Voici la raison pour laquelle BurundiDaily.net a choisi l'anonymat

03/08/2019

Un policier pointe son arme sur les journalistes qui couvrent des manifestations au Kenya

 

 

Face aux dangers auxquels font face les journalistes au Burundi, face aux cas de violences graves contre les médias et les journalistes, une seule solution s'impose: l'anonymat. Certains diront qu'un journaliste qui se respecte ne peut pas publier un article sans le signer, mais si en le signant, il/elle signe aussi sa mort ou son ticket pour la prison, le choix est claire.

 

Le Burundi est un cas exceptionnel. Des radios, des studios de télévision, des journaux ont été entièrement brûlés par le pouvoir et ses agents et des journalistes désignés comme des ennemis de la nation, ce qui les a forcés de prendre le chemin de l'exil. Le verrouillage est total. Ceux qui ne croyaient ou ne voulaient pas voir initialement qu'il y a une volonté (pour ne pas dire une stratégie bien réfléchie) du régime dictatorial du Burundi de vouloir museler la liberté d'expression sont aujourd'hui convaincus. 

 

La fermeture de la BBC et de la VOA sont des éléments irréfutables que le régime du CNDD-FDD n'a aucun intérêt en la pluralité d'opinion ni en la liberté d'expression. Peut-être qu'il y avait encore un petit bout de doute dans certains coins que les médias locaux n'étaient pas à la hauteur et que le régime et ses surveillants des médias pouvaient avoir raison de fermer des médias pour cause de dérapages professionnels. Il n'y a pas plus professionnel que la BBC ou la VOA et pourtant ils ont été interdits sur tout le territoire national au Burundi.  

 

Il est franchement très difficile de comprendre comment les rares médias indépendants qui restent au pays comme le groupe IWACU parviennent toujours à produire un travail exceptionnellement professionnel dans un tel environnement. 

 

La politique du régime de Nkurunziza semble simple: verrouiller l'espace médiatique et intimider les journalistes, refuser l'information à ceux qui persévèrent et les accuser de partialité pour enfin les interdire de fonctionner pour cause de manque d’équilibre de l'information qu'ils produisent. 

 

Nous reproduisons ici l’éditorial de Léandre Sikuyavuga, le rédacteur en chef du groupe IWACU, qui selon nous démontre bien cette stratégie du régime du CNDD-FDD. On espère que le groupe IWACU ne va pas nous en vouloir mais au cas contraire on est prêt de retirer cet éditorial de notre journal.

 

130 kilomètres pour rien

 

L’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples du 28 juin 1981 énonce : «Toute personne a droit à l’information ». A son article 31, la Constitution de la République du Burundi stipule : « La liberté d’expression est garantie. L’Etat respecte la liberté de religion, de pensée, de conscience et d’opinion. » La nouvelle loi sur la presse stipule dans son article 45 que « Lle journaliste exerce son métier en toute indépendance et en toute responsabilité sur l’ensemble du territoire national du Burundi. » Dans ce même article, il est précisé que ‘’ dans l’exercice de son métier, il a le libre accès aux sources d’information et peut enquêter et commenter librement sur les faits de la vie publique’’.

 

Théoriquement, ces articles devraient faciliter le travail des journalistes . « La théorie nous montre le but à atteindre, la pratique nous montre le terrain à parcourir », disait Eugène Marbeau.


Ce qui vient d’arriver à nos journalistes reporters est l’antipode de toutes ces théories. Un administrateur, celui de Nyarusange, qui promet une entrevue. A l’arrivée des journalistes, il fait volte-face. Avec suffisance, il leur lance :« Je ne connais pas ce journal. J’ignore ses publications et son mode de travail». Les détenteurs de l’information doivent donc savoir la «nature» de l’organe de presse avant de l’autoriser à y accéder ? « Waste of time and money », diront les Anglophones. Les journalistes venaient de parcourir plus de 130 kilomètres, pour recueillir la version de l’administration de la commune Nyarusange qui aurait imposé un couvre-feu à partir de 20 h. D’ailleurs, sur la colline Gasenyi, sept personnes auraient déjà été arrêtées. Iwacu a toujours le souci d’informer les citoyens avec exactitude, au nom de l’intérêt public. L’exigence d’équilibrer l’information, n’en déplaise à nos détracteurs.

 

Sur la colline Kizi, commune Gasorwe, nos reporters vont vivre un autre calvaire. Là, deux maisons des membres du parti au pouvoir ont été brûlées et les membres du CNL seraient pointés du doigt. En menant une enquête, ils se retrouvent entourés des policiers accompagnés d’une vingtaine de jeunes hommes hostiles. Ils sont menacés, subissent un interrogatoire, leurs documents confisqués. Pire un député, représentant du peuple, au lieu de compatir énormément avec ce qui est arrivé à nos journalistes, semble les menacer…

 

Informer n’est pas un délit. La mission d’Iwacu n’est pas de plaire ou déplaire..C’est du devoir des autorités de permettre aux journalistes d’exercer librement leur travail.
.

 

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
J'aime
Please reload

  • Facebook Basic Black
  • Twitter Basic Black
Please reload

Nous suivre