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Rendez-vous manqué avec l'histoire: Le général Evariste Ndayishimiye à la tête d'une junte militaire

Par Evariste Baribwegure ||

Le Général Président avec son General Premier Ministre à la tête d'une junte militaire . Art/Photographie @Muco

Le message qu'il vient d'envoyer par ses plus importantes nominations est fort et clair: le Burundi n'a pas l'intention d'enlever son costume d'un État paria.


Pour un Premier ministre, il a choisi un présumé criminel qui fait l'objet d'une enquête par la cour pénale internationale et sous sanction des États-Unis et de l'Union européenne.


Le général Alain Guillaume Bunyoni, l'officier le plus gradé de l'histoire du Burundi a été choisi pour diriger le gouvernement militarisé du Général Président Evariste Ndayishimiye. La constitution récemment adoptée confère au premier ministre d'énormes pouvoirs après le président. Par contre, le vice-président, à qui la nouvelle constitution ne confère que des pouvoirs cérémoniels, est presque une figure secondaire de la dynamique du pouvoir dans le pays.


Le général Alain Guillaume Bunyoni est largement connu au Burundi. Sous la présidence de Pierre Nkurunziza, il était connu comme le numéro 2 du régime. Un super général influent et impitoyable, il a été élevé au grade le plus élevé de l'histoire de l'armée et police au Burundi. Un geste que la plupart d'observateurs considéraient comme un apaisement parce que Pierre Nkurunziza savait très bien que ce général soufflait dans son cou.


Extrêmement riche, le général Alain Guillaume Bunyoni est connu pour avoir acquis la plus grande partie de ses richesses illégalement. Il est l'un des plus grands détourneurs de fonds publics et pour cause, il mène une vie extravagante et indécente dans un pays où plus de 65% de la population vie en dessous du seuil de pauvreté. Malgré qu'il aie une cour des comptes au Burundi, aucune autorité ne s'y est présentée depuis 2005 pour déclarer leurs avoirs avant ou après leur entrée en fonction.


Bunyoni: le chef du gouvernement ou co-gestionnaire d'une junte militaire?


Ce n'est un secret pour personne que le général Evariste Ndayishimiye a été imposé par les généraux de l'armée comme candidat à la présidence alors que Pierre Nkurunziza voulait que Pascal Nyabenda, un civil, soit son successeur. De plus, ce n'est un secret pour personne que les élections ont été truquées en faveur du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Le principal parti d'opposition avait remporté haut la main les élections. Le fait que Agathon Rwasa ait choisi d'accepter les résultats et le verdict de la Cour constitutionnelle malgré sa victoire est toujours sujet de débats et spéculations.


La nomination du général Alain Guillaume Bunyoni au poste de Premier Ministre révèle qui sont les maîtres de jeu au Burundi: la junte militaire des généraux font la pluie et le bon temps au sein du parti présidentiel, et leur influence s'étend dans tous les domaines de la vie du pays.


Sa nomination à ce poste important auquel la plupart attendait un technocrate est un signe fort que le président nouvellement élu est redevable à une junte militaire très puissante dont il est un membre fervent.


Un autre général devenu super ministre aussi sous sanctions internationales


Il n'y a que le super général Alain Guillaume Bunyoni devenu chef du gouvernement qui suscite de questionnements et inquiétudes. Le numéro 3 du régime est un autre général, Gervais Ndirakobuca surnommé "Ndakugarika" (je vais te tuer) pour sa brutalité meurtrière.


A la tête d'un super ministère (coiffant l'intérieur, la sécurité publique et le développement communautaire) créé spécifiquement pour lui, le général Gervais Ndirakubuca est aussi sous sanctions internationales et serait lui aussi sur la liste des autorités visées par l'enquête de la cour pénale internationale pour crimes commises en 2015.


Ainsi, comme pour montrer à quel point le régime du CNDD-FDD se fout des Burundais et de la communauté internationale, le nouveau gouvernement a été mis sous le contrôle de généraux cruels qui à défaut d'un miracle vont sans doute continuer sur leur élan criminel.


Des sursauts positifs qu'il faut interpréter avec prudence


Bien que le discours du nouveau général-président fait croire qu'il va continuer sur la ligne tracée par Pierre Nkurunziza le défunt "guide suprême du patriotisme", il y a des signes qui montrent que général Neva (surnom du nouveau président) compte devenir son propre homme et semble vouloir en découdre avec quelques particularités cruelles du régime de Nkurunziza.


La corruption semble particulièrement faire objet de son attention. Lui et son super ministre de l'intérieur, sécurité publique et le développement communautaire viennent de hausser le ton en arrêtant des officiels corrompus. Bien que les gros poissons de la corruption qui gangrène le pays depuis longtemps ne soient pas encore inquiétés, ces premiers signes qu'il faut sans doute interpréter avec prudence constituent un grand contraste avec son prédécesseur, qui prônait toujours une tolérance zéro contre la corruption sans mesures concrètes visant la mise en application de cette politique.


Alors que la plupart d'observateurs décrivent le nouveau président comme le moins mauvais d'une junte militaire cruelle, quel message et image projette t-il de son nouveau gouvernement dans lequel deux des plus cruels de généraux assurent la co-gestion de ce gouvernement?


La communauté internationale va t-elle lâcher?


Le sort de ces 2 super généraux devenus super ministres sera déterminé par la réaction de la communauté internationale ainsi que la progression de l'enquête de la cour pénale internationale. Des éléments de preuves de crimes graves commis par généraux Alain Guillaume Bunyoni et Ndirakobuca sont irréfutables selon les avocats du collectif des victimes des crimes du régime de Nkurunziza. C'est d'ailleurs pour cette raison que ces deux généraux se sont retrouvés sous sanctions des États-Unis d'Amérique et de l'UE.


Quelle position adopteront l'EU, les États-Unis d'Amérique ainsi que les partenaires traditionnels du Burundi? Vont-ils opter pour l'apaisement ou vont-ils continuer d'exiger que justice soit faite? En tout cas leur position déterminera la dynamique du pouvoir au Burundi ainsi que le sort du processus de la paix au pays.