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« Ma quarantaine à Ngozi : j’y ai vécu l’enfer »

Par James Nsanze

Le 14 mars 2020,

le premier cas de coronavirus est enregistré outre-Kanyaru. Le gouvernement rwandais prend aussitôt des mesures drastiques pour contrer l’épidémie. Des Burundais résidant au Rwanda décident alors de rentrer chez eux. Le début d’un calvaire qui va durer deux jours. Témoignage.

Samedi, 14 mars 2020

C’est vers 20h que nous apprenons la mauvaise nouvelle : le coronavirus est arrivé chez nous, ce n’est plus une maladie d’ « outre-mer ». Très vite, le gouvernement rwandais prend des mesures préventives : fermeture d’écoles, des lieux de culte, etc.

Nous devons donc rentrer, mieux vaut mourir chez soi.

Dimanche, 15 mars 2020

À 6h du matin, notre bus prend son départ. Cependant, à Butare, nous sommes obligés de changer de véhicule et attendre un autre bus en provenance de Kampala.

Moi et mes compagnons de voyage sommes pleins d’inquiétude, mais aussi d’excitation. « Corona yateye mais turatashe muhira ni bon basi (le coronavirus est là, mais au moins on rentre chez nous, ndlr) », se dit-on. 12h passées de quelques minutes, nous arrivons à la frontière de la Kanyaru. C’est là que les ennuis commencent.

Kanyaru, des heures et des heures de supplice

Ce n’est pas une surprise de trouver la frontière fermée, nous nous y attendions un peu. Nous passons plusieurs heures du côté rwandais, les uns couchés à même le sol, les autres assis en groupe, ruminant des scénarios sur la façon dont tout cela allait se terminer, et d’autres errant ici et là pour tuer le temps en attendant la permission de passer de l’autre côté.

Et enfin, après un moment qui nous a semblé interminable, cette permission nous l’avons, mais quel est notre désarroi en remarquant que nous devons attendre encore des heures « une équipe médicale » ! Dans l’entre-temps, des scènes plus que douteuses se déroulent. Certains policiers viennent chercher des personnes parmi nous, et ces heureux élus ne reviennent pas. Je fais remarquer qu’aucune mesure de prévention n’est prise par ces policiers circulant parmi nous. Ce n’est pas tout, ils veulent laisser passer ceux qui viennent de l’Ouganda. Mais s’il s’agit toujours du Covid-19, ils ont passés des heures avec nous, sûrement qu’ils sont à risque eux aussi. Nous commençons à douter sur la nature de notre confinement… Corona ? Politique ?

De 18h à minuit, les choses s’accélèrent un peu, mais nous sommes toujours dans l’ignorance totale de ce qui se passe réellement. Les documents de voyage nous sont pris pour être estampillés, puis remis un peu plus tard. Quelques instants après, des camions nous embarquent pour une destination inconnue. On nous dit juste que nous partons en quarantaine.

École paramédicale de Ngozi. Une quarantaine ?

C’est vers minuit que notre camion (le dernier à embarquer) arrive à Ngozi, à une école qui aurait été réquisitionnée d’urgence pour nous. À notre arrivée, aucune instruction ne nous est donnée, nous décidons alors de nous débrouiller. Certains d’entre nous vont dormir par terre, sur les valises, d’autres à deux,… pourvu que nous dormons, la fatigue a raison de nous. Mais nous nous demandons toujours dans quel genre de quarantaine nous sommes. Quel genre de quarantaine sans aucune mesure de protection ? Nous savons tous que même ceux qui sont sains risquent d’être infectés dans de telles conditions, mais que peut-on y faire ?

Lundi, 16 mars 2020

Lundi matin, l’affliction continue : pas de nourriture saine, on nous donne une sorte de riz froid ayant un air de chewing-gum. Nous avons tellement faim et soif que nous en tremblons, certains des élèves des écoles secondaires s’évanouissent. Il nous est interdit d’approcher les vendeurs qui sont derrière les grillages de l’école paramédicale. On nous lance des menaces : « Uwushaka gusohoka turamurasa mu mutwe » (Celui qui tente de sortir, on lui met une balle dans la tête, ndlr).

Vers 13h, la Croix-Rouge obtient enfin la permission d’entrer, nous pouvons enfin mettre quelque chose dans.......

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