Clément Nkurunziza est innocent!: Le message prémonitoire du Ministre Firmin Sinzoyiheba (alias Kagajo)

Cette période d’affrontements entre jeunes de quartiers et entre étudiants ensuite sur les campus universitaires comporte encore beaucoup de zones d’ombre. Celles-ci auraient mérité une enquête judiciaire professionnelle et approfondie. La justice burundaise aurait abouti rapidement à la conclusion évidente que Clément Nkurunziza ne peut pas, meme s'il était coupable, seul, porter la Croix de l’histoire tragique du Burundi. La justice burundaise l’a condamné par dogmatisme et non à la lumière d’une démonstration rigoureuse par les faits. Son jugement et sa condamnation ne sont pas crédibles car ils n’ont pas prouvé sa culpabilité supposée. Un non-lieu aurait dû être prononcé par des juges équitables.

Par
Athanase KARAYENGA
on
6.10.2020
Categorie:
Justice
Chronique d'Athanase Karayenga

Une déclaration historique du ministre de la défense de l’époque, Firmin Sinzoyiheba, alias Kagajo, s’adressait aux jeunes tutsi qui avaient chassé des jeunes hutu du campus de l’université. Elle a fait sensation à l’époque.  Le ministre prédisait, en effet, que les étudiants hutu chassés des bancs de l’université reviendraient comme maîtres du pays. Ces paroles prophétiques constituaient un désaveu des groupes de jeunes tutsi et hutu qui s’affrontaient, d’une part, mais aussi un aveu d’impuissance. Car les forces de l’ordre, armée et gendarmerie  ne contrôlaient pas ces divers groupes. Sinon,l’armée à défaut de la gendarmerie, aurait dû mettre fin au chaos. La gendarmerie, en particulier, qui jouait le rôle de la police à cette époque, semble visiblement avoir été dépassée par les événements.  

Même si, selon plusieurs sources, elle aurait tout de même essayé de contenir les groupes des « Sans Echec » et de calmer le jeu. La défaillance des forces de l’ordre n’est compréhensible que s’il y avait une autorité supérieure aux forces de l’ordre et certains chefs de partis politiques qui auraient essayé de récupérer ces groupes de jeunes de quartiers en soufflant sur les braises et en leur fournissant un appui financier et politique comme cela a été indiqué plus haut.  

Colonel Firmin Sinzoyiheba, ministre burundais de la défense (1994-1997)

A la réflexion et en écho aux propos du Ministre Firmin Sinzoyiheba, plusieurs questions surgissent à l’esprit.  Quels étaient les rapports de force entre le Chef de l’Etat de l’époque, le gouvernement, la gendarmerie, les forces armées, les partis politiques, les groupes de jeunes dont les GEDEBU et les « Sans Echec »? Pourquoi tous ces acteurs ont-ils été dépassés par la violence entre jeunes de quartiers et entre étudiants sur les campus de l’université. Faiblesse ou complaisance ?

Cette période d’affrontements entre jeunes de quartiers et entre étudiants ensuite sur les campus universitaires comporte encore beaucoup de zones d’ombre. Celles-ci auraient mérité une enquête judiciaire professionnelle et approfondie. La justice burundaise aurait abouti rapidement à la conclusion évidente que Clément Nkurunziza ne peut pas, meme s'il était coupable, seul, porter la Croix de l’histoire tragique du Burundi.  La justice burundaise l’a condamné par dogmatisme et non à la lumière d’une démonstration rigoureuse par les faits. Son jugement et sa condamnation ne sont pas crédibles car ils n’ont pas prouvé sa culpabilité supposée. Un non-lieu aurait dû être prononcé par des juges équitables.

En tout état de cause, pourquoi Clément Nkurunziza porterait-il, seul, le chapeau et paierait-il, seul,le prix des violences et des crimes commis sur les campus universitaires en Juin 1995? Alors que les nombreux responsables dans les institutions du pays, au gouvernement, dans l’administration publique, dans les ministères concernés,dans les forces de l’ordre, dans les partis politiques et au rectorat de l’université étaient aux premières loges et étaient responsables de l’ordre et de la sécurité publiques. Or, aucune de ces personnalités n’a jamais été interrogée par la Justice afin d’éclairer les juges sur les véritables responsables de ce fiasco et de ces pogroms entre étudiants.

 

En revanche, à ce stade, l’investigation des faits n’a pas encore permis d’identifier avec certitude tous les membres de la direction des GEDEBU et  des « Sans Echecs ». Ils auraient pu donner aussi, selon leur point de vue, une version crédible des faits historiques qui entourent les meurtres d’étudiants en Juin 1995 et ultérieurement. Il faudrait impérativement continuer l’enquête, explorer la complexité de cette histoire tragique et identifier les véritables présumés coupables des meurtres d’étudiants Hutu et Tutsi sur les Campus de l’Universitédu Burundi en Juin 1995 et au Campus Kiriri. Tout en respectant, évidemment, la présomption d'innocence de personnes vivantes impliquées dans ce drame national.

En définitive, pourquoi Clément Nkurunziza est-il donc le bouc émissaire ?

Pourtant, Gaspard Habarugira aurait été le président de l’Association des etudiants de Rumuri (ASSER) en Juin 1995. Cependant, faut-il le rappeler, les affrontements et les meurtres se jouaient à un autre niveau et dépassaient le cadre de cette association d’étudiants universitaires. Ce qui est certain, c’est que même les partis politiques de l’époque ont mis beaucoup de temps avant de comprendre l’engrenage de la violence entre les groupes des jeunes de quartiers, lesquels ont dégénéré en assassinats d’étudiants hutu et tutsi sur les campus universitaires.

Mais alors, question récurrente, pourquoi Clément Nkurunziza, qui n’était plus président de l’ASSER lors des meurtres du 11 au 12 Juin 1995, pourquoi est-il le bouc émissaire des rescapés regroupés dans l’Association Zirikana UB-95? Comme indiqué plus haut, la justice burundaise n’a pas apporté des preuves convaincantes de sa culpabilité présumée et l’a quand même condamné à la perpétuité.

Alors que, faut-il le rappeler encore et encore, l’affrontement entre les groupes de jeunes de quartiers ne se jouait pas à l’ASSER. Au début, faut-il le rappeler aussi, les étudiants patrouillaient  ensemble, hutu et tutsi, dans les quartiers de Bujumbura. Sans discrimination communautaire. En fait, l’affrontement entre ces groupements de jeunes de quartiers en ville n’aurait été transposé sur les campus universitaires que dans une deuxième phase.  

Une lueur d’espoir existe cependant. Aloys Batungwanayo, Commissaire au CVR, a rencontré récemment Clément Nkurunziza dans la prison de Ngozi et a pris le temps de l’écouter. Pourautant, la CVR aura-t-elle l’audace de demander à la justice burundaise d’analyser correctement les faits, de casser le jugement ignoble et de libérer Clément Nkurunziza dans les meilleurs délais. Car, Clément Nkurunziza est victime d’une erreur judiciaire flagrante. Il est innocent !

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