Burundi: l'agonie d'un régime face au chant du cygne

27/11/2019

Nkurunziza Pierre et sa femme Denise Bucumi lors d'une fête nationale 

 

Ce n'est qu'un secret de polichinelle que les désertions se multiplient au sein de l'armée. Et lors des attaques meurtrières, les "résistants" en profitent pour s'approvisionner en armes et munitions.

 

Nkurunziza a beau envoyer des émissaires en Tanzanie pour obtenir que les armes en provenance de Chine et de Russie ne soient pas bloquées au port de Dar-es-salaam, ses déboires viendraient plutôt de l'intérieur.


A force de trop manger et d'accumuler les richesses périssables, Nkurunziza et son cercle restreint de gangsters ne se sont même pas rendus compte qu'ils ont dépouillé l'armée de toute dignité!

En commune Mabayi, province Cibitoke: un bataillon a été récemment décimé par des combattants d'un mouvement rebelle. Au micro de la radio TV gouvernementale, un colonel de l'armée a accusé le Rwanda d'avoir agressé le Burundi.

 

On s'attendait à ce qu'il y ait un communiqué ou une note verbale du ministère des affaires étrangères pour prendre à témoin la multitude d'organisations régionales et internationales sur cette escalade de la tension entre les deux pays. Ce fut le silence. Car Bujumbura n'a aucune preuve de ce qui a été avancé sur la RTNB.

 

Maladresse sur maladresse

 

A côté de la bourde du communicateur de l'armée qui a parlé trop vite, le gouvernement est pris à son propre piège : il nie toujours l'existence des rebellions, maintient les journalistes du groupe Iwacu pour des accusations farfelues et vient d'instaurer l'état d'urgence dans la capitale. Est-ce la guerre?


Pour Pierre Nkurunziza, la guerre pour laquelle il appelle les Burundais sous le drapeau est celle contre la pauvreté. Hélas, le bruit des armes et les boucheries se multiplient.

Les journalistes du groupe Iwacu sont en prison pour s'être rendus à Bubanza dans l'unique but de récolter des informations auprès de la population et des forces de défense sur une attaque armée dont les nouvelles circulaient de bouche à oreille à Bujumbura et sur les réseaux sociaux.


Les juges aux ordres, avec la complicité flagrante de ce qui reste de l'organe de régulation des médias, ont été chargés d'infliger aux reporters des tortures d'une détention à durée illimitée. Pour que le sort des reporters serve de leçon à tout chasseur d'information qui oserait se rendre dans les théâtres des combats!


Alors que les militaires et les miliciens Imbonerakure tombent comme des mouches à chaque attaque des mouvements rebelles, Nkurunziza règle ses comptes à certains généraux qui seraient opposés à ses caprices d'imposer un dauphin et de vouloir reprendre le parti au pouvoir, à la Poutine.


Le patron du service de renseignement a été remercié. Le général Silas Ntigururwa, ancien commandant de l'AMISOM attend d'être fixé sur son sort. Et la liste est loin d'être exhaustive. La guerre de positionnement couve au sein du CNDD-FDD et Nkurunziza ne semble se préoccuper que d'amasser des lingots d'or. Il vient d'instruire le ministre de l'énergie de fermer tous les comptoirs de vente d'or pour garantir le monopole au guichet central de la banque centrale BRB.


Quand on sait que la BRB n'achète qu'en francs burundais, à un taux de filou et que les militaires déployés au sein de l'AMISOM accusent plus de dix mois d'impayés malgré les virements réguliers de l'Union Africaine, l'on s'imagine déjà ce qui attend les vendeurs d'or! Mafia a l'italienne.


Reste à savoir si les Russes qui exploitent les gisements de Cibitoke et Muyinga sont concernés par cette mesure. A moins que ça ne soit qu'une stratégie subtile de leur offrir l'or qui leur échappait à cause des comptoirs de vente qui formaient un marché parallèle à celui de l'enfant terrible de Mwumba.

 

Nkurunziza a plus que jamais besoin de ses parrains chinois et russes. Il lui faut beaucoup d'or, toutes les terres rares en plus du nickel de Musongati qu'il vend en catimini.

 

Les offrandes qui portent malheur

 

Les Burundais ont enfin pris conscience de la régression dangereuse que Nkurunziza organise depuis 2014: il a enterré l'accord d'Arusha; il a ressuscité le népotisme et l'affairisme au sommet de l'Etat; les discours de haine ethnique, le cynisme à outrance, la confiscation des corps des victimes et des seuils sont en l'honneur.


Et on adore les mânes du manitou en faisant semblant de prier le Dieu du patriarche juif Moïse. Et pourtant les offrandes sous forme de bétail, de vivres et d'argent prennent la direction du palais Ntare Rushatsi. Feu sacré ?

