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Le CNDD-FDD veut remporter les élections en massacrant l'opposition hutue


Photo 1. Des jeunes entassés et ligotés par les mains avant leur exécution à l'arme blanche. Une autre photo(4) montre le corps du jeune homme en pantalon vert, exécuté peu après la prise de cette photo

Les images qui circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux montrant des scènes affreuses d'exécutions barbares et de mutilations de jeunes hommes faussement accusés d'être des rebelles sont terrifiantes même pour un régime connu pour sa brutalité contre ses propres citoyens.


Le régime de Nkurunziza et son héritier Evariste Ndayishimiye veut faire croire au monde que ces scènes représentent des affrontements armés entre groupes armés et forces de sécurité, mais la vérité est tout sauf ça.


Les photos prises par des membres des forces de sécurité et des imbonerakure qui tourmentaient ces jeunes hommes montrent un groupe de jeunes gens terrifiés, ligotés par leurs bras et entassés ensemble comme des animaux sauvages, et exécutés par des armes médiévales telles que des machettes et des gourdins.


Ces jeunes hommes ne semblent pas être les ennemis traditionnels (les tutsis) qui sont devenus les boucs émissaires habituels que le régime blâme toujours pour sa gestion catastrophique du pays et ses problèmes socio-économiques. Ce sont de jeunes hommes hutus, brutalement tués afin d'intimider et de faire taire une opposition émergente et forte dirigée par l'ancien chef rebelle, Agathon Rwasa.


Visiblement, Pierre Nkurunziza et son cercle de généraux prédateurs s'opposent au nouveau parti hutu, le Conseil national pour la liberté (CNL) d'Agathon Rwasa. C'est ainsi qu'ils mènent des raids de masse, des assassinats et de simulations d'attaques armées, et déploient la diplomatie burundaise devenue depuis peu un corps monoethnique (composé uniquement de hutus contrairement aux accords d'arusha qui exigent un quota de 40% de tutsis et 60% de hutus) et des lobbies politico-religieux en Europe pour défendre cette barbarie.


Après la nomination d'Evariste Ndayishimiye comme candidat à l'élection présidentielle, le régime du CNDD-FDD, face à la montée d'une forte opposition hutu qui s'est ralliée autour d'Agathon Rwasa, peine à maintenir son hégémonie et la panique semble s'installer de plus en plus.


Pour imposer son hégémonie et garder le contrôle du pouvoir, le régime du CNDD-FDD doit résoudre trois problèmes qui pourraient compromettre sa détention du pouvoir:


Une crise interne masquée par une campagne de révision historique des cycles de la violence ethnique au pays


La grave crise interne au CNDD-FDD, qui voit Ndayishimiye soutenu par les généraux hutus de l'armée qui sont opposés au maintien du pouvoir par le dictateur Pierre Nkurunziza, a forcé ce dernier à renoncer au quatrième mandat présidentiel. Cependant, soucieux de maintenir le contrôle du pays, il s'est fait nommer Guide Suprême du patriotisme avec des pouvoirs plus étendus qui piétinent sur ceux du futur président.


Cette volonté de Nkurunziza de garder une main sur certains leviers du pouvoir doit surement agacer le prochain occupant du palais Ntare Rushatsi. Les burundais disent à juste titre que "Inkuba zibiri ntizisangira ibicu"( pour dire qu'il ne peut y avoir qu'un seul chef). La cohabitation des deux hommes forts va certainement créer d'autres frictions qui vont aggraver cette crise interne.


Pour masquer cette crise interne, le CNDD-FDD s'est lancé dans une révision de l'historique des cycles de violences qui continuent d'endeuiller le pays. Ainsi après 15 ans au pouvoir et après avoir tout fait pour ne pas mettre en place la Commission Vérité Justice et Réconciliation comme le prévoyaient les accords d'arusha, le régime a recruté Pierre Claver Ndayicariye, le filou politique le plus expérimenté, l'homme qui, quand il était président de la commission électorale nationale indépendante (CENI) truqua toutes les élections en faveur du CNDD-FDD, pour créer un climat pré-électoral qui permettrait la mobilisation des masses hutues au tour du CNDD-FDD.


Photo 2. Général Evariste Ndayishimiye, le candidat du CNDD-FDD aux présidentielles de mai 2020 visite les restes humains exhumés des fosses communes sur les rives de la rivière Ruvubu

C'est ainsi que cette commission qui est amputée du volet Justice s'est lancée aux exhumations des victimes des tueries de 1972 sans pour autant engager des experts capables de vérifier scientifiquement que les restes exhumés sont ceux de 1972. La province de Karuzi choisie pour débuter ces travaux d'exhumation fut la scène d'extermination massive et systématique des tutsis en 1993. Selon des estimations des défenseurs des droits humains, ces victimes tutsi auraient été jetées dans les mêmes endroits où la CVR est en train d'exhumer les restes des victimes des violences meurtrières au pays de Ntare.


