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«Risques d’explosion sanitaire et de violences » au Burundi


Des membres de la milice imbonerakure montrent les armes et équipment de communication leur octroyés par le parti au pouvoir

A la veille des élections présidentielle, législatives et communales qui doivent se tenir le 20 mai 2020 au Burundi, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et son organisation membre pour le Burundi, la Ligue burundaise des droits de l’Homme (« ITEKA »), alertent sur «les risques d’explosion sanitaire et de violences», a-t-on appris de leur commune déclaration publiée lundi soir.


Les deux organisations sont si inquiètes qu’elles en appellent à la vigilance de la communauté internationale.


«Alors que ces élections se dérouleront, une fois de plus, dans un quasi-huis-clos, nous appelons la communauté internationale à redoubler de vigilance et à rester saisie de cette situation à haut risque, et mettons en garde les autorités burundaises contre tout acte de violence», ont-elles déclaré.


«Le régime burundais, isolé sur la scène internationale, a voulu tenir coûte que coûte les élections en pleine crise de Covid-19, au risque de voir la pandémie exploser au niveau régional, et le pays sombrer dans des affrontements meurtriers sitôt les résultats connus, tant la campagne aura été tendue, émaillée de violences et de propos incendiaires», remarque ainsi Anschaire NIKOYAGIZE, Président de la Ligue burundaise des droits de l’homme ITEKA.


Pour la période allant du 27 avril au 10 mai 2020, la Ligue ITEKA a pu documenter la mort de 12 personnes, dont des assassinats. Elle a également documenté des actes de torture pratiqués à l’encontre de six personnes, un cas de violence sexuelle basée sur le genre, l’enlèvement de quatre personnes toujours portées disparue, et l’arrestation arbitraire de près de 90 personnes.


Ces actes auraient été commis principalement par des agents de police, de renseignements et des membres des Imbonerakure, la milice du parti au pouvoir : le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD). La plupart des victimes seraient des membres du principal parti d’opposition : le Conseil national pour la liberté (CNL).


Ce dernier a récemment déclaré que 200 de ses militants avaient été emprisonnés depuis le début de la campagne.


La FIDH et la Ligue ITEKA sont aussi indignée par l’indifférence des autorités burundaises face à la pandémie de Covid-19 qui tétanise la planète entière.


« La campagne électorale au Burundi s’est déroulée en pleine pandémie internationale de COVID-19, au mépris des règles de sécurité sanitaire appropriées. Les meeting politiques et rassemblements publiques ont attiré des foules nombreuses, alors que très peu de mesures ont été mises en place pour contrer la propagation du virus dans un pays où les services de santé demeurent faibles et mal équipés ».


A cela s’ajoute la décision récente des autorités burundaises de déclarer persona non grata plusieurs membres du bureau de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS), dont son représentant pays, avec obligation de quitter le territoire avant le 15 mai 2020.


C’est «un signe inquiétant », ont conclu les deux organisations des droits de l’homme.