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UBUNTU oui, mais un chef d'État n'a pas "droit à une mort privée"

Par Rénilde Niyibigira


Une photo officielle du président Pierre Nkurunziza

Inspirée par un billet d'Antoine Kaburahe , un journaliste qui incarne le professionnalisme et l'espoir d'un Burundi juste, je me suis mise à penser à la tragédie de la mort du jeune président du Burundi et les implications de cette mort subite sur le Burundi.


Je me suis retrouvée (pour les rares occasions où je le fais) en profond désaccord avec cet éminent journaliste qui dit "qu'en ce moment, il ne s’agit pas de faire le procès ou le bilan de Pierre Nkurunziza. En ce moment, il nous faut garder l'esprit que cet homme était avant tout un époux, un père de famille."


Pierre Nkurunziza est décédé chef de l'État. Il sera considéré avant tout comme tel et la plupart des discussions autour de sa mort porteront sans aucun doute sur son impact sur la nation plutôt que sur son impact en tant que père, mari ou fils. Sans doute qu'en famille, ses enfants se souviendront de leur papa et non du president. Sa maman se souviendra d'un fils et son epouse se souviendra d'un mari. Mais le Burundi se souviendra de Pierre Nkurunziza le président.


Contrairement aux gens simples, il n'a pas le luxe de mourir dans l'anonymat total


La mort d'un chef d'État n'est pas et ne doit pas être traitée comme la mort d'un simple individu. Une telle mort a tant d'implications pour la nation et pour le peuple qu'il serait absurde de s'attendre à ce que le décès du chef d'une nation soit traité comme la mort d'un voisin ou d'un ami.


Oui,les leaders ont une famille et des amis qui les pleureront, non seulement comme leader, mais tout d'abord comme un père, une mère, un frère ou une sœur, un fils ou une fille et un ami. C'est parfaitement rationnel. Il serait inhumain pour quiconque, journaliste ou tout autre esprit curieux de s'injecter dans ce deuil privé.


Au niveau national, ce deuil est plutôt un événement national auquel chaque citoyen est appelé à adhérer. L'État déploie ses moyens et ses symboles pour marquer ce deuil.

Dans le cadre de ce processus national de deuil du décès d'un leader, des évaluations sont faites, un regard sur l'impact de leur leadership sur la nation est fait. Une sorte de bilan est fait.


C'est ce qui se passe partout. Et il n'y a point de manque d'UBUNTU dans ce processus d'examen des réalisations d'un leader, en particulier d'un leader qui était aussi controversé que Pierre Nkurunziza.


Pierre Nkurunziza, décède dans une période et circonstances exceptionnellement difficiles. Il meurt au milieu d'une pandémie qui menace la vie de millions de personnes dans le monde. Le Burundi n'est pas épargné. Sa rhétorique autour de cette pandémie a été tout sauf celle d'un leader.


Pour de nombreux observateurs, la santé d'une nation a été sacrifiée pour la nécessité politique plus urgente de tenir des élections. Et au lieu d'être honnête avec les gens quant à la vraie raison de ne pas prendre de mesures de protection de la santé de la nation, il a opté de cacher ses motifs derrière le déni et un et un mysticisme divin.


Il serait lui-même décédé des suites de COVID-19 malgré les déclarations de ses hommes qui affirment qu'il est décédé d'un "arrêt cardiaque". Dans ce contexte, les gens n'ont-ils pas le droit de poser des questions? Les Burundais ne sont-ils pas en droit de remettre en question la sagesse de toutes les décisions prises concernant la pandémie de coronavirus?


Politiquement, l'homme au pouvoir depuis 15 ans laisse un héritage à la nation. Ses partisans verront sans aucun doute plus de points positifs et feront tout leur possible pour l'élever au plus haut niveau d'estime. C'est quelque chose que les Burundais font si bien quand quelqu'un est mort. Dans la culture Burundaise, parler mal des morts est mal vu.


Ses critiques auront sans doute une pensée pour les victimes de sa dictature et certains se réjouiront sans doute de la disparition de l'homme qu'ils tiennent personnellement responsable de leur misère. La violence infligée et la blessure causée par le régime brutal de Pierre Nkurunziza sont toujours à vif. En tant que tel, s'attendre à ce que les gens se taisent parce que l'homme qu'ils considèrent comme leur bourreau est mort est un peu trop demander.


Pierre Nkurunziza décède en tant que chef de l'Etat. Laissez les gens qu'il dirigeait faire le deuil à leur manière. Il n'y a rien contre le concept d'UBUNTU en examinant l'héritage d'un chef d'État et son impact sur la nation et le peuple qu'il dirigeait.