 

Le couvre-feu

 

A en croire la constitution imposée par Nkurunziza en 2018, les élections doivent avoir lieu l'année prochaine. Le successeur qui sortira de la cuisse du petit Jupiter du moment aura à occuper le fauteuil pendant 7 ans. Va-t-il gérer la continuité ou une énième transition ?

 

Le pays est en état de guerre civile. Même si Nkurunziza ne le reconnaît qu'à demi-mot lorsqu'il met en garde ainsi: " Nous avons fait la guerre et avons déposé les armes pour bâtir la démocratie. Celui qui nous poussera à refaire la guerre s'en mordra les doigts"!
Et le lendemain de cette mise en garde, un bataillon manque à l'appel.

 

Des cadavres se ramassent non loin de la frontière avec le Rwanda. D'autres sources font état d'attaques meurtrières à Musigati, Bujumbura rural et à Kayanza. Les rebelles ne revendiquent rien. Qui sont-ils? Mystere! Leurs exploits parlent et portent une signature.

 

Quid du moral des troupes gouvernementales?

 

Lors des causeries morales, le chef d'état major hésite entre haranguer les troupes et les supplier de ne pas déserter. Le danger vient aussi bien de l'intérieur de ses troupes que des ennemis qui se qualifient de résistants.


Et la résistance séduit d'autant plus que Nkurunziza a tué l'âme du militaire patriotique: sous Buyoya, il y avait les sans-échecs et les sans-défaite mais jamais ils ne se plaçaient au-dessus de l'armée ou de la police!


Depuis 2015, les ex-combattants du système DD et les miliciens Imbonerakure soufflent le chaud et le froid sur les mille et une collines du pays. Ils s'illustrent comme des tueurs à gages à la solde de Nkurunziza.


Dans leurs chants éhontés, ils se vantent de violer les femmes des opposants à leur idole (Tera inda abakeba...) ou de saccager leurs domiciles (tuzobasongako inzu ku nzu).


A titre de rappel, au stade de Makamba, les Imbonerakure ont un jour empêché un général de l'armée de partir avant le discours du président du sénat et homme qui met à prix les têtes des récalcitrants! Allez savoir combien de militaires et policiers ont été malmenés, battus voire abattus par les miliciens Imbonerakure. Causerie morale!

 

Les désertions comme un sauve-qui-peut dans une armée dépouillée de toute dignité

 

Ce n'est qu'un secret de polichinelle que les désertions se multiplient au sein de l'armée. Et lors des attaques meurtrières, les "résistants" en profitent pour s'approvisionner en armes et munitions. Nkurunziza a beau envoyer des émissaires en Tanzanie pour obtenir que les armes en provenance de Chine et de Russie ne soient pas bloquées au port de Dar-es-salaam, ses déboires viendraient plutôt de l'intérieur.


A force de trop manger et d'accumuler les richesses périssables, Nkurunziza et son cercle restreint de gangsters ne se sont même pas rendus compte qu'ils ont dépouillé l'armée de toute dignité!

Mais alors, qui meurt en Somalie?  Et à qui profitent les dollars que l'Union Africaine verse mensuellement sur le compte du ministère de la défense à la Banque centrale BRB ? Pourquoi des arriérés de l'ordre de six voire dix mois alors que certains généraux offrent des jeeps d'une valeur de cent mille dollars comme cadeau d'anniversaire à leur épouse?

 

Quand on aime, on ne compte pas, n'est-ce pas? Le pays, il demeure éternellement mais la femme, non! Surtout quand on a des fautes récurrentes à se faire pardonner.

 

La mafia sévit partout et n' a pas d'amis

 

Que dire des familles qui gagnaient leur ration quotidienne en exerçant tant bien que mal le métier de cambiste et qui croupissent depuis peu en prison pour des infractions montées de toutes pièces comme pour les journalistes du groupe Iwacu? D'aucuns étaient hier des chouchous du système DD. Ils regrettent comme dans une fable du mouton qui a rendu service à l’hyène! Les fauves sont ingrats.

 

Le chant du cygne

 

Le couvre-feu est là. Mais pour quel effet? Et si le compte à rebours qui a commencé pour le pouvoir de Nkurunziza débouchait sur des effets que tout le peuple appelle de tous ses vœux?


De toute façon, le slogan "sans effets" tant chéri par les caciques du régime a déjà sombré dans les profondeurs du lac Tanganyika. Les démons de Nkurunziza vont suivre comme les porcs des Évangiles lorsque le Christ a libéré un fils d'Abraham!


Le couvre-feu est un chant de cygne. Et s'il fallait sauver aussi le soldat Nkurunziza de ses folies!

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