Pour briser l'isolement international et se maintenir au pouvoir Nkurunziza compte sur Anicet Niyonkuru, Minani Jean et Mames Bansubiyeko

Pour briser l'isolement international et se maintenir au pouvoir Nkurunziza compte sur Anicet Niyonkuru, Minani Jean et Mames Bansubiyeko

26/10/2019

Jean Minani et Anicet Niyonkuru

 

 

La plupart des observateurs s'accordent sur un fait: même s'il a annoncé qu'il ne solliciterait pas de mandat supplémentaire, M. Nkurunziza n'a pas l'intention de quitter le pouvoir en 2020. En annonçant qu'il n'allait pas se représenter pour sa propre succession Nkurunziza a fait une erreur stratégique grave et s'est fragilisé au sein de sa famille politique. Pour le moment, le dictateur préfère ne pas désavouer ouvertement les promesses faites en 2018 de ne pas se présenter pour un autre mandat présidentiel, mais il agit dans les coulisses pour faire passer sa candidature aux élections sous la carte de volonté populaire.

 

La rivalité pour le pouvoir au sein du parti présidentiel est devenue un casse-tête pour Nkurunziza. Fragilisé et convaincu qu'il ne peut pas avancer contre 2 généraux les plus puissants du parti au pouvoir ( Bunyoni et Prime Niyongabo), il essaie de consolider la faction modérée pour premièrement briser l'isolement international et enfin se maintenir au pouvoir. 

 

La faction modérée du CNDD

 

Le CNDD-FDD semble être un parti monolithique sous le contrôle de Nkurunziza. En réalité, c'est un parti divisé entre trois principaux courants opposés. Le premier est contrôlé par les Nkurunziza (Pierre et Denise), le second par le chef des forces armées, le général Prime Niyongabo, et le troisième par le ministre de la Sécurité et de la Police nationale, Alain-Guillaume Bunyoni. Ce sont trois véritables centres de pouvoir en concurrence les uns avec les autres.

 

Chacun prend soin de ses propres intérêts et n'hésite pas à commettre des atrocités inouïes sur la population pour affirmer son contrôle et sa domination. Bunyoni a remplacé le général Adolphe Nshimirimana, tué en août 2015 (probablement par Nkurunziza). Le courant ne passe pas entre Bunyoni et Nkurunziza, mais les deux ont atteint un rapport de forces qui ne leur permet pas de s'imposer l'un contre l'autre. Afin de ne pas finir comme Nshimirimana, Bunyoni s'est associé au groupe terroriste rwandais, les FDLR. Astucieux et féroce, Bunyoni semble attendre le bon moment pour se débarrasser de son rival et vice versa.

 

En effet, il existe une quatrième faction au sein du parti unique: celle des modérés. Isolé, minoritaire et affaibli, ce courant est en train de renaître de façon paradoxale grâce au couple Nkurunziza qui ont l’intention de s’en servir pour tenter de briser l’isolement international. La faction modérée est composée de dirigeants politiques et de généraux opposés à la violence de Niyongabo et de Bunyoni.

 

 

Nkurunziza veut s'appuyer sur le CNARED de Minani pour préserver son pouvoir

 

Pierre Nkurunziza veut exploiter certains des opposants exilés pour se creer une voie qui le mènerait a un quatrième mandat.  Il a mandaté les modérés du CNDD-FDD afin d'ouvrir un dialogue avec une partie de l'opposition en exil. Plus précisément, ce qui reste de la plate-forme politique du CNARED.

 

La faction modérée a reçu un mandat de Nkurunziza de contacter et rencontrer le CNARED à Nairobi vers fin août au début de septembre 2019. Ces premiers contacts ont abouti à une réunion entre Pierre Nkurunziza et le secrétaire exécutif du CNARED, Anicet Niyounkuru, qui s'est déroulée en octobre à Bujumbura. Le gouvernement n'a pas confirmé cette réunion entre Nkurunziza et Anicet Niyonkuru, mais des informations récentes font état d'une tentative d'accord entre Nkurunziza et le CNARED pour lutter contre les forces les plus extrémistes du CNDD-FDD. La réunion a été vivement critiquée par d'autres formations de l'opposition burundaise en exil.

 

La faction modérée du CNDD-FDD tente de mettre fin à la faillite du Burundi par une série d'ouvertures destinées à la communauté internationale afin qu'elle puisse reprendre une aide économique capable d'éviter un effondrement total et définitif.

 

Alors que les faucons et les jusqu’au-boutistes du CNDD-FDD ne comprennent que le langage de la violence et veulent garder le pouvoir à travers le réseau complexe de violences qu’ils ont mis en place dans le pays, les modérés du parti au pouvoir comprennent que si la situation économique s'aggrave et si le Burundi se met en faillite économique, les masses hutues seront difficiles à contrôler. Ce scénario est en réalité très redouté par les modérés au sein du CNDD-FDD car ils comprennent que cela donnerait le pouvoir à leur rival, Agathon Rwasa, qui reste populaire au sein du même électorat que le CNDD-FDD.

 

C'est dans la perspective de cette nouvelle dynamique que Nkurunziza a décidé de redynamiser la faction modérée qu’il avait sévèrement opprimée avant son 3e mandat, poussant la plupart d’entre eux à fuir le pays.

 

Pour couper l'herbe sous les pieds de ses adversaires au sein du parti au pouvoir, une nouvelle stratégie est en train d'émerger: Rendre impossible les élections de 2020 et mettre en place un gouvernement de transition incluant les visages acceptables de l'opposition ( Anicet Niyonkuru, Mames Bansubiyeko, Jean Minani etc..) et une poignée de modérés du CNDD-FDD comme Pie Ntavyohanyuma et Gervais Rufykiri. 

 

Avec cette stratégie, Nkurunziza espère atteindre deux objectifs. Retrouver la confiance des donateurs pour sauver l’économie qui a cruellement besoin d’argent et affaiblir son opposition interne pour se maintenir au pouvoir au delà de 2020.

 

 

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