Burundi: le dilemme de Nkurunziza et de ses anciens parrains occidentaux (2ème Partie)

15/11/2019

Auteur: FULVIO BELTRAMI-

Fulvio Beltrami est un journaliste indépendant et reporter sur l’Afrique de l'Est pour les journaux italiens L'Indro et ReteLuna. Il est basé à Kampala en Ouganda

 

 

Accéder directement ou indirectement à un quatrième mandat est vital pour Nkurunziza

 

Le même besoin vital de préserver le pouvoir pour protéger ses intérêts financiers multiples pousse le dictateur burundais à étudier la meilleure stratégie pour accéder directement ou indirectement à un quatrième mandat.

 

La situation actuelle est complètement différente de celle de 2015. Le pays est techniquement en faillite à cause des sanctions imposées par l'Union européenne et autres bailleurs. Les masses hutu (sa base politique) l'abandonnent, préférant se rallier à un autre dirigeant hutu devenu plus pragmatique et modéré (du moins dans ses discours), Agathon Rwasa.

 

L'isolement international et la dénonciation des atrocités du régime se sont multipliés. Une enquête pour crimes contre l'humanité a été ouverte devant la Cour pénale internationale. Sur le plan militaire, Nkurunziza fait face à des forces rebelles déjà établies au Burundi, avec une armée moralement détruite et dont les opérations sont quotidiennement handicapées par des éléments des forces négatives du FDRL et des Imbonerakure.

 

Nkurunziza est simultanément confrontée à une guerre non déclarée contre le Rwanda, qui se déroule au Congo voisin. Une guerre nécessaire pour engager la majeure partie des forces rebelles et de l'armée rwandaise hors des frontières nationales mais qui consomme les dernières ressources économiques disponibles.

 

Politiquement, la situation est loin d’être limpide aussi. Plusieurs courants sont nés au sein de son parti. Tous veulent avoir accès au pouvoir et, difficilement, le dictateur parvient à éviter (pour le moment) une guerre civile entre extrémistes hutus.

 

«Cette crise confronte les camarades d'hier de Nkurunziza qui se sont retournés contre lui. Un dilemme extrêmement délicat a été créé pour lui. Il a juré de ne pas se présenter aux élections de 2020, mais comment parviendra-t-il à préserver ses intérêts financiers multiples dans différentes sociétés du pays où il détient des actions dans l'industrie minière et dans d'autres sociétés du pays, ou comment va-t-il conserver les terres qu'il a acquises par des moyens plus que douteux? », déclare le journaliste burundais Innocent Muhozi, directeur de Radio-Télé Renaissance. 

 

Actuellement, il y a un gros problème pour Nkurunziza: comment protéger ses intérêts économiques à l'avenir s'il n'est plus Président de la République? D'où la tendance à vouloir imposer sa femme Denise Nkurunziza à la présidence du CNDD-FDD. Un plan entravé par ses propres camarades politiques et ses généraux. Le dictateur tente de surmonter cette opposition en remplaçant les opposants internes. Toutes les personnes clés de son régime qui s'opposent à ses projets risquent d'être éjectées de leurs positions.

 

Un analyste burundais notre que le soutient pour "Peter" s'amenuise progressivement: «Par qui Nkurunziza est-il maintenant soutenu, étant donné qu'il a perdu le soutien de la majorité de ses camarades? Il ne s'appuie maintenant que sur les Imbonerakure et ses alliés étrangers: les FDLR. Si vous regardez les personnes qui ont remplacé les chefs rebelles, ils sont connus pour leur loyauté inconditionnelle envers le chef»

 

Un pacte violé, une lutte qui s'annonce 


Pour maintenir le pouvoir, Nkurunziza a été contraint de violer le pacte secret conclu avec ses camarades soldats pendant la guerre civile: un pacte qui oblige tout les anciens combattants à ne pas choisir de candidats à la présidence qui n'ont pas participé à la guerre de guérilla FDD.

 

Seuls ceux qui ont combattu dans la forêt de 1992 à 2004 ont le droit de se porter candidat aux plus hautes fonctions de la République du Burundi. Ce pacte avait déjà été violé en 2010, lorsqu'il avait placé Pascal Nyabenda à la direction du CNDD-FDD.

 

Théoriquement, Nyabebenda a été choisi pour lui succéder. Un choix temporairement nécessaire pour acquérir le temps nécessaire pour imposer le véritable successeur: Denise Bucumi Nkurunziza.

 

Le groupe de généraux de l'armée et de la police, ex-FDD, constitue une véritable force dans la mesure où ils se considèrent comme les gardiens du pacte conclu au cours des années de guerre de guérilla où il a été établi que seuls ceux qui s'étaient battus pouvaient hériter des rênes du parti et de l'État.

 

7 mois avant l'élection présidentielle, le temps d'agir était joué par Nkurunziza. Pour neutraliser les hiérarchies rebelles, Nkurunziza s’appuie sur des loyalistes, Gervais Ndirakobuca (alias Ndakugarika), officier supérieur de la police, sur les Imbonerakure et les FDLR. Ndirakobuca a été placé à la tête des services secrets contrôlés et gérés directement par le président.

 

Il promeut également un groupe de jeunes officiers qui ont soif d'argent et de pouvoir et qui sont donc très actifs dans la répression de l'opposition. Parmi eux, Alfred Innocent Museremu, responsable des opérations de répression et Emmanuel Ndayikeza, originaire de Kayanza, chargé de la documentation intérieure.

 

Leurs promotions sont loin d’être le résultat de choix aléatoires. «Ces hommes de confiance du président constituent une véritable machine répressive à utiliser contre la population, mais également contre les anciens camarades de combat qui se rebellent contre son plan de maintenir le pouvoir», explique un journaliste burundais.

 

 

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