Les victimes des tueries massives de 1972 méritent une justice, tout comme celles de 1993 et celles tuées dans d'autres cycles de folie qui continuent à faucher des vies d'innocents burundais. Cependant, le pays ne dispose ni de moyens techniques ni de moyens financiers pour assurer une justice équitable pour toutes les victimes de ces crimes historiques. Le seul but de ces exhumations qui se font dans des conditions qui ne garantissent ni la préservations des preuves et ni l'identification objective des victimes, est plus politique qu'autre chose.

La justification politique du maintien du pouvoir à tout prix à travers une revue historique du cycle de la violence ethnique, comme celle de 1972, qui a choqué le Burundi, et qui est à l'origine du «mal burundais» semble donc n'être qu'une simple propagande visant à exploiter les émotions et mobiliser les hutus au tour du seul CNDD-FDD qui se positionne comme seul défenseur des hutus. "C'est une façon de dire aux hutus que le CNDD-FDD est le seul parti qui défend les intérêts des hutus contrairement au CNL d'Agathon Rwasa qui est peint par les durs du régime comme une alliance entre des hutus faibles et les tutsis des anciens régime. Ce n'est pas un hasard que le nom de l'ancien président Buyoya revienne toujours dans les discours propagandistes des officiels du CNDD-FDD contre leur rivaux du CNL" , commente un politologue qui enseigne dans une université locale à Bujumbura.


La crise interne au CNDD-FDD qui a provoqué la crise politique de 2015 au pays est loin d'être résolu. Au lieu de faire face aux causes internes au parti, la stratégie adoptée semble se limiter à blâmer les tutsis et de concocter un complot international imaginaire. Voici donc le premier problème que le CNDD-FDD doit résoudre s'il veut garder le contrôle du pouvoir.


Une économie décimée par incompétence, mauvaise gestion et sanctions contre le régime


L'économie du pays est littéralement à genoux. Les réserves de devises étrangères comme le dollar américain sur lesquelles le pays dépend pour payer les importations des produits stratégiques comme les médicament et le carburant sont presque vides. Cette carence de devises a conduit à certaines des mesures les plus draconiennes jamais prises par la banque centrale du pays. Les bureaux de change qui faisaient partie du tissu économique du Burundi sont désormais interdits d'exploiter leur commerce. Seules les banques retiennent le droit de changer la monnaie. Le seul problème est que la banque centrale ne peut pas approvisionner ces banques en devises dont elle ne dispose pas elle-même.


Le résultat: les particuliers qui détiennent encore de sommes considérables de devises ne vont hésiter une seconde à franchir les frontières du pays avec leur manne pour faire business dans les pays limitrophes comme la RDC, la Tanzanie ou encore le Rwanda.


Pour résoudre cette crise, le régime du CNDD-FDD doit ravaler sa fierté et passer outre sa rhétorique anti-occidentale pour convaincre l'Union Européenne et les États-Unis de réactiver l'aide économique et de supprimer les sanctions, afin de relancer l'économie qui s'est pratiquement effondrée.


Des tentatives de manœuvres diplomatiques subtiles visant à convaincre qu'Evariste Ndayishimiye est un politicien modéré et crédible sont déjà en cours . De manœuvres clairement propagandistes, car le «Général Neva» est connu comme l'un des faucons les plus extrémistes et les plus cruels du HutuPower burundais. Ces manœuvres diplomatiques sont soutenues, en secret, par un lobby politico-catholique européen bien connu.


L'économie est donc le deuxième casse-tête que le régime du CNDD-FDD doit impérativement résoudre s'il veut rester au pouvoir.


Arrêter à tout prix la progression d'Agathon Rwasa et son parti CNL


Le CNL, un nouveau parti hutu dirigé par Agathon Rwasa n'a été fondé qu'en février 2019. Mais déjà, sa popularité fait peur dans les rangs des grands du CNDD-FDD. C'est ainsi que tous les moyens sont apparemment bons pour contrer le nouveau parti hutu, le Conseil national pour la liberté (CNL) d'Agathon Rwasa.


Agathon Rwasa, l'ex-seigneur de guerre, chef de la deuxième (si on considère le nombre de combattants) et plus ancienne guérilla hutue pendant la guerre civile (1990-2004), a été nommé candidat à la présidence à l'âge de 56 ans lors de la convention du parti qui s'est tenue le dimanche 16 février.


