Retrait américain, vide international : comment Trump ouvre la voie à la répression - le cas du Burundi
L’ordre mondial, tel que nous l’avons connu depuis la Seconde Guerre mondiale, est en train de se fissurer. La dernière édition du rapport de la Conférence de sécurité de Munich le confirme : les institutions internationales s’affaiblissent, les normes universelles se diluent, et les puissances unilatérales imposent leur volonté au détriment de la coopération globale. Cette dérive n’est pas le fruit du hasard. Au cœur de cette dynamique se trouve Donald Trump, mais derrière lui, des figures idéologiques ont façonné sa vision du monde et les choix politiques qui en découlent.
Stephen Miller et Steve Bannon, architectes du nationalisme ethnique et du populisme radical américain, ont largement influencé la politique étrangère de Trump. Miller, théoricien de la restriction maximale de l’immigration et de la priorité absolue aux intérêts nationaux, et Bannon, stratège qui voit le monde à travers le prisme de la confrontation des civilisations, ont favorisé une approche isolationniste et cynique de la diplomatie. Leur influence a encouragé le président à réduire drastiquement les financements aux organisations internationales, à affaiblir le rôle des agences multilatérales et à diminuer l’aide étrangère, notamment vers l’Afrique. Chaque décision était animée par l’idée que les engagements internationaux étaient un fardeau pour les États-Unis et que la protection des populations vulnérables pouvait être sacrifiée au nom des intérêts stratégiques ou idéologiques.
Le Burundi, petit pays d’Afrique de l’Est, illustre de manière tragique les conséquences de cette approche. Depuis des décennies, le pays est marqué par la répression politique, la corruption endémique et la pauvreté. Les élections y sont souvent manipulées, la dissidence est réprimée, et les institutions civiles sont faibles ou inexistantes. La société civile dépendait jusqu’alors de l’aide internationale et du soutien de mécanismes multilatéraux pour résister, dans une certaine mesure, à l’autoritarisme. Mais sous Trump, la réduction de l’aide américaine et le désengagement vis-à-vis des organisations internationales risque de créer un vide dangereux, qui certainement va laisser le gouvernement agir sans contrainte.
Ce vide n’est pas peut rester inoccupé, car la nature a horreur du vide, dit-on. La Chine, avec sa diplomatie économique agressive et ses investissements massifs en infrastructures, deviendra sans doute un partenaire incontournable pour les régimes dictatoriaux comme celui du Burundi. Ses prêts et financements, souvent accordés sans conditions liées aux droits humains ou à la transparence, offrent aux gouvernements predateurs un soutien stratégique pour consolider son pouvoir. La Russie, à un moindre degré mais de manière ciblée, apporte un appui militaire et sécuritaire qui permet aux régimes de renforcer le contrôle interne et de museler toute opposition. Ces alliances, loin d’apporter un quelconque équilibre, exacerbent la corruption, l’impunité et la répression.
Les conséquences sur les populations sont immédiates et dramatiques. Les écoles manquent de ressources, les hôpitaux fonctionnent au ralenti, et les programmes humanitaires peinent à atteindre ceux qui en ont le plus besoin. Les arrestations arbitraires, la surveillance étroite des citoyens et les violences impunies deviennent des réalités quotidiennes. Dans ce contexte, le retrait américain, inspiré par une idéologie ethno-nationaliste, a un prix humain concret et tangible.
Ce modèle a des implications globales. La combinaison d’un leadership américain désengagé, de la fragilisation des institutions multilatérales et de l’expansionnisme opportuniste de puissances comme la Chine ou la Russie permet aux régimes autoritaires du monde entier de renforcer leur emprise. La diplomatie devient un jeu de transactions, où les populations civiles sont réduites au silence et où les abus se multiplient sans crainte de sanction internationale.
Il est crucial de rappeler que le retrait américain n’est pas simplement une question de politique étrangère ou de calcul stratégique : il est directement lié à la survie et au bien-être de millions de personnes. L’influence de Miller et Bannon a montré comment l’idéologie peut façonner des décisions qui dépassent les frontières nationales et affectent profondément la vie des populations les plus vulnérables.
Le Burundi n’est pas une anomalie. Il est un cas d'ecole. Dans un monde où la priorité des États est de maximiser leur influence, où les idéologies nationalistes façonnent les politiques, et où le pouvoir prime sur la justice, les populations vulnérables restent seules, exposées à la brutalité des régimes et à l’indifférence de la communauté internationale. Le monde peut encore agir pour protéger ces citoyens, mais le temps presse, et tant que Trump est au pouvoir, aucun changement n'est envisageable. Entretemps, l'ère de l'expansion des dictatures va progresser ans entrave.
Cependant, ce vide mondial pourrait bien marquer le début de difficultés pour les dictatures, car les révolutionnaires pourraient aisément exploiter ce vide pour repousser les prédateurs du pouvoir et émanciper les peuples.
