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Un pays où les morts votent: Les élections truquées du Burundi


Un député du CNDD-FDD se présente au bureau de vote avec plusieurs cartes d'électeurs. Il aurait distribué ces cartes aux jeunes du parti au pouvoir qui ont ensuite voté plusieurs fois

Alors que des gens ailleurs dans le monde se terraient chez eux pour éviter la contagion de la COVID-19, des millions de Burundais se sont rassemblés dans les bureaux de vote le 20 mai pour voter aux élections générales. Parmi les nombreux électeurs, il y avait des milliers de morts. Les observateurs des droits de l'homme ont déclaré que les membres du parti au pouvoir, le cndd-fdd, avaient augmenté leur nombre en ajoutant les bulletins de vote des personnes enfermées en prison et de ceux des morts en donnant des procurations aux imbonerakure qui ont pu voter plusieurs fois.


«Quand j'ai vu la même personne voter pour la troisième fois, je me suis plaint», explique un électeur. Les officiels du bureau l'ont renvoyé en lui disant de "cesser de créer des problèmes".


Des manigances comme celles-ci pourraient expliquer pourquoi, par exemple, à Bukeye dans la province de Muramvya, 4 000 votes de plus ont été exprimés que d'électeurs inscrits. Une autre raison pourrait être que certaines boîtes contenaient déjà des bulletins de vote lors de l'ouverture des bureaux de vote, suggère Aimé Magera, porte-parole du Conseil national de la liberté (CNL), le principal parti d'opposition. Peu de gens au Burundi ont été surpris lorsque le candidat du parti au pouvoir, Evariste Ndayishimiye, a été déclaré vainqueur avec 69% des voix.


M. Ndayishimiye, un ancien général, a été trié sur le volet par Pierre Nkurunziza, le président sortant qui règne depuis 2005. M. Nkurunziza n'est pas étranger à la controverse. En 2015, il a remporté un troisième mandat, malgré une limite constitutionnelle de deux mandats. (Il a dit que son premier mandat ne comptait pas, car il avait été choisi par le Parlement plutôt que directement élu au suffrage universel.)


Agathon Rwasa, le président du parti CNL, a qualifié l'élection de «fiasco» et vient de contester les résultats devant la cour constitutionnelle. Cependant, cette contestation est probablement futile et une perte de temps car le système judiciaire burundais n’est pas considéré comme indépendant. En 2015, la cour constitutionnelle avait statué en faveur du troisième mandat de M. Nkurunziza, quelques jours après que le vice-président de la cour se soit exilé, affirmant que des juges avaient reçu des menaces de mort.


Plus de 400 des partisans de M. Rwasa sont en prison. Beaucoup ont été rassemblés le jour du scrutin. Dans les mois qui ont précédé les élections, une organisation burundaise des droits humains en exil, la Ligue Iteka, a dénombré 67 homicides, plus de 200 arrestations arbitraires et une vingtaine de cas de torture. À Busiga, dans le nord du Burundi, des membres de la redoutable milice de jeunesse du parti au pouvoir ont peint des croix rouges aux portes des partisans de l’opposition.


Ce genre de méchanceté est devenue une affaire courante au Burundi ces dernières années. Ayant enfin accepté de prendre sa retraite, M. Nkurunziza devrait garder un oeil sur son successeur car il est désormais le «guide suprême du patriotisme». Le prochain président sera légalement tenu de le consulter sur les questions d'unité et de sécurité nationales.


Jusqu'à présent, M. Nkurunziza est apparu imperturbable par covid-19. Son parti a organisé d'énormes rassemblements à l'approche des élections, tandis que son porte-parole a suggéré que le Burundi serait épargné pour avoir mis «Dieu en premier». Il n'y a que 42 cas enregistrés dans le pays, bien que le personnel hospitalier murmure que les lits sont pleins de malades non-officiellement diagnostiqués. Le régime de Gitega a su exploiter la pandémie en sa faveur:il a usé de cette pandémie pour signifier qu'aucun observateur électoral étranger ne pouvait entrer dans le pays. Une délégation de la Communauté de l'Afrique de l'Est a été avertie à peine 12 jours avant les élections que ses membres seraient mis en quarantaine pendant deux semaines.


Le pays est relativement calme, pour l'instant. Beaucoup craignent que s'ils commencent à protester contre le résultat, M. Nkurunziza imposera un verrouillage tardif pretextant vouloir arrêter la propagation de Covid-19, bien sûr.