestion de la chose publique. Il se dit qu'il a brièvement flirté, en 2014, avec un groupe hostile aux généraux corrompus, juste avant que la répression s’abatte sur les “frondeurs” au sein du parti, en 2015, et que tout le pays soit mené par la terreur absolue.


Bien qu'il n’aie jamais essayé de tempérer la violence des Imbonerakure, la “jeunesse” du CNDD-FDD, considérée par l’ONU comme une milice responsable d’une grande part des violences faites au pays; il est vu comme et continue de cultiver l'image d'un général qui n'a pas "du sang sur les mains".


Une image, diront certains, forgée pour masquer ses multiples années dans une rébellion connue pour avoir exécuté des milliers de civils alors qu'elle était supposée se battre contre l'armée. Même aujourd'hui, il continue de considérer les violences parfois mortelles infligées par des imbonerakure contre les opposants comme d'"incidents mineurs".


Contre l'occident et l'église dont il est membre


Officiellement, il se positionne comme un leader magnanime qui est contre l’ethnisme, mais n’utilise nullement son pouvoir pour empêcher les membres de son parti de commettre des exactions ethnistes et refuse de censurer les voies comme Révérien Ndikuriyo, le président du sénat qui prêchent constamment l'ethnisme et la violence.


La grande foi catholique qu’affiche ce général hériter de Pierre Nkurunziza ne l'a pas empêché de s'attaquer à cette Eglise quand celle-ci a dénoncé, dans un message pastoral de septembre 2019, l’intolérance et les violences politiques. Il a choisi de se joindre à Pierre Nkurunziza l'homme à qui il veut succéder, qui par le biais du très caustique Willy Nyamitwe, son conseiller en communication, avait accusé l'Eglise catholique de “cracher son venin de haine à travers des messages incendiaires”. Le pieux Evariste Ndayishimiye, à qui une bénédiction apostolique a été conférée par le Pape n’y avait rien trouvé à redire.


Un symbole de soumission à son prédécesseur


Une fois Président, que peut-on attendre du général Evariste Ndayishimiye? Sera t-il sous contrôle de son prédécesseur à qui il semble être soumis? Ceux qui craignent ce scénario d'une marionnette contrôlée par Pierre Nkurunziza et / ou le petit groupe de généraux fidèles à Nkurunziza pointent sur une image qui surprend.


Général Evariste Ndayishimiye était le seul à porter une chemise avec une image de Pierre Nkurunziza

Lors du lancement de la campagne électorale, Evariste Ndayishimiye était le seul à porter une chemise arborant une photo de son prédécesseur. Un signe diront certains, d'une soumission totale à son prédécesseur. Si les grandes décisions continuent d'être prises au sein du très puissant conseil des sages, Pierre Nkurunziza gardera sans doute une main mise sur son successeur car en sa qualité de “guide suprême éternel” du parti au pouvoir, il va rester président du Conseil des sages. Cet organe dirige le parti,ce qui sous entend que le futur président devra donc obéissance au président sortant, du moins dans les échelons hiérarchiques au sein du parti CNDD-FDD.


Même si la nouvelle constitution adoptée en 2018 lui confère un pouvoir accru par rapport au pouvoir que détenait Pierre Nkurunziza sous la constitution de 2005 émanant des accords d'Arusha, à cause de son manque de courage, Evariste Ndayishimiye ne prendra peut-être pas le risque de s’opposer soudainement aux généraux qui dirigent le système CNDD-FDD. Bien qu'il semble avoir réussi à évincer certains poids lourds des listes de députation, ce qui en soit est un grand changement, il aura du mal à s'imposer comme l'avait fait Pierre Nkurunziza durant ces 15 années au pouvoir.


Pourra t-il utiliser les nouveaux pouvoirs pour être son propre homme?


La nouvelle constitution accorde au nouveau président 7 ans de mandat contrairement à son prédécesseur qui n'en bénéficiait que 5. Pour son seul mandat de 7 ans, le nouveau président aura à faire à deux parlements car les législateurs devront être réélus tous les 5 ans. La nouvelle constitution crée en effet un super président qui a un pouvoir presque absolu et qui peut invalider toute loi votée par le parlement en refusant de la promulguer dans les 30 jours. Toute loi qu'il refuse de promulguer dans les 30 jours devient nulle.


Cette constitution lui donne aussi un autre outil important: un contrôle exclusif du très brutal service national de renseignement qui d'ailleurs ne devra plus être ethniquement équilibré.


Pourra t-il donc s'appuyer sur ces pouvoirs exceptionnels pour imposer son pouvoir et court circuiter le groupe de généraux forts et peut-être prendre les rênes du pouvoir au sein du parti et enfin contrôler le puissant conseil des sages.


Cet accroissement de pouvoir combiné au manque de courage du général Evariste Ndayishimiye risque cependant d’être mis à profit par le petit groupe des généraux plutôt que par "le moins mauvais" d’entre eux.