La malédiction du 3ème mandat en Afrique: heurts à Conakry entre forces de sécurité et opposants à un 3ème mandat de Condé

La malédiction du 3ème mandat en Afrique: heurts à Conakry entre forces de sécurité et opposants à un 3ème mandat de Condé

16/10/2019

 Presidents Alfa Conde de la Guinee et Nkurunziza Pierre du Burundi
 

Dans des scènes qui rappellent la situation de 2015 au Burundi, lorsque Pierre Nkurunziza a décidé de se représenter pour sa propre succession en briguant un troisième mandat jugé illégal, plusieurs quartiers de Conakry étaient le théâtre de heurts lundi entre les forces de sécurité massivement déployées dans la capitale guinéenne et des opposants à un troisième mandat de l’actuel président Alpha Condé, ont rapporté des témoins et des sources sécuritaires.

 

Dès les premières heures de cette journée à hauts risques dans un pays coutumier des protestations et des répressions violentes, des centaines de gendarmes et policiers se sont employés à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes à éteindre le moindre foyer de contestation, comme à Cosa, un fief de l’opposition, a constaté un correspondant de l’AFP.

 

« Il faut les empêcher de se rassembler, aucun attroupement n’est autorisé », criait sur un ton menaçant un des officiers dirigeant l’opération.

Des échauffourées suivies d’arrestations ont été rapportées dans les quartiers de Cimenterie, Wanindara ou Dar Es Salam, ont indiqué des témoins et des sources sécuritaires. Des barricades ont été dressées dans les rues et des pneus brûlés sur la chaussée.

 

Deux jeunes ont été blessés par balles à Wanidara dans des circonstances qui n’ont pas encore été établies, ont indiqué à l’AFP deux journalistes travaillant sur le web et un médecin s’exprimant sous couvert d’anonymat pour leur sécurité.

A Cosa, autre quartier de Conakry, des tirs sporadiques ont été entendus durant une partie de la matinée.

 

Ailleurs, Conakry présentait un air de ville fantôme, avec ses magasins fermés et Kaloum, le quartier administratif et des affaires, était quasiment désert.

« Moi, je suis ici devant ma boutique pour la protéger d’éventuels pillards, que ce soit du côté des forces de l’ordre ou de bandes incontrôlées, de jeunes voyous qui ont envie de se défouler », comme cela se produit systématiquement les jours de manifestation, a déclaré Alphadio Barry au marché de Koloma, dans la banlieue de Conakry.

 

 Arrestations d’opposants

 

La tension a monté à la suite de l’appel à la manifestations lancé par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Cette coalition rassemblant des partis d’opposition, des syndicats et des membres de la société civile s’oppose farouchement à une révision de la Constitution évoquée par le pouvoir.

 

Elle permettrait à Alpha Condé, 81 ans, de se présenter fin 2020 pour un troisième mandat, alors que la Constitution en limite actuellement le nombre à deux. L’opposition s’attend à ce qu’il officialise bientôt la tenue d’un référendum constitutionnel. Fin septembre, il avait demandé aux Guinéens de s’y « préparer ».

L’opposition dénonce un projet de coup d’Etat institutionnel et la dérive « dictatoriale » de celui qui fut lui-même un opposant historique ayant connu la prison pour son engagement contre différents régimes autoritaires, avant de devenir le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest.

 

Une vingtaine de membres de la société civile et de l’opposition ont été arrêtés depuis samedi, selon le FNDC.

Mamadou Sow et Abdoulaye Kéita, deux membres du FNDC à Mamou, à 300 km à l’est de Conakry, ont été arrêtés dimanche soir alors qu’ils faisaient du porte-à-porte en faveur de la mobilisation, ont indiqué leurs familles.

 

Policiers et gendarmes ont pris position lundi matin près des domiciles du chef de l’opposition et président de l’Union des fores démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, et du président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, interdisant aux journalistes d’approcher.

 

L’intransigeance affichée de part et d’autre avant la mobilisation a nourri l’inquiétude, alors que, selon l’opposition, une centaine de manifestants ont été tués par les forces de l’ordre depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en décembre 2010. Les autorités parlent quant à elles d’une douzaine de policiers ou militaires tués lors de manifestations au cours de cette période.

 

Malgré les craintes de violences, le FNDC a maintenu son « appel à une mobilisation sans précédent » contre « ceux qui s’acharnent à promouvoir une présidence à vie ». Le gouvernement a prévenu qu’il ne cèderait « pas le moindre centimètre carré au règne de l’anarchie », affirmant que la mobilisation n’avait pas été dûment déclarée et était donc illégale.​

Tags: Politique

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