Si l’ONU veut être crédible, elle doit agir sur le Burundi avant qu’il ne soit trop tard

Antonio Guterres, Secrétaire Général de l'ONU

Avec le gouvernement qui refuse de protéger sa population, il appartient à la communauté internationale de fournir ce bouclier.

Si l’ONU est sérieuse en matière de prévention, elle doit prendre des mesures crédibles sur le Burundi avant qu’il ne soit trop tard.


Le gouvernement burundais porte la responsabilité principale de la protéger ses citoyens contre les crimes contre l’humanité, mais il est devenu le principal agresseur des citoyens burundais.

Une commission d’enquête de l’ONU a rapporté le mois dernier que les forces de sécurité, les services de renseignement et la milice du parti au pouvoir (les imbonerakure) avaient la plus grande culpabilité pour les crimes commis pendant deux années dont les meurtres, la torture, des arrestations et des détentions arbitraires, des disparitions et des violences sexuelles au Burundi.

Avec le gouvernement qui refuse de protéger sa population, il appartient à la communauté internationale de fournir ce bouclier.

Bien que le Burundi reste à l’ordre du jour du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève et du Conseil de sécurité à New York, la réaction de ces organes reste loin d’etre suffisante à ce jour.  Lors de la dernière session du Conseil des droits de l’homme le mois dernier, deux résolutions sur le Burundi ont été adoptées. Le premier, dirigé par l’Union européenne, a prolongé le mandat de la commission d’enquête – chargée d’enquêter sur les violations des droits de l’homme – pour une année supplémentaire. Il a reçu le soutien de deux États membres africains, le Botswana et le Rwanda.

La deuxième résolution était une proposition de dernière minute du groupe des pays africains, qui cherchait à discréditer et démanteler le panel d’enquête lancé par le Conseil des droits de l’homme en 2016. Il a appelé le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme à envoyer trois experts distincts «pour coopérer avec les autorités burundaises et toutes les autres parties prenantes».

Le Burundi a promis de coopérer avec ces experts. Mais la probabilité qu’ils aient un impact réel est mise en doute compte tenu du refus dans le passé par le Burundi de coopérer avec les initiatives de l’ONU visant à mettre fin à la crise qui oppose le président Pierre Nkurunziza à une opposition qui prétend que son gouvernement est illégal éviction.

Par exemple, en juillet 2016, le Conseil de sécurité de l’ONU a autorisé 228 policiers à surveiller la situation sécuritaire. La résolution était une tentative pour sauver la réputation du Conseil, qui voulait être vu et considéré comme entrain de faire quelque chose. Cependant, en raison de l’opposition du gouvernement, les policiers n’ont jamais pu être déployés.

À la suite des résultats de la réunion du Conseil des droits de l’homme du mois dernier, il est peu probable que le Conseil de sécurité prenne des mesures contraignantes – telles que des sanctions ciblées – malgré le rejet par le Burundi de ses résolutions juridiquement contraignantes.

ONU divisée

A New York comme à Genève, le Burundi reste l’une des questions les plus divisantes. Certains membres du Conseil de sécurité – principalement la Chine, la Russie et l’Égypte – considèrent la situation comme une affaire interne des droits de l’homme plutôt que comme une question de paix et de sécurité.
La position de ceux qui veulent que le Conseil de sécurité soit plus engagé dans les questions de droits de l’homme, dirigé par les États-Unis, est vivement contestée par ceux qui veulent que le Conseil reste concentré sur des questions de sécurité plus traditionnelles.

Tous les membres du Conseil de sécurité attendent de prendre leurs repères des États africains – principalement les voisins du Burundi – en l’occurence la Tanzanie et l’Ouganda.

Compte tenu du consensus africain relativement fort à Genève s’opposant à ce qui est qualifié d’ingérence extérieure et des efforts de médiation en cours – bien que bloqués pour le moment- menés par la Communauté de l’Afrique de l’Est, les membres du Conseil de sécurité intéressés par une action plus forte fassent pression dans le climat actuel.

Malgré le nouvel accent mis par le Secrétaire général de l’ONU sur la prévention des crises, le cas du Burundi montre combien il est difficile de mettre en œuvre des mesures de prévention dans des cas spécifiques.

Le Conseil des droits de l’homme n’a aucun moyen d’appliquer les décisions et compte sur la coopération des États membres de l’ONU, y compris le Burundi. Il est peu probable que le Conseil de sécurité agisse avent qu’une situation soit déjà hors de contrôle et menace la paix et la sécurité internationales.

Sur le terrain, trois scénarios pourraient précipiter le Conseil de sécurité dans l’action

La première pourrait être une escalade des attaques venant de l’extérieur du Burundi, comme le groupe rebelle basé en République démocratique du Congo, les Forces populaires du Burundi (FPB). Le leadership de la FPB s’est récemment engagé à intensifier les attaques. Cela intensifierait probablement la violence et pourrait même conduire à une guerre civile à long terme.

Le deuxième scénario pourrait découler de plus de 400 000 réfugiés dans les pays voisins. La Tanzanie, qui accueille près de 60% des Burundais en fuite, a déjà conclu un accord avec le Burundi et l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR. Cet accord vise le rapatriement de près de 12 000 réfugiés, dont beaucoup souhaitent quitter des camps mal équipés. Si le flux de réfugiés ne s’arrête pas, la Tanzanie peut changer de cap et demander au Conseil de sécurité de faire quelque chose.

Un troisième scénario pourrait voir une intensification de la division interne au sein du parti au pouvoir, qui entraînerait probablement une détérioration de la situation sécuritaire, surtout si l’on tente d’empêcher Nkurunziza de se présenter à un quatrième mandat.

Ces trois scénarios poseraient un risque encore plus grand d’atrocités de masse. Si l’ONU est sérieuse en matière de prévention, elle doit prendre des mesures crédibles sur le Burundi avant qu’il ne soit trop tard.

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