La disparition d'Arusha, destinée à chasser les Tutsis, n'est pas le fruit du hasard ou d'un plan raté. C'est une stratégie bien pensée. Le contexte institutionnel achève la démonstration. Depuis 2023, le Sénat burundais a ouvert une « évaluation » des quotas ethniques, présentée comme une réflexion sur leur éventuelle suppression — au motif que la réconciliation serait acquise. La séquence est lisible : on laisse d'abord les quotas dépérir dans la pratique, on documente ensuite leur « inutilité », on propose enfin de les abroger en droit.
Selon les témoignages recueillis auprès d'agents internes au service de renseignement, de jeunes affiliés aux Imbonerakure seraient chargés d'identifier des jeunes femmes dans différents quartiers de Bujumbura et dans d'autres localités du pays. Ces femmes seraient ensuite enlevées, en dehors de tout cadre légal, et conduites, à bord de véhicules aux vitres teintées, vers des locaux de la DDI situés à proximité de la cathédrale Regina Mundi à Bujumbura — un site dont la réputation dépasse largement ce seul dossier : un long reportage de Jeune Afrique publié en 2016.
Trop petit, trop pauvre, trop désorganisé et désormais lié par une alliance militaire au seul pays qui envisage de claquer la porte, le Burundi est entré dans l'EAC sans préparation, a ignoré les alertes de sa propre société civile, s'est auto-blessé en 2015 avec une crise constitutionnelle dont il ne s'est pas encore remis, et a construit — en lieu et place d'une stratégie d'intégration économique — une alliance militaire avec le seul pays encore moins performant que lui au sein du bloc. Une autopsie de dix-neuf ans de rendez-vous manqués.