Parlement: Ndikuriyo plante sa tente à Gitega et Nyabenda s’incruste à Kigobe.

03/03/2019

 Nyabenda Pascal et Révérien Ndikuriyo respectivement présidents du Parlement et du Sénat Burundais 

 

 

Au lendemain de l’érection de la ville de Gitega au rang de capitale politique du Burundi, la cacophonie entre le Sénat et l’Assemblée Nationale est à son comble.

 

Les deux présidents des deux chambres ont en effet du mal à accorder leurs violons en ce qui est de l’impératif de déménager de Bujumbura vers Gitega au centre du Burundi. 

 

D’un côté, il y a le président du Sénat Révérien Ndikuriyo qui semble aller plus vite que la musique. « Moi je suis monté avant que le président ne signe le décret, tout le personnel du Sénat a suivi. Nous devons quitter Bujumbura et toute la plaine pour privilégier l’agriculture dans ce secteur » et « Après Gitega, nous irons à Ruyigi, Makamba et ailleurs », a-t-il ajouté.

 

Il s’est en outre empressé d’appeler les Burundais à ne plus construire des maisons à Bujumbura. Depuis le début de l’année, Révérien Ndikuriyo habite et siège avec son équipe de sénateurs à Gitega. De l’autre côté, il y a Pascal Nyabenda, président de l’Assemblée Nationale. Il se hâte lentement en mettant toujours à plus tard le projet de déménager vers Gitega.

 

Avec un franc-parler peu commun, Pascal Nyabenda ne rate aucune occasion pour fustiger la précipitation avec laquelle la décision de décamper dare-dare de Bujumbura à Gitega a été prise. « Moi je ne fais jamais les choses à la hâte, je partirai quand je serai prêt », a-t-il récemment lancé aux médias locaux.

 

Selon une source proche du président de l’Assemblée Nationale du Burundi, cette déclaration lui aurait valu des remontrances du président burundais, Pierre Nkurunziza. Ce dernier aurait d’ailleurs demandé à l’Université du Burundi de céder le site hébergeant les locaux de l’ISA (Institut des sciences agronomiques, Gitega) afin d’y aménager en catastrophe des locaux de l’Assemblée nationale.

 

Mais Pascal Nyabenda reste obstinément insensible à l’appel du chef. Au lieu de s’exécuter, il avoue franchement son incapacité d’emménager à Gitega sans le concours des « partenaires». «Nous demandons aux partenaires financiers de nous aider à déménager vers Gitega, car nous sommes présentement dans l’incapacité de le faire nous-mêmes », a-t-il déclaré jeudi à la presse lors de la clôture de la session ordinaire de décembre.

 

Pascal Nyabenda navigue donc à contre-courant en s’incrustant à Bujumbura malgré l’appel général à déguerpir.       

 

La ville de Bujumbura est décidément en disgrâce vis-à-vis du pouvoir CNDD-FDD.

Mais même si Ndikuriyo évoque des raisons agricoles, certains proches des caciques du régime affirment que les autorités burundaises considèrent l’ancienne capitale politique comme l’incarnation du mal absolu. Une ville sous emprise des démons.

 

Cela fait jaser Pacifique Nininahazwe, figure de la société civile burundaise. « Et si les démons étaient avec eux ? Croyant les fuir de Bujumbura, ils les retrouveront bientôt à  Gitega. Ils fixeront ensuite la capitale à Cankuzo. Leurs démons seront encore là. Mais où finiront-ils cette course contre leurs propres démons? », a-t-il commenté via son compte twitter. Rien n’est moins sûr, a-t-on envie d’ajouter.

 

Epicentre de la contestation du 3ème mandat de Pierre Nkurunziza depuis fin avril 2015, Bujumbura a mauvaise presse dans les rangs du CNDD-FDD. Mais l’appel à partir ne fait pas encore l’unanimité, comme le prouve le Président de l’Assemblée Nationale.

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