Présidentielle de 2027 : la rivalité Ndayishimiye–Ndikuriyo éclate au grand jour

Le 14 janvier 2026, à l’occasion du lancement officiel d’un livre qui lui est consacré, intitulé « Une Nation en Marche. 60 ans de pièges déjoués. Ndayishimiye et le nouveau chapitre du Burundi », le président a abordé le sujet de manière inattendue. Devant un parterre de militants et de dignitaires, il a réagi avec une pointe d’ironie à la rumeur persistante de sa candidature.« Certains se demandent si je serai candidat en 2027. Mais êtes-vous sûrs que je serai encore là ? Suis-je immortel ? », a-t-il lancé depuis le Club du Lac Tanganyika.

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15.1.2026
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Politique

À mesure que le Burundi se rapproche de l’échéance présidentielle de 2027, les tensions internes au sein du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, deviennent de plus en plus visibles. Derrière une façade d’unité affichée, une lutte d’influence oppose déjà les deux principales figures du régime : le président de la République, Évariste Ndayishimiye, et le secrétaire général du parti-État, Révérien Ndikuriyo.

Alors que le premier septennat de Ndayishimiye tire à sa fin, marqué selon de nombreux observateurs par une gouvernance chaotique, la question de sa candidature pour un second mandat alimente toutes les conversations. D’aucuns s’interrogent : le chef de l’État va-t-il rempiler en 2027 ou sera-t-il écarté par ses propres camarades ?

Le 14 janvier 2026, à l’occasion du lancement officiel d’un livre qui lui est consacré, intitulé « Une Nation en Marche. 60 ans de pièges déjoués. Ndayishimiye et le nouveau chapitre du Burundi », le président a abordé le sujet de manière inattendue. Devant un parterre de militants et de dignitaires, il a réagi avec une pointe d’ironie à la rumeur persistante de sa candidature.

« Certains se demandent si je serai candidat en 2027. Mais êtes-vous sûrs que je serai encore là ? Suis-je immortel ? », a-t-il lancé depuis le Club du Lac Tanganyika.

Cette déclaration, aussi énigmatique que prémonitoire, n’a pas manqué de surprendre. Plutôt que de lever clairement le doute sur ses intentions, le chef de l’État a préféré entretenir le flou. Pour beaucoup, il s’agit d’un aveu implicite de son désir de se maintenir au pouvoir, tout en reconnaissant l’existence d’une forte opposition interne.

Ndayishimiye a d’ailleurs dénoncé ouvertement ceux qui, au sein même du système, espèrent son échec pour mieux se positionner : « Certains refusent de me conseiller, se disant que si j’échoue, ce sera leur tour. Or, quand j’échoue, c’est tout le pays qui échoue. »

Ces propos visent à peine voilée son principal rival : Révérien Ndikuriyo. Le secrétaire général du CNDD-FDD, réputé pour son influence et son tempérament radical, semble déjà en ordre de bataille. La rivalité entre les deux hommes n’est plus un secret.

La veille de cette cérémonie, Ndikuriyo faisait défiler dans son fief de Makamba près de 1500 jeunes Imbonerakure fraîchement habillés en tenues militaires, une démonstration de force symbolique à laquelle le président et ses ministres ont ostensiblement brillé par leur absence. Un message clair : le SG du parti entend peser de tout son poids dans la course à la présidentielle.

Le livre lancé par Ndayishimiye, coécrit par plusieurs figures proches du régime dont Benjamin Ndagijimana, Janvière Ndirahisha et Alain Ndikumana, apparaît ainsi comme bien plus qu’un simple ouvrage. Il ressemble à un véritable outil de propagande, destiné à glorifier son bilan et à préparer le terrain pour un nouveau mandat. Sous couvert d’analyse des « défis surmontés » et de promotion de la « Vision Burundi 2040-2060 », le document sonne comme un programme politique déguisé.

Mais cette mise en scène n’a pas échappé à son rival. Révérien Ndikuriyo, défenseur intransigeant de la ligne dure du parti, observe attentivement les manœuvres présidentielles. Pour lui, la bataille de 2027 ne fait que commencer. Chacun affûte déjà ses armes, mobilise ses réseaux et prépare ses troupes.

Ainsi, derrière le discours officiel d’unité, le CNDD-FDD est traversé par une guerre feutrée pour le contrôle du pouvoir. Entre un président qui cherche à s’accrocher à son trône et un secrétaire général décidé à le détrôner, l’affrontement s’annonce inévitable.

À deux ans de l’échéance, une chose est désormais certaine : la présidentielle de 2027 ne sera pas seulement un duel politique entre partis, mais d’abord une bataille interne au cœur même du système au pouvoir.

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