Immédiatement après, il a payé 30 millions de francs burundais demandés par la CENI (Commission électorale nationale indépendante) pour inscription aux élections présidentielles. Rwasa était le premier candidat à payer cette somme, devançant même le candidat du régime.


Pour avoir tenu si longtemps dans le maquis, Agathon Rwasa comprend parfaitement la guerre des nerfs, la guerre d'usure. Certains interprètent son silence ou ses timides sorties médiatiques faces aux violences meurtrières contre les membres de son parti comme un signe d'une nébuleuse alliance secrète avec le CNDD-FDD. Mais Rwasa sait très bien que toute apparence de sa part de soutien à une résistance armée donnera des raisons et munitions au régime pour intensifier la violence contre ses membres et peut même mener à son élimination physique.


Le CNL représente donc dans l'immédiat un danger plus grand que l'opposition des groupes armés de RED Tabara et FOREBU. Bien que FOREBU soit principalement composé de soldats hutus et dirigé par deux généraux hutus qui sont parmi les planificateurs du coup d'État manqué de mai 2015 - Godefroid Niyombare et Jérémie Ntiranyibagira -, l'opposition armée est facilement décrite par le régime de Gitega comme un danger venant des milieux tutsis et de l'extérieur grâce au soutien dont elle bénéficie du Rwanda.


Le choix du Rwanda comme bouc émissaire n'est pas un fait du hasard. Le régime sait très bien que la masse paysanne hutue est disposée à avaler ces justifications d'une agression d'un régime tutsi de son voisin du nord.


Ce même trope ethnique est déployé pour peindre Rwasa comme une marionnette hutue de la vieille garde tutsie qui veut revenir pour subjuguer les masses hutues. Le régime joue à nouveau sur les anciennes tensions ethniques pour émousser le soutien des hutus au CNL de Rwasa. Cependant, face à un palmarès abject des 15 dernières années de pouvoir du régime du CNDD-FDD, les masses hutues semblent être prêts à donner une chance au CNL et à Agathon Rwasa.


" ...il s'agit d'une révolution silencieuse qui s'opère au sein des masses hutues en particulier et la population en général. Après, 15 ans de contrôle total du pouvoir pour lesquels le CNDD-FDD n'a pas de résultats convaincants à montrer, la plupart de burundais ne sont plus prêts à avaler les discours propagandistes qui veulent leur faire croire qu'ils sont économiquement mieux lotis aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a 20 ans. Le CNDD-FDD en est absolument au courant et il ne compte pas se laisser écraser par le CNL. Ces tensions entre les deux forces politiques (qui pêchent dans un même lac) risquent de faire éclater une autre crise encore plus grave que celle déclenchée par Pierre Nkurunziza en 2015", commente un journaliste d'un journal électronique proche du parti au pouvoir.


Le fait que le CNL continue d'enregistrer des membres sur ses listes malgré la violence du régime est signe que le CNDD-FDD pourrait avoir mal lu et interprété l'humeur au sein des masses hutues qui sont fatiguées de vivre dans une pauvreté extrême et dans des guerres cycliques sans fin. En fait, la stratégie consistant à peindre le CNL et Rwasa comme des comparses de la vieille garde tutsie a peut-être joué contre le CNDD-FDD.


Après plus de deux décennies de violences brutales et meurtrières, les masses (hutues et Tutsies) en ont peut-être assez et sont en fait prêtes à tout essayer pour éviter un nouveau conflit. Le besoin de vivre ensemble harmonieusement est peut être plus fort que ne le pensent les hommes forts du CNDD-FDD. Après les accords d'Arusha, les burundais semblent déterminés à vivre paisiblement côte à côte.


C'est ainsi qu'en moins d'un an, le CNL a érodé la base électorale du CNDD-FDD, conquérant le cœur des masses paysannes hutues, lasses de la pauvreté infligée par le régime et des violences perpétuées sans retenue par la milice Imbonerakure. La présence de terroristes rwandais des FDLR au Burundi, alliés du régime du CNDD-FDD et du dictateur Nkurunziza, est un autre facteur qui aurait conduit au retrait de confiance du CNDD-FDD par les masses hutues.


Ce rejet par les masses hutues d'un régime qui s'associe aux génocidaires rwandais est une blessure auto-infligée par le CNDD-FDD. Il s'explique par une autre erreur de calcul des stratagèmes du régime, qui, pour justifier la misère causée par les sanctions des pays occidentaux contre le régime de Gitega, ont arrêté une stratégie de jouer sur la corde nationaliste. Cette stratégie fait que les miliciens FDLR soient considérés comme des étrangers, et personne ne voit maintenant la raison de poursuivre cette lourde alliance politico-militaire.


