Burundi: La crise oubliée, brûle toujours

Burundi: La crise oubliée, brûle toujours

01/10/2019

Première Partie\

 

Associé de recherche au Centre africain, Paul Nantulya effectue des recherches et prépare des analyses écrites sur les questions de sécurité actuelles en Afrique. Ses domaines d'expertise incluent la gouvernance, la médiation, les processus de paix, le maintien de la paix et l'Afrique de l'Est.

 

 

 

Bien que Nkurunziza ait supprimé les reportages externes sur le Burundi, la crise politique et humanitaire du pays, vieille de quatre ans, ne montre aucun signe de ralentissement.

 

Des atrocités de masse et des crimes contre l'humanité commis principalement par des agents de l'État et leurs alliés continuent d'avoir lieu au Burundi, selon le rapport de septembre 2019 de la Commission d'enquête des Nations Unies sur le Burundi.

 

La Commission a par ailleurs constaté que le président Pierre Nkurunziza et ses nombreux proches sont personnellement responsables de certains des crimes les plus graves. Ils comprennent «les exécutions sommaires, les arrestations et les détentions arbitraires, les actes de torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, les violences sexuelles et les disparitions forcées».

 

La Commission enquête sur la crise burundaise depuis 2016. Ses conclusions reflètent celles de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête distincte en 2017, fondée sur «une base raisonnable de croire que des agents et des groupes de l'État mettant en œuvre des politiques étatiques… ont lancé une stratégie généralisée et systématique d'attaque contre la population civile burundaise ». La persistance de telles atrocités fait écho aux génocides burundais de 1972 et 1993 et ​​à la brutale guerre civile qui s’est terminée en 2005.

 

Une longue spirale vers un agenda nationaliste hutu


L’adoption de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation en 2000 a créé un cadre global de consolidation de la paix qui, grâce à une formule de partage du pouvoir inclusive, s’attaquait aux causes profondes du passé violent du Burundi. Ce cadre a marqué le début d'une période de stabilité et d'espoir, marquée par deux transitions de dirigeants du président Pierre Buyoya au président Domitien Ndayizeye, qui ont chacun statué pendant 18 mois avant de passer les reines du pouvoir à Nkurunziza en 2005.

 

À cette époque, les partis politiques traditionnels du Burundi fonctionnaient en tant que coalitions multiethniques, marquant une rupture avec les politiques de division du passé.

 

Le refus de Nkurunziza de se retirer après son deuxième mandat en 2015, comme stipulé dans les Accords d’Arusha et dans la Constitution de 2005, a inversé cette voie prometteuse et déclenché la crise actuelle.

 

Sa décision de poursuivre un troisième mandat, associée à la refonte de l'agenda nationaliste hutu de son parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a déclenché des mois de manifestations et une tentative de coup d'État manqué en mai 2015. Elle a également déclenché une vague de défections et de représailles au sein du parti présidentiel, une violence dans l'armée, des assassinats ciblés de civils - souvent avec des nuances ethniques - et le lancement de rébellions armées par trois mouvements distincts.

 

On estime qu'environ 1 700 personnes ont été tuées depuis 2015. Le rapport de l'enquête indépendante des Nations unies sur le Burundi, publié en septembre 2017, précise toutefois que «personne ne peut quantifier avec précision toutes les violations qui ont été commises ou continuent de se produire dans une situation aussi fermée et répressive que le Burundi».

 

Malgré la pénurie d'informations, de nombreuses preuves montrent une aggravation de la situation sous le calme apparent que les autorités ont tenté de projeter. Le nombre de réfugiés burundais a dépassé 400 000 (sur une population totale de 10 millions), faisant du Burundi une "crise de réfugiés oubliée", selon Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

 

Dans le même temps, la milice parrainée par l'État, les Imbonerakure («ceux qui voient loin»), a été impliquée dans des atrocités de masse aux côtés de la police, des services de renseignement et d'éléments de l'armée. Les déploiements d’Imbonerakure suivent une structure à quatre niveaux allant de la colline à la commune, à la province et au niveau national, à l’image des unités administratives du Burundi.

 

Ses membres sont un facteur majeur contribuant au déplacement continu de personnes, en particulier dans les provinces du nord, de l’est et du sud, où leur présence est particulièrement bien ancrée.

