Pourquoi les crimes commis au Burundi depuis 2015 sont extrêmement graves aux yeux des instances internationales de défense des droits de l’homme et aux yeux de différents observateurs neutres et avisés ?

Membres (dont l'actuel patron de la police de la sécurité routière) de la Police burundaise abusant un mineur dans un quartier périphérique de Bujumbura lors des manifestations contre le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza

 

La crise du 3ème mandat ne constitue donc pas une continuité des crises du passé (n’en déplaise à ceux qui soutiennent cet argument fallacieux), les crimes commis dès 2015 ne sont pas à mettre dans le même panier avec les crimes précédant 2005 précisément parce que ces derniers devaient avoir été clarifiés et punis par le pouvoir de Nkurunziza avant 2015. Qui plus est, ce dernier n’est pas venu au pouvoir par la force, ce qui était le cas pour les pouvoirs précédents depuis Michel Micombero.

 

Chercheur postdoctoral, chargé de cours, chercheur au Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté Et les minorités (CIRCEM), chercheur à la chaire de recherche Québec, francophonie canadienne et mutations culturelles à l’Université d’Ottawa

Les crimes commis depuis 2015 sont extrêmement graves aux yeux des instances internationales de défense des droits de l’homme et aux yeux de différents observateurs neutres et avisés pour deux raisons essentiellement:

 

Premiere raison: 2005 correspond à la fin de la transition démocratique instituée en vertu de l’application réussie de l’Accord d’Arusha.

Un Accord « pour la paix et la réconciliation au Burundi ». Le gouvernement post-transition était donc l’héritier de ce processus de paix dont il devait assurer le succès. À ce titre, les mécanismes de justice transitionnelle qui étaient prévus revêtaient une importance fondamentale quant à la clarification de l’histoire précédente, à l’établissement d’une version unique et consensuelle de la vérité historique et à la fin de l’impunité. À ce niveau, le gouvernement bénéficiait du soutien de l’ensemble de la population et de l’ensemble de la communauté internationale de 2005 à 2015.

Deuxième raison: le pouvoir qui hérita du processus de paix d’Arusha ne fut pas n’importe lequel.

Ce fut un pouvoir élu démocratiquement mais aussi constitué à majorité du mouvement qui avait lutté pendant près d’une décennie pour l’avènement ou la restauration de la démocratie au Burundi: le CNDD-FDD. Un tel pouvoir suscitait donc l’espoir de voir une démocratie véritable et la mise sur pied de tous les piliers y relatifs concrétisées (la séparation des pouvoirs, le respect des droits humains, la transparence dans la gestion des affaires de l’État, etc.). Si cette concrétisation des idéaux pour lesquels le CNDD-FDD s’était battu, avec le soutien de la population, pouvait prendre du temps, deux mandats consécutifs (2005 à 2015) étaient amplement suffisants pour que les résultats soient palpables.

Lire aussi: Quand Pierre Nkurunziza recourt à la théologie de la libération pour mieux endormir le peuple

Or, précisément sur ces deux points, le pouvoir du président P. Nkurunziza a montré une tout autre image, au moins dès 2007, année à la quelle une querelle interne a obligé le CNDD-FDD à radier une bonne partie de ses élus (députés) dans le cadre d’une rupture avec Hussein Radjabu et ses fidèles. Dès lors, aucune volonté réelle ne s’est manifestée ni pour guérir les maux du passé par la mise sur pied des mécanismes de justice transitionnelle ni pour asseoir les piliers d’une démocratie véritable au Burundi. Si les Burundais ont usé de patience durant les deux mandats et ont continué dans l’ensemble à soutenir les actions du régime, 2015 révéla au grand jour à l’ensemble de l’opinion nationale et internationale la volonté du cercle autour du Président Nkurunziza de diriger le Burundi à leur façon en s’appuyant bien sûr sur certains acquis de l’Accord d’Arusha (les équilibres ethniques dans les institutions et dans l’armée) tout en voulant aussi s’en affranchir et surtout se soustraire à une véritable exigence démocratique notamment en matière de justice.

… enquêter d’urgence sur ces crimes commis depuis 2015, punir les coupables, sans réviser les prescrits de l’Accord d’Arusha, trouver des solutions à la crise générée par le 3è mandat de P. Nkurunziza, c’est privilégier les acquis de l’Accord d’Arusha, c’est vouloir corriger les dérapages du régime actuel pour continuer dans l’esprit de cet Accord et ainsi sauver le processus démocratique au Burundi.

La crise du 3ème mandat ne constitue donc pas une continuité des crises du passé (n’en déplaise à ceux qui soutiennent cet argument fallacieux), les crimes commis dès 2015 ne sont pas à mettre dans le même panier avec les crimes précédant 2005 précisément parce que ces derniers devaient avoir été clarifiés et punis par le pouvoir de Nkurunziza avant 2015. Qui plus est, ce dernier n’est pas venu au pouvoir par la force, ce qui était le cas pour les pouvoirs précédents depuis Michel Micombero. Il est venu au pouvoir en vertu des accords de paix et d’un processus démocratique qui, par leur nature, exigent une reddition des comptes quant à l’usage du pouvoir dont on est bénéficiaire.
Les crimes commis donc depuis 2015 sont renforcés par ces circonstances aggravantes : la violation des accords signés, la rupture du pacte démocratique, l’instauration d’un climat de terreur, la confiscation du pouvoir non plus par la vertu du dialogue et de la concertation mais par la force et la violence d’État. Ces actes étant le fait de ceux-là mêmes qui étaient censés incarner le changement démocratique au Burundi, par ceux à qui on avait confié la mission de concrétiser les solutions convenues à Arusha sous l’égide de la communauté internationale.

En conséquence, enquêter d’urgence sur ces crimes commis depuis 2015, punir les coupables, sans réviser les prescrits de l’Accord d’Arusha, trouver des solutions à la crise générée par le 3è mandat de P. Nkurunziza, c’est privilégier les acquis de l’Accord d’Arusha, c’est vouloir corriger les dérapages du régime actuel pour continuer dans l’esprit de cet Accord et ainsi sauver le processus démocratique au Burundi. Cela permettrait aussi de créer une justice transitionnelle crédible afin de clarifier le passé d’avant (1960-2015), de punir les coupables et de prévenir ainsi les cycles de violence et l’impunité de l’avenir.

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