Une lutte pour le contrôle du pouvoir à la tête du régime CNDD-FDD: Evariste Ndayishimiye veut tout contrôler

Cette concentration du pouvoir sous la présidence au détriment du bureau du premier ministre expose la lutte interne pour le contrôle du pouvoir qui existe depuis longtemps au sein du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Visiblement, le président Evariste Ndayishimiye ne fait pas confiance à son Premier ministre pour s'occuper de manière responsable des départements en charge de l'économie ou des entreprises d'État qui opèrent dans les sphères stratégiques du pays et susceptibles de générer le plus de revenus.

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Burundi Daily
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15.10.2020
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Politique

Le Burundi a une nouvelle constitution. La constitution de 2018 qui a remplacé la constitution de 2005 inspirée par les accords d'Arusha, a instauré une nouvelle structure pour la branche exécutive.

Un poste de Premier ministre en remplacement des 2 anciens postes de vice-présidents a été créé. Désormais, le chef du gouvernement, celui qui est censé diriger l'ordre du jour du gouvernement et superviser quotidiennement tous les autres départements de l'État est le Premier ministre.

À ce poste très stratégique et puissant, a été nommé le général Allain Guillaume Bunyoni, qui était, sous le régime de feu Pierre Nkurunziza, considéré comme le deuxième homme le plus puissant du régime. Dans une démarche perçue comme lui garantissant le même niveau d'influence et de stature qu'auparavant, la nomination du général Bunyoni, l'officier le plus gradé de l'histoire du pays, n'a pas été une surprise.

Un peu plus de 100 jours depuis la prestation de serment du général Evariste Ndayishimiye, le véritable faux héritier de Pierre Nkurunziza ( qui avait préféré Pascal Nyabenda comme successeur), les signes d'une lutte à la tête de l'Etat se multiplient. Le nouveau président a pris une série de mesures qui, ensemble, ont pour effet de dépouiller le bureau du Premier ministre de ses fonctions. En effet, le président a stratégiquement greffé tous les départements importants et stratégiques de l'État au bureau du président, et donc sous son contrôle direct.

Un de ses récents décrets portant sur « la réorganisation des services de la présidence de la République » illustre à suffisance ce renforcement stratégique de la présidence en un super bureau global qui contrôle tous les départements qui en valent la peine. En effet, par ce décret, le Général Evariste Ndayishimiye a ramené dans sa gibecière la Banque de la République, BRB, en tant qu'une administration spécialisée. Plusieurs autres points névralgiques de l'économie nationale ont aussi ete ramenés dans son giron.

Au total huit administrations spécialisées lui reviennent désormais. Il s'agit des entités suivantes : La Banque de la République, le Service national des renseignements (SNR), le Secrétariat permanent du Conseil national de sécurité, le Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la justice, l'Inspection générale de l'Etat, l'Agence de promotion des investissements, API, l'Agence de régulation et de contrôle des télécommunications, ARCT, ainsi que le Burundi Backbone System, BBS.

Si le SNR,  le Conseil national de sécurité et le Conseil supérieur de la magistrature sont rapprochés à la présidence pour des raisons bien évidentes dans une dictature (pression et répression contre les insoumis), tous les autres départements sont mis sous le contrôle direct de la présidence pour un contrôle étroit visant à concentrer tous les pouvoirs dans les mains du président.

Cette concentration du pouvoir sous la présidence au détriment du bureau du premier ministre expose la lutte interne pour le contrôle du pouvoir qui existe depuis longtemps au sein du parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Visiblement, le président Evariste Ndayishimiye ne fait pas confiance à son Premier ministre pour s'occuper de manière responsable des départements en charge de l'économie ou des entreprises d'État qui opèrent dans les sphères stratégiques du pays et susceptibles de générer le plus de revenus.

L'argent est le nerf de la guerre dit-on. Le contrôle du pouvoir au sein du parti de l'aigle n'est pas une exception, elle passe par le contrôle de l'argent. Le contrôle de la banque centrale qui a le monopole de l'impression de la monnaie et de la régulation de la circulation des devises étrangères, et qui contrôle désormais la vente de l'or et des autres minéraux, est le contrôle ultime du pouvoir. C'est encore plus vrai dans un pays très pauvre comme le Burundi.

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