Avec la fin des Accords d'Arusha, que devient la minorité ethnique tutsie du Burundi?

Avec la fin des Accords d'Arusha, que devient la minorité ethnique tutsie du Burundi?

18/05/2019

 

C’est quasiment officiel. Les tutsis du Burundi, réchappés du génocide de 1993 sont laissés à eux-mêmes. Aucune structure ne défend plus officiellement leur cause. Et pourtant les accords d’Arusha prétendaient résoudre les «problèmes politiques» entre la communauté tutsie et celle des hutus.

 

Aujourd’hui, aucune organisation politique n’articule en effet son action sur la défense et la protection de cette minorité ethnique, ni de l’Accord d’Arusha qui lui garantissait une survie physique, politique, économique et sociale.

Le parti UPRONA (Union pour le progrès national) qui, historiquement, était à l’avant-garde de cette lutte, et qui, s’était autoproclamé « défenseur des minorités » n’est plus que l’ombre de lui-même. Tel un avion «crashé» en plein vol, l’UPRONA s’est littéralement désarticulé ou désintégré.

 

Ses deux ailes encore vacillantes courent dans tous les sens. Tant et si bien que l’une d’entre elles, en l’occurrence celle pilotée par Abel Gashatsi mais qui réellement est une faction du premier vice-président de la république, M. Gaston Sindimwo, a fini par se confondre ou plutôt se fondre dans la constellation du parti présidentiel, CNDD-FDD dont elle est devenue satellite.

 

Aujourd’hui, il n’y a plus de cloison étanche entre les idées portées par le CNDD-FDD et celles véhiculées par cette aile du parti UPRONA. Ce parti du Prince Louis Rwagasore, ou ce qui en reste, a notamment illustré cette liaison scandaleuse en appelant sa base (militants) à voter «oui» lors du référendum constitutionnel qui a dynamité la constitution de mars 2005 et donné un coup de grâce à l’Accord d’Arusha d’août 2000.

 

Ces deux textes constituaient pourtant un véritable rempart pour la minorité tutsie et l’équilibre des institutions burundaises. Ils avaient instauré un mode de pouvoir consociatif qui avait su assurer une accalmie jusqu’en 2015.

Cet UPRONA là est un alter ego du parti présidentiel. Abel Gashatsi, président de cette aile docile l’a rappelé aux sceptiques à la veille du référendum constitutionnel du 17 mai 2018.

 

 «Ce samedi le 21 Avril 2018, le comité central du parti UPRONA vient de se prononcer sur sa position lors du référendum constitutionnel. Ce parti Votera OUI le 17 mai 2018 le jour du scrutin», a-t-il déclaré via son compte twitter.

 

Avec la fin de la démocratie consociative imposee par les accords d’Arusha, les dés sont pipés pour les tutsis. Chassés sans façon de tout le circuit socio-économique du pays, tués ou embastillés à la pelle et parfois pour des broutilles, ils ne devaient donc plus rien attendre de ce pan du parti du Prince. Ni de l’autre, d’ailleurs, dirigé un tant soit peu par le Professeur Charles Nditije. Il s’est déjà dit déçu de la lassitude de ses compagnons de lutte qui alléchés par des biens bassement matériels que leur miroitent le CNDD-FDD, sont prêts à lâcher prise pour l’accompagner aux urnes en 2020.

 

Ce qui, du coup, va crédibiliser tout le processus en l’honneur du parti au pouvoir malgré des fraudes «himalayesques» qui l’entachent déjà : Une CENI militante et aux ordres du CNDD-FDD, une constitution taillée sur mesure pour le Président restant, Pierre Nkurunziza, un Accord d’Arusha relégué aux oubliettes.

 

Pendant ce temps, les incohérences du CNARED (Conseil National pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit), se multiplient. Ses différents membres se succèdent au portillon pour s’en dégager avec fracas. Les initiateurs/membres de cette principale plateforme de l’opposition en exil avaient pourtant juré de défendre becs et ongles l’Accord d’Arusha. Apparemment, cet objectif n’est plus qu’un lointain souvenir pour nombre d’entre eux.

 

Enfin de compte, tout semble donc indiquer que les tutsis du Burundi seraient à la merci du premier génocidaire hutu venu.

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