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Le successeur d'un dictateur est dans la majorité de cas un autre dictateur


Evariste Ndayishimiye en compagnie de sa femme reçoit des offrandes et cadeaux

On l'a vécu sous les dictatures militaires qui se sont succédés au pouvoir dans notre pays. Un dictature était toujours succédée par un autre dictateur.


Aujourd'hui, la dynamique est la même. Pierre Nkurunziza, un dictateur issue d'une rébellion laisse derrière lui un autre ancien leader rebel qui montre déjà ses tendances dictatoriales et qui, disons-le est le patron du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Ce parti est devenu un véhicule de cette dictature.


Même si ces élections allaient être libres et transparentes, l'autre gagnant potentiel, Agathon Rwasa, un autre ancien leader d'un mouvement rebel incarne des tendances dictatoriales. Entré à la rébellion tout juste après l'obtention de son diplôme universitaire en psychologie après avoir été poussé à l’exil par une dictature militaire dominée par la minorité tutsie, Rwasa prend les armes dès la fin des années 1980.


Forcé à fuir son pays, il trouve refuge en Tanzanie et s'installe dans le camp de réfugiés de Kigwa. Il rejoindra les rangs de la rébellion hutue du Palipehutu-FNL (Parti pour la libération du peuple hutu-Forces nationales de libération) juste après son départ de son pays natal. Il monte rapidement jusqu’au sommet du commandement des forces nationales de libération du peuple hutu dont il dirige avec une main de fer en 2000. Il devient très rapidement un commandant intransigeant et jouit d’une réelle aura auprès des combattants d'un homme qui ne tolère pas la contradiction.


Agathon Rwasa, lors de son retour au Burundi après signature des accords de cessez le feu conclus entre lui et le CNDD-FDD

Après son retour au pays, il est accueilli par un pouvoir hutu qui bien qu'issu de l'ethnie pour laquelle il menait une guerre de libération, ne lui rend pas la vie facile. Il est forcée de fuir encore une fois avant de revenir pour participer aux élections de 2015, après lesquelles, il devient contre toute attente le premier vice président de la chambre basse du parlement burundais. Peut-être qu'il est devenu démocrate et que ses allures dictatoriales se sont ramollies. Certainement, ses discours sont plus modérés que ceux des autorités du CNDD-FDD. Il s'est créé une image d'un leader prudent et réfléchi qui rejette toute forme de discrimination. Cela lui a apporté une bonne volonté populaire qui manque cruellement au CNDD-FDD.


Nkurunziza Pierre est arrivé au pouvoir sous l'identité prétentieuse d'un combattant de la liberté. Il était un chef des combattants hutus FDD ( forces pour la défense de la démocratie) qui prétendaient se battre pour le bien des hutus. Malgré cette étiquette de combattant hutu de la liberté, son arrivée au pouvoir grâce à un accord facilité par la Tanzanie et l'Afrique du Sud a été saluée par des tutsis qui espéraient voir une période de bonne gouvernance et de véritable démocratie. Il va sans dire que les hutus étaient excités par cette percée qui avait finalement amené l'un des leurs au pouvoir. La bonne volonté dont jouissait le président Nkurunziza lorsqu'il est devenu président en 2005 était sans précédent dans une société déchirée et sévèrement divisée. Après 15 ans, son bilan est pathétique. Ses promesses de vouloir changer la société burundaise pour le mieux ne sont restees que cela - des promesses. Il laisse les leviers du pouvoir à un autre ancien combattant FDD. Evariste Ndayishimiye devrait être déclaré par la CENI vainqueur des prochaines élections présidentielles. Cela ne veut pas dire qu'il va nécessairement recueillir plus de voix que ses adversaires. Cela signifie simplement que dans un environnement électoral verrouillé où le parti au pouvoir a fermé l'espace politique et a nommé à la CENI des hommes et des femmes qui sont plus militants politiques que des arbitres indépendants, le résultat ne fait aucun doute. Le parti au pouvoir fera ce qu'il veut et perdre n'est pas un résultat acceptable. Evariste Ndayishimiye, a certainement toutes les caractéristiques d'un dictateur, il a prouvé ses touches populistes ces dernières années et depuis sa nomination, il a montré qu'il avait l'intention de faire comme son prédécesseur. Il parcourt le pays en siphonnant des cadeaux et offrandes d'une population très pauvre qui, dans la plupart des cas, est forcée par les dirigeants locaux du CNDD-FDD d'offrir ces cadeaux.


Ainsi va le pays de Ntare Rushatsi, un dictateur se fait succéder par un autre, et le peuple continue avec sa souffrance!