Alain Guillaume Bunyoni en taule : échec et mat pour le dinosaure d'hier

Du maquillage judiciaire sous pression, a-t-on envie de dire. Comme quoi au Burundi, dans le feu de l'obsession de la vengeance politique, l'intelligence et la subtilité s'effacent. Les observateurs avisés ne retiendront que l'atteinte à la sureté intérieure de l'Etat sur la liste des chefs d'accusation contre tout puissant général.Les autres accusations auraient été ajoutées pour "embellir" son dossier. Car, disons-le, qui du système CNDD-FDD ne livre pas à la prise illégale d'intérêt?

Par
Burundi Daily
on
22.5.2023
Categorie:
Politique

C'est officiel, le général Alain Guillaume Bunyoni, ancien premier ministre, est locataire de la prison de Ngozi, au nord du Burundi.

Une histoire qui se répète au sein du parti de l'aigle: Un autre ancien homme fort, Hussein Radjabu avait été, à la surprise générale au pays, emprisonné par son ancien protégé, feu président Nkurunziza.

Le dinosaure en chute libre pour le moment, Alain Guillaume Bunyoni, a intégré la cellule de l'infamie trois semaines après sa spectaculaire arrestation, précédée d'une fouille/perquisition de ses villas de Bujumbura et de Rutana. Une humiliation incroyable pour un homme qui était considéré intouchable.

Aux premières heures de ce geste osé et ordonné par son ancien compagnon de maquis, le général Evariste Ndayishimiye, investi chef de l'Etat dès le 18 juin 2020, le général Alain Guillaume Bunyoni s'était fait signifier trois chefs d'accusation : atteinte à la sureté intérieure de l'Etat, atteinte au bon fonctionnement de l'économie nationale et prise illégale d'intérêt.

Sa situation va s'empirer plus tard, car, ses pourfendeurs en ont rajouté une couche supplémentaire avec deux autres chefs d'accusations accablants à eux seuls : détention illégale d'armes et outrage envers le chef de l'Etat.

C'est en tout cas ce qui apparaît sur un papier rempli et publié lundi le 8 mai 2023 à la hâte par la Cour suprême avec une discordance de dates qui suffit à elle seule pour justifier l'incohérence de l'appareil judiciaire burundais tenu en bride par le régime CNDD-FDD (exécutif) comme ne cessent de clamer les défenseurs des droits humains et autres témoins du monde libre.

En effet, la fumeuse décision de la Chambre des conseils qui va clouer au pilori le général Alain Guillaume Bunyoni présente un en-tête qui date du 8 mai 2023.

En bas de la page, on remarque qu'elle a été signée le 5 mai 2023 par le greffier de la cour suprême Léonidas Barumpishe et le président de la cour Emmanuel Gateretse.

Pour les habitués des actes administratifs et judiciaires standardisés, ce papier qui, sous d'autres cieux, ferait les choux gras de la presse indépendante est riche de signification et de symbole. Il traduit un véritable bégaiement judiciaire, reflet du bégaiement de l'Etat burundais dans toutes ses dimensions.

Du maquillage judiciaire sous pression, a-t-on envie de dire. Comme quoi au Burundi, dans le feu de l'obsession de la vengeance politique, l'intelligence et la subtilité s'effacent. Les observateurs avisés ne retiendront que l'atteinte à la sureté intérieure de l'Etat sur la liste des chefs d'accusation contre tout puissant général.

Les autres accusations auraient été ajoutées pour "embellir" son dossier. Car, disons-le, qui du système CNDD-FDD ne se livre pas à la prise illégale d'intérêt? En réalité, le général-frimeur serait accusé d'avoir voulu renverser par coup d'Etat l'actuel président Evariste Ndayishimiye. Pire encore, le général Bunyoni, sûr de sa force au sein du système n'aurait pas caché ses ambitions de vouloir remplacer son ancien camarade du maquis.

Autre point d'attention: même en détention, le général Alain Guillaume Bunyoni continue à effrayer le camp Ndayishimiye. Et pour preuve. Selon des sources auprès de la prison de Ngozi, l'ex homme fort du régime CNDD-FDD  occupe, à lui tout seul, une aile de la prison de Ngozi qui abritait 93 détenus avant son arrivée.

Tags:
Pas de Tags