La manière dont le CNDD-FDD décide de contrer la montée du CNL déterminera le sort du parti de l'aigle. Il s'agit du troisième problème auquel doivent faire face les décideurs du parti présidentiel. Compter sur la violence seul risque de précipiter la chute de l'aigle.


Le CNL bénéficie de la désintégration de l'UPRONA et du manque d'une entité politique solide dans le camp de la minorité tutsie


Ayant été squatté par des clowns politiques comme Gaston Sindimwo, le parti UPRONA qui s'était érigé en protecteur des intérêts de la minorité tutsie n'est que l'ombre de lui-même. Il ne pèse plus rien sur l'échiquier politique national car n'ayant plus le soutien des masses tutsies. Ainsi, une grande partie des tutsis qui restent dans le pays soutiennent également le CNL dans l'espoir que Rwasa tournera la page malgré son passé de chef de guerre et sa réputation d'extrémiste hutu.


De nombreux tutsis ont rejoint le parti (et plusieurs occupent des postes de direction au sein du parti) convaincus que le CNL représente la dernière possibilité politique et pacifique de réinstaller la démocratie, l'État de droit, le respect des droits de l'homme, la réconciliation ethnique et la revitalisation économique.


Depuis mars 2019, le régime a tenté d'étouffer la montée politique du CNL. Environ 800 militants et 42 cadres du parti ont été brutalement assassinés au cours de ces 11 mois. Avant la convention (congrés) du CNL du 16 février, le régime avait même menacé de tuer Rwasa pour tenter de le convaincre de ne pas présenter sa candidature.


Un simulacre d'attaque armée organisé par le régime du CNDD-FDD pour mater les membres du CNL


Lundi 17 février, le régime avait commencé à diffuser de fausses nouvelles concernant une alliance improbable entre Rwasa et Nkurunziza. Les fausses informations suggéraient que le chef du CNL s'était allié au dictateur pour empêcher les élections présidentielles, enfin de déclarer l'état d'urgence et participer à un gouvernement fantôme d'unité nationale qui empêcherait le " Général Neva" de devenir président. Les fausses informations publiées n'ont pas eu l'effet escompté. Le plan pour le discréditer échoua misérablement.


Photo 3. Des miliciens Imbonerakure sont présents sur les lieux avec leurs armes. Ils exécuteront tous les jeunes hommes arrêtés

Il a donc fallu augmenter la dose. De combats simulés ont eu lieu dans la nuit du mercredi 19 février dans la province de Bujumbura Rural, dans les localités de Kirombwe et Muyira. Selon la police, quelques dizaines d'hommes armés ont attaqué les postes militaires et de police, se livrant à de violents affrontements qui ont duré quelques heures.


Selon toujours les informations livrées par la police, les assaillants se réclamaient du CNL de Rwasa et auraient confirmé qu'ils étaient la branche armée du CNL. Cependant, toutes les informations objectives montrent que l'attaque a été simulée et perpétrée par des éléments de la milice des Imbonerakure et des terroristes des FDLR rwandais dans le but de blâmer le CNL devenu l'adversaire politique redouté du CNDD-FDD et de l'empêcher de participer aux élections.


Le régime a profité de ce simulacre pour exécuter une trentaine de jeunes militants du CNL. Des photos qui circulent sur les réseaux sociaux montrent des scènes macabres de jeunes entassés et ligotés par les mains avant leur exécution à l'arme blanche comme machettes et gourdins.


Photo 4. Corps sans vie d'un jeune homme exécuté après son arrestation. Ce jeune en pantalon vert peut être vu encore en vie sur la photo(1) ci-haut. Ceci contredit l'affirmation de la police qui veut faire croire que ces jeunes ont été tués dans des affrontements avec la police

"Après le simulacre de l'attaque de mercredi, le régime a lancé une avalanche d'arrestations par des dirigeants locaux du parti CNL", a déclaré Therence Manirambona, porte-parole de Rwasa, au journal Jeune Afrique.


Aux premières heures du 20 février, 23 cadres politiques du CNL ont été arrêtés par la police et des Imbonerakures. Les arrestations ont été confirmées par la police burundaise. "Ce sont des arrestations préventives pour faire la lumière sur l'attaque perpétrée par le CNL contre Kirombwe et Muyira", indique le communiqué. Les arrestations massives se poursuivent, ainsi que de véritables exécutions extrajudiciaires, comme ce fut le cas pour Felix Nkikuriyo, representant du CNL dans Bujumbura Rural, tué par les Imbonerakures le 21 février. Selon la version officielle, Nkikuriyo est mort de maladie après son arrestation.