L'attaque des rebelles du RED TABARA expose un système paranoïaque en pleine crise d’identité et de crédibilité

L'attaque des rebelles du RED TABARA expose un système paranoïaque en pleine crise d’identité et de crédibilité

29/10/2019

 Président Nkurunziza photographie dans les locaux du parlement burundais 

 

La bataille de Bubanza entre les forces du regime de Nkurunziza et les unités rebelles RED Tababara actuellement stationnées dans la forêt de Kibira, à la frontière avec le Rwanda, ont exposé toute la faiblesse du régime de Nkurunziza, pas seulement militaire, mais politique aussi.

 

L'attaque survient à un moment très délicat: les élections de 2020 représentent une opportunité de survie politique pour le CNDD-FDD  et pour Pierre Nkurunziza de poursuivre ses projets d’établir un royaume au Burundi.

 

Manque d'engagement de l’armée


Le manque d'engagement de l'armée confirme les rumeurs selon lesquelles il y aurait un mécontentement et un sentiment général de vengeance contre Nkurunziza. Avec les tueries sélectives, le dictateur a humilié une armée qui avait été professionnalisée pour être garante et protectrice de la population. 

 

Les éléments des anciennes FAB (Forces armées burundaises, ancienne armée composée en grande partie par des tutsis) ont été marginalisés et décimés après l'échec de la tentative de coup d'état de 2015. Un coup d’état qui avait pourtant été initié par des éléments modérés des FDD. Une fois le danger écarté, Nkurunziza n'a pas hésité à détruire ces corps d'élite, sacrifiant ainsi la défense nationale en faveur du gain et sécurité personnels.

 

Le mécontentement règne même parmi les anciens miliciens du FDD, qui ont combattu dix ans durant la guerre civile. Leur foi aveugle en l’idéologie du Hutu Power qui avait galvanisé une jeunesse hutue à la cause de la guerre contre l’armée tutsi ne tient plus et a rompu après avoir constaté que leurs commandants dans l'armée et la police sont les seuls à avoir récolté les fruits des longues années de guerre de guérilla, avec des postes de direction, de l'argent pillé dans les deniers publics , des maisons, des voitures, du pouvoir et une belle vie.


Ces simples miliciens, fantassins de la "révolution du peuple hutu", sont restés dans la misère. Ils ont été intégrés à l'armée et à la police, mais ont été laissés à eux-mêmes pour être exploités par un réseau de racket bien organisé au sein de l’armée et la police. Même les soldats engagés dans l'opération de paix des Nations Unies et l'Union africaine en Somalie, l'AMISOM entretiennent des rancunes en raison de la corruption, de détournements de fonds et de spéculations sur leurs salaires en devises.

 

 

Une peur panique de désertions et trahisons

 


La peur des désertions et des trahisons est grande au sein du régime, ce qui pourrait pousser Nkurunziza et ses hommes à commettre des erreurs fatales.

 

La rhétorique du HutuPower en tant que rempart contre la tyrannie tutsie s'est éteinte depuis longtemps, malgré les efforts du régime qui fait tout pour proposer cette lecture idéologique de la situation politique actuelle dans le pays.

 

Le régime est conscient que la majorité des participants aux manifestations populaires de 2015 étaient des Hutus. La tentative de coup d'État manqué de mai 2015 a été conçue en grande partie par des généraux Hutu dont Godefroid Niyombare. Des appels au génocide (Kora Kora - par Reverien Ndikuriyo en novembre 2015), lancés par le régime en pleine crise, n'ont été acceptés ni par la population urbaine Hutu ni par la population rurale semi-alphabète et donc plus facile à faire l'objet de manipulations idéologiques.

 

Le fossé entre les masses hutu et le régime de Nkurunziza a atteint le point de non-retour au cours de cette crise politique née en 2015, qui s'est presque immédiatement transformée en une crise économique. Le régime, isolé sur le plan international, malgré les alliances avec la Russie, la Chine, l’Égypte, la Tanzanie et l’Ouganda, ne dispose que des fonds nécessaires pour juste survivre. Il a littéralement sacrifié les masses populaires que le CNDD-FDD prétendait représenter et pour lesquelles il s'était battu pendant 10 ans contre les régimes "dictatoriaux tutsis" afin de garantir la démocratie et le progrès.

 

Pour les masses rurales hutu, ces 4 dernières années ont été un véritable cauchemar. Les habitants des campagnes ont été réduits à ne manger qu'une fois par jour.Le CNDD-FDD est secoué par des courants internes dont les représentants sont entrain de se mesurer les uns aux autres avant de lancer une attaque décisive pour la conquête du pouvoir.

 

Un système en pleine crise d’identité et de crédibilité

 

Le parti est plongé dans une crise d'identité et de crédibilité bien plus sérieuse que celle à laquelle le Congrès national africain est confronté en Afrique du Sud. La majorité de ses électeurs et de ses partisans sont aigris par l'incapacité démontrée par le CNDD-FDD, au cours des 14 années de pouvoir, d'instaurer une véritable justice sociale dans un pays déchiré par de graves divisions éthiques et régionales.

 

La base du CNDD-FDD est dégoûtée par les cadres du parti, souvent incompétents et médiocres, souvent choisis et imposés par la direction, selon des critères mesquins d'obéissance aveugle. Les sympathisants sont fatigués de devoir supporter le lourd fardeau financier de dizaines de contributions au parti qui compromettent le salaire mensuel déjà maigre. La population en général n'est plus disposée à soutenir les dirigeants politiques et administratifs violents qui sont déterminés à rester en place pour toujours,à l'image de leur dirigeant Nkurunziza.

 

A tout cela s'ajoutent les jeunes du parti, les Imbonerakure ("ceux qui voient loin") qui se sont transformés en milices paramilitaires et en contre-pouvoirs aux mains des terroristes rwandais des FDLR. Ces jeunes, acquis à l'idéologie du Hutu Power, ont tous les pouvoirs de décision sur la vie ou mort des masses populaires, et même des officiers de l'armée et de la police, ou les huissiers de justice, semant ainsi la terreur dans tous les souches de la société burundaise.

 

Les conflits au sein du parti au pouvoir, la baisse de popularité au sein des masses hutu et l'impossibilité d'imposer l'idéologie Hutu Power au Burundi, comme au Rwanda de Juvenal Habyarimana, réduisent considérablement les chances du CNDD-FDD d'une victoire crédible pour les prochaines élections administratives et présidentielles prévues entre mai et juillet 2020.

 

Face à ces réalités, le CNDD-FDD risque de cautionner de plus en plus de violence, ce qui risque de créer une violence généralisée, favorisée par une impunité qui devient de plus en plus le mode de gouvernance. Et si, des affrontements contre des forces rebelles entrent dans la danse, le pays risque de tomber dans une anarchie totale, menant à un génocide longtemps planifié par des éléments durs du hutu power en connivence avec les FDRL. 

 

 

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