Qui veut sa peau?: d’Olivier Suguru toujours dans l'œil d'un cyclone programmé de lynchage médiatique, estampillé DD
Un autre aspect, plus délicat mais impossible à ignorer dans le contexte burundais, concerne la dimension identitaire.Dans certaines sphères politiques ou médiatiques, la présence d’un acteur issu de la communauté tutsie au sein de structures dominées historiquement par d’autres équilibres peut susciter des tensions silencieuses.Sans être explicitement formulée dans l’article, cette réalité semble planer en arrière-plan de nombreuses critiques.
Quand la critique politique glisse vers l’acharnement médiatique
L’article intitulé « Quand on présente un consultant à soi-même : Olivier Suguru ou l’art de la mise en scène médiatique », récemment publié par un journal en ligne connu pour sa virulence ethnique, se présente au premier abord comme une critique politique classique. Pourtant, à la lecture attentive du texte et à la lumière des nombreuses publications du même média visant la même personne, il apparaît davantage comme un nouvel épisode d’une campagne d’acharnement ciblée contre un individu précis : l’Honorable Olivier Suguru.
Loin d’être une analyse politique équilibrée, l’article s’apparente à une charge rhétorique sophistiquée destinée à construire une perception négative d’un acteur politique devenu manifestement encombrant pour certains cercles d’influence.
Une critique littéraire pour masquer un réquisitoire politique
L’un des traits les plus frappants de l’article est son style. L’auteur multiplie les métaphores et références érudites, comparant Suguru à Janus, le dieu romain aux deux visages, ou encore à une « araignée d’Ésope » tissant une toile complexe de pouvoir.
Ce recours à une rhétorique pseudo-savante n’est pas anodin. Il sert essentiellement à donner une apparence intellectuelle à un texte dont la substance reste étonnamment pauvre en faits vérifiables.
En effet, l’article accumule les qualificatifs comme « décideur tentaculaire », « homme polymorphe », « tisserand du pouvoir » sans jamais démontrer concrètement l’existence d’irrégularités ou d’actes illégaux.
La critique repose ainsi davantage sur une construction narrative que sur une démonstration factuelle.
Le cumul des fonctions : une critique sélective
Il serait malhonnête d’affirmer que la question du cumul de fonctions et d’influence ne mérite pas débat au Burundi. Dans de nombreux systèmes politiques, la concentration de responsabilités publiques et économiques dans les mains d’un même individu soulève légitimement des interrogations.
Cependant, ce que l’article évite soigneusement de mentionner, c’est que le cumul de fonctions constitue aujourd’hui une pratique largement répandue dans la gouvernance burundaise.
Dans ce contexte, la focalisation quasi obsessionnelle sur un seul acteur politique pose question.
En effet, combien de ministres exercent parallèlement des activités commerciales ou entrepreneuriales en contradiction manifeste avec les règles d’incompatibilité des fonctions étatiques ? La frontière entre gestion publique et intérêts privés est devenue, dans bien des cas, particulièrement poreuse.
De la même manière, plusieurs hauts gradés de l’armée se sont progressivement mués en acteurs économiques majeurs, souvent à la tête d’activités commerciales d’envergure. L’exemple le plus emblématique reste celui du Général Prime Niyongabo, ancien Chef d’État-major de la Force de Défense Nationale, dont l’influence dépasse largement le seul domaine militaire. Si le journal examinait de près les monopoles opérant dans le domaine de la commercialisation des produits pharmaceutiques, la réalité serait stupéfiante pour eux.
Le journal sait-il par exemple qui est responsable du projet national « Ewe Burundi Urambaye », vaste initiative de reboisement mobilisant l’appareil de l’État et des ressources considérables? Le chef d'état-major de l'armée est responsable de ce projet. Mais possède-t-il une quelconque expertise en agroforesterie, en agronomie ? Une telle implication dans des projets à forte dimension économique et organisationnelle pourrait, à juste titre, soulever des interrogations sur les frontières entre responsabilités militaires, gestion publique et influence économique.
Or, il est légitime de se demander si le média qui s’acharne aujourd’hui contre Olivier Suguru a déjà consacré des analyses aussi minutieuses à ces autres figures puissantes du système.
A-t-il passé au crible les activités économiques de certains ministres ?
A-t-il examiné avec la même ferveur les initiatives et les réseaux d’influence de certains hauts gradés de l’armée ?
Rien ne permet de l’affirmer.
Cette asymétrie dans le traitement médiatique nourrit dès lors une impression troublante : le problème ne serait pas tant le cumul de fonctions lui-même que l’identité de la personne qui les exerce.
Une campagne éditoriale qui dépasse la simple critique
L’article récemment publié par ce médium ne constitue pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, le même média semble multiplier les publications visant directement Olivier Suguru.
Cette répétition suggère l’existence d’une ligne éditoriale ciblée où un individu devient progressivement le symbole de tous les dysfonctionnements supposés du système.
Or, dans les médias d’opinion, cette stratégie n’est pas rare : il s’agit de personnaliser un problème structurel pour mobiliser l’indignation publique contre Honorable Suguru.
La question que l’article ne pose jamais
Le texte laisse entendre que Suguru incarnerait une concentration excessive de pouvoir politique et économique.
Mais une interrogation fondamentale reste absente : qui a permis cette accumulation de responsabilités ?
Dans un système politique structuré autour d’un parti dominant, l’ascension d’un responsable ne peut s’expliquer uniquement par sa propre ambition. Elle suppose nécessairement l’aval, voire le soutien, de réseaux internes.
Autrement dit, si un problème de gouvernance existe, il relève d’un système collectif et non d’un seul individu.
Le non-dit ethnique
Un autre aspect, plus délicat mais impossible à ignorer dans le contexte burundais, concerne la dimension identitaire.
Dans certaines sphères politiques ou médiatiques, la présence d’un acteur issu de la communauté tutsie au sein de structures dominées historiquement par d’autres équilibres peut susciter des tensions silencieuses.
Sans être explicitement formulée dans l’article, cette réalité semble planer en arrière-plan de nombreuses critiques.
Lorsque l’argumentation se réduit à l’idée qu’un homme est « partout », « trop présent », « trop influent », il est légitime de se demander si la véritable question n’est pas moins ce qu’il fait que ce qu’il représente.
Entre rivalités internes et règlements de comptes
Les campagnes médiatiques ciblées apparaissent rarement par hasard. Dans les systèmes politiques où les luttes d’influence sont fortes, elles servent souvent d’outil pour affaiblir un rival, préparer son éviction ou signaler aux centres de décision qu’un individu est devenu indésirable.
Dans cette perspective, l’article contre Suguru pourrait être interprété comme un message adressé aux décideurs plutôt qu’une véritable enquête journalistique.
Conclusion : critique légitime ou lynchage médiatique ?
La critique du pouvoir, y compris celle du cumul de fonctions, est non seulement légitime mais nécessaire dans toute société démocratique.
Cependant, lorsque la critique se transforme en obsession éditoriale ciblant une seule personne, elle perd progressivement sa crédibilité.
Dans le cas d’Olivier Suguru, la question n’est peut-être plus de savoir si certaines de ses fonctions méritent débat — c’est probablement le cas — mais plutôt pourquoi une partie de l’espace médiatique semble déterminée à faire de lui l’unique incarnation des dérives du système.
À force de tirer à boulets rouges sur un seul homme, certains médias finissent par révéler davantage leurs propres motivations que les prétendues fautes de leur cible.
La question reste donc entière : Qui veut réellement la peau d’Olivier Suguru — et pour quelles raisons ?