 

Les violences commises en 2015 et 2016 sont passées à des tactiques plus secrètes qui ont commencé à la fin de 2016. Les comptes rendus directs rapportés dans le rapport de la Commission d'enquête sur le Burundi de 2017 indiquent que des atrocités ont été commises depuis lors en dissimulation presque totale.

 

Certaines tactiques impliquent de tuer des victimes dans un endroit et de déposer leurs corps ailleurs, y compris dans les pays voisins, pour éviter toute détection. Le rapport de l'ONU de 2019 a également confirmé de nombreux lieux secrets, y compris des résidences appartenant à de hauts responsables, où la torture, le viol, la mutilation, d'autres formes de sévices et des meurtres ont lieu régulièrement.

 

Ces informations ont été corroborées par des reportages dans les médias, par des observateurs locaux des droits de l'homme et par le témoignage d'Imbonerakure qui se sont désolidarisés avec la violence. Le rapport de 2018 de la Commission d'enquête des Nations Unies sur le Burundi a confirmé l'existence de fosses communes dans les localités de Kanyosha et de Mpanda à Bujumbura et à Bubanza et dans d'autres zones.

 

Il a également corroboré les résultats de listes précédentes de civils et de membres des forces armées destinés à être exécutés.

Le Burundi a également assisté à une augmentation des disparitions. Depuis 2015, les Nations Unies ont régulièrement reçu des informations faisant état de disparitions forcées au Burundi.

 

Des centaines de cas font l’objet d’une enquête et sont portés à la connaissance du gouvernement burundais chaque trimestre. La campagne Ndondeza («aidez-moi à les retrouver») a diffusé plus de 400 photos de personnes disparues depuis 2015.

 

Malgré la pénurie d'informations, de nombreuses preuves suggèrent une aggravation de la situation. Les atrocités commises par des agents de l’État ne se limitent pas aux frontières du Burundi. En 2018, l'Initiative internationale pour les droits des réfugiés (IRRI) a documenté des attaques, des meurtres et disparitions de réfugiés burundais dans le camp de réfugiés de Nakivale en Ouganda.

 

La plupart des réfugiés avec lesquels IRRI a parlé ont déclaré avoir reconnu des agents de renseignements burundais et des membres Imbonerakure, dont certains avaient tué des membres de leur famille au Burundi. L'IRRI a également documenté des plaintes concernant des menaces d'appels téléphoniques et de SMS, ainsi que des agents présumés d'Imbonerakure prenant des photos dans le camp.

 

En outre, des membres des Imbonerakure traversent régulièrement la frontière tanzanienne pour surveiller et intimider les réfugiés burundais dans le camp de Nyarugusu, où vivent la plupart des réfugiés et exilés burundais.

 

L’instabilité politique auto-infligée au Burundi a eu un impact direct sur les conditions de vie 

 

La croissance économique est passée de 4,2% en 2015 à 0,4% en 2019, sous le poids de la corruption à haut niveau et de la mauvaise gestion budgétaire. Depuis 2017, le gouvernement n’a pas été en mesure de payer les fonctionnaires à temps, ce qui est une source d’acrimonie publique étant donné que l’État emploie 80% des salariés du Burundi.

 

Depuis 2017, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a imposé des «contributions» au Trésor public pour toutes les familles - un geste largement impopulaire compte tenu du taux de chômage élevé. La nouvelle politique introduite en 2018, qui oblige les organisations humanitaires et les organisations caritatives étrangères à fournir au gouvernement des listes de personnel identifiant leurs employés par appartenance ethnique, contribue aussi au ralentissement économique. La plupart d'organisations internationales ont choisi de partir plutôt que de se conformer.

 

Le secteur de la santé au Burundi a été particulièrement touché par la crise politique. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (ONU), seuls 500 médecins travaillaient encore au Burundi en 2017. Cela représente à peu près la moitié du total de 2010. Les conséquences sont désastreuses: 5,7 millions de cas de paludisme - dont 1 801 décès - ont été signalés en 2019. Ces chiffres sont de loin inférieurs à 1,8 million d'infections et à 700 décès signalés en 2017, illustrant la détérioration progressive système de soins de santé du Burundi

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