Déni et complot international: Justification et solution pour tous les problèmes au Burundi

31/08/2019

 Nkurunziza Pierre, président burundais

 

 


À partir de 2015, le Burundi a adopté une attitude belliqueuse à l'égard de ses relations avec le reste du monde. Au delà de cette attitude combative, les responsables burundais ont récemment adopté une attitude paranoïaque et complotiste.

 

Ainsi, toute personne "non-burundaise" ou organisation internationale qui ose parler de l'un des nombreux problèmes du Burundi est taxée d'avoir des intentions coloniales ou néo-coloniales et, en tant que telle, leur opinion ou expertise n'y compte pour rien. Une organisation ou personne burundaise qui pointe du doigt les problèmes auxquels le Burundi est confronté est taxée d’accessoire pour les néocolonialistes.

 

Ainsi, confronté à des statistiques irréfutables, notamment celles compilées par son propre bureau d’études statistiques (ISTEEBU), le Burundi crie avec déni et avance le complot international pour éviter et museler toute critique.

 

Un exemple typique est celui des récents rapports sur une épidémie dévastatrice de paludisme et de maladies diarrhéiques. Face à des rapports faisant état d'environ 5 millions de cas de paludisme sur une population d'environs 10 millions, les responsables de la santé au Burundi ont réfuté ces chiffres, préférant présenter leurs propres chiffres pour tenter de minimiser l'étendue du problème et résister à l'appel lancé pour déclarer une épidémie.

 

Il s’est avéré que leurs propres chiffres indiquaient et confirmaient ceux présentés par une agence onusienne. Ils ont affirmé que les cas de paludisme atteignaient un peu plus de 4 millions et que les niveaux d'épidémie n'étaient pas encore atteints.

 

La plupart des gouvernements raisonnables à travers le monde considéreraient sans aucun doute 4 millions de cas de toute sorte de maladie sur une population d'un peu moins de 10 millions, une épidémie; et une aide serait systématiquement recherchée auprès de quiconque est disposé à l'aider.

 

La stratégie de déni adoptée pour réfuter toute preuve d'instabilité politique s'est étendue aux domaines humanitaires avec des conséquences dévastatrices. Un pays qui compte généralement sur la générosité des donateurs d’aide a décidé d’éviter toute aide, laissant des masses de sa population souffrir de maladies et de la faim à des rythmes alarmants.

 

«L’économie du pays est atone, elle est même dans une situation pire que lors de la guerre civile »

 

Pour le gouvernement du Burundi, présenter une image de stabilité et de calme est si vital pour sa survie qu’il a décidé d’ignorer son rôle le plus primordial: celui de protéger ses citoyens des catastrophes naturelles telles que les famines et les maladies.

 

Dans ce qui semble être un spectacle d'horreur, les porte-parole se succèdent de studio en studio, répétant le même déni pétulant avec des arguments fragiles qui ne convaincraient pas les plus ignorants de la situation au Burundi.

 

La crise provoquée par la décision du président en exercice de rechercher un nouveau mandat a été si dévastatrice que Benjamin Chemouni, chercheur au Wolfson College, a déclaré que «L’économie du pays est atone, elle est même dans une situation pire que lors de la guerre civile ». 

 

Malgré tous les problèmes auxquels il fait face, le gouvernement du Burundi continue d’insister sur le fait que tout va bien, qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer, préférant laisser la population souffrir au lieu de reconnaître la situation humanitaire catastrophique qu’il a lui-même créée.

C’est peut-être à cela que pensait Willy Nyamitwe, le conseiller principal du président Nkurunziza, lorsqu'il a déclaré que «Nous préférons vivre dans le peu, plutôt que dans le mépris».

Tout en imposant ces conditions catastrophiques à la population, les images qui sortent du pays montrent une élite dirigeante qui vit dans une opulence extravagante. En même temps, des images de foules de gens ordinaires transportant du bétail et des produits alimentaires destinés à être offerts au président et à d'autres élites dirigeantes sont régulièrement publiées sur les médias sociaux.

 

Tout comme la Corée du Nord, le Burundi semble se glisser dans un régime férocement autoritaire et prédateur qui se soucie très peu de son peuple. Les élites semblent mener une vie opulente tout en essayant de convaincre leurs populations qui meurent de faim et de maladies que tout va bien dans la république.

 

Suscitant les sentiments anti-occidentaux et cherchant à réveiller une partie de l'orgueil d'une population souffrant depuis longtemps, l'élite dirigeante est parvenue à convaincre de larges couches de la population qu'accepter de l'aide n'est pas compatible avec l'indépendance.

 

Le peu d’aide (principalement du riz) provenant de la Chine et du Japon est soit vendue pour couvrir les dépenses de base de l’État, soit distribuée par l’élite dirigeante au plus fanatiques des membres du parti au pouvoir, créant ainsi une dépendance et une sorte de "motivation-récompense" qui incite les jeunes miliciens affiliés au parti au pouvoir à être plus brutaux et intolérants envers les membres des partis des opposants.

 

Les prochaines élections prévues en mai 2020 sont devenues un test décisif pour la survie du système. La population a été forcée de puiser dans sa réserve de maigre moyens pour financer des élections susceptibles de créer encore une fois des troubles dans le pays.

 

Plus alarmant encore, la communauté internationale a choisi de se mettre à l’écart et éviter toute confrontation diplomatique avec le gouvernement burundais et a choisi de garder la distance et le silence pendant que l’opposition et les médias locaux totalement révoltés se trouvent dans une situation angoissante en exil qui ne leur permettre de contester politiquement ces abus du parti au pouvoir.

 

Une chose est certaine, après avoir rompu l'accord d'Arusha qui avait permis de rétablir la paix après une guerre civile dévastatrice qui a coûté la vie à plus de 300 000 personnes, le Burundi semble se lancer aveuglément dans une autre guerre civile. Une guerre dont la dévastation est difficile à prévoir compte tenu de la volatilité et de la dynamique géopolitique de l'ensemble de la région des grands lacs. 

 

 

 

 